15 décembre 2019

Jean – Philippe Salabreuil (1940 – 1970) : Un printemps

  Un printemps   (Et moi c’est un printemps Crochu par mes travers d’eau blanche Mes détours d’ombre mon plan De ciel fouetté de graves branches Un mur oblique où le soleil Jette ses bûches de sommeil Où tremble une petite rosée vieille Comme sueurs et larmes aux pointes d’un Noir fond d’herbe noire un œil un Velours incertain d’entre les tiens merveille Ancienne ou bien déjà nouvelle objet Plus clair obscur on ne sait de quel doigt de jais D’argent que l’astre à demi pris de neige Et de ténèbre en son... [Lire la suite]
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14 décembre 2019

Jean – Pierre Faye (1925 -) : « Un peuple s’étend... »

  Un peuple s’étend aussi, mais parle par langues se divise et se réunit, par les yeux et les femmes et la parole et par les doigts ou les bras sur les bancs de bois, devant la bière, les warmi (*) et le vin, le sucre peint et sculpté en parlant les langues à la fois et même en les mêlant un peu, celles-là ou celles-ci, celles qui se disent ici contre l’écusson de grès martelé ou là contre les murs rasés et près des parpaings crevés sur le bec de crête, ou derrière le remblai des rails les coupoles bleues de... [Lire la suite]
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13 décembre 2019

Jean – Pierre Duprey (1930 – 1959) : Foi, les choses

IV. Foi, les  choses   SAVEUR D'HOMME Donnez-moi de quoi changer les pierres, De quoi me faire des yeux Avec autre chose que ma chair Et des os avec la couleur de l'air ; Et changez l'air dont j'étouffe En un soupir qui le respire Et me porte ma valise De porte en porte ; Qu'à ce soupir je pense : sourire Derrière une autre porte. Détestable saveur d'homme. En vérité, une main ne tremble Que pour vieillir sa mémoire ; L'autre ne vieillit que d'avoir Trop bougé de vie depuis le temps Où le monde l'a... [Lire la suite]
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12 décembre 2019

Gilberte H. Dallas (1918 – 1960) : « A Vincent Van Gogh…”

  V   A Vincent Van Gogh   Dans la chambre hermétique et sur les routes de chrome plus closes encore, où           vit ton amour      Je t’ai vu.      J’ai vu ton sang éclos en de grands tournesols, stigmates jaillissants de tes mains comme de splendides soleils de quatorze juillet aux mains des facteurs et des bougnats ;      Perpétuelles toccatas de feu dans l’outremer de ta gloire.   ... [Lire la suite]
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11 décembre 2019

Anna – Elisabeth de Noailles (1876 – 1933) : L’Empreinte

  L’Empreinte   Je m’appuierai si bien et si fort à la vie, D’une si rude étreinte et d’un tel serrement, Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie Elle s’échauffera de mon enlacement.   La mer, abondamment sur le monde étalée, Gardera, dans la route errante de son eau, Le goût de ma douleur qui est âcre et salée Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.   Je laisserai de moi dans le pli des collines La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir, Et la cigale assise aux branches de... [Lire la suite]
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10 décembre 2019

Renée Vivien (1877 – 1909) : Vers le nord

  Vers le nord   Les mouettes s’en vont vers la mer, vers le nord, Affermissant leur vol pour la lutte et l’effort, L’air du large frissonne et souffle dans leurs ailes...   Les mouettes s’en vont vers la mer, vers le nord...   L’air du large frissonne et souffle dans leurs ailes, Elles vont vers le nord aux neiges solennelles, L’ondoyant infini ruisselle sous leurs yeux... Elles vont vers le nord aux neiges solennelles...   Elles vont vers le rêve et le charme des cieux Délicats et changeant... [Lire la suite]
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09 décembre 2019

Jean - Pierre Schlunegger (1925 - 1964) : Le basilic

  Le basilic   Et la fermière aux mains de sel, dès l’aube S’avance dans la cour, lavande et basilic Au poing, parmi les poules noires Baignant dans une aurore d’églantine...   Le monde est un feu de copeaux légers, On dirait qu’un champagne éblouissant arrose Les genêts d’or de la poitrine incandescente, Et je vois dans le soleil bleu ce boulanger Qui va sur les chemins de seigle et de farine Vers la ferme lointaine où l’amour lui fait signe.     La Pierre allumée, suivie de La Chambre du... [Lire la suite]
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08 décembre 2019

Mellin de Saint-Gelais (1491 – 1558) : « Il n’est point tant de barques à Venise ... »

  Il n’est point tant de barques  à Venise, D’huîtres à Bourg, de lièvres en Champagne, D'ours en Savoie, et de veaux en Bretagne, De cygnes blancs le long de la Tamise ;   Ni tant d’amours se traitant en l’église, De différends aux peuples  d’Allemagne, Ni tant de gloire à un seigneur d’Espagne, Ni tant se trouve à la cour de feintise ;   Ni tant y a de monstres en l’Afrique, D’opinions en une République, Ni de pardons  à Rome  un jour de fête ;   Ni d’avarice aux... [Lire la suite]
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07 décembre 2019

Alain Jégou (1948 – 2013) : « Au cul des navires... »

            Au cul des navires, en route vers l’horizon fuyant, les premiers rayons clignotent et se liquéfient dans le sillage des pales. Le soleil aime faire ses ablutions dans le sillon tracé par les rafiots de pêche qui piaffent et se démènent pour rattraper la nuit. Enervés comme des purs sangs, soucieux de brouter la rosée sur le dos de l’infini, ils soufflent et fument des naseaux dans la fraicheur docile du jour à peine éclos.   Passe Ouest suivi de Ikaria LO 686070 ... [Lire la suite]
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06 décembre 2019

Prune Mateo (1978 -) : Les jours obscurs

  Les jours obscurs   o on peut regarder le ciel très longtemps oo         o notre appartement à Orlando avait vue sur la baie   des heures   fixant les eaux proche de m’assoupir   toujours attendre jusqu’à ce que rien ne soit stable oo       o des heures à fixer les eaux jusqu’à ce que tout s’évanouisse   l’eau est ce vide qui ne trouve pas de forme   il faudrait parler agir mais mes yeux prisonniers   cherchent ... [Lire la suite]
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