14 août 2016

Pierre-Jean Jouve (1887- 1976) : Adieu

      I Noir. Noir. Sentiment noir.   Frappe image noire un coup retentissant sur le gong du lointain Pour l'entrée à l'épaisseur bien obscure de ce coeur L'épaisse cérémonie à la longue plaine noire De l'intérieur et de l'adieu, de minuit et du départ ! Frappe, comme un gong noir à la porte d'enfer ! Un aigre vent soulève les roseaux des sables Confond les monts Sous les nuées de mauvais temps de la mémoire Fait retomber la vague en éclatante blancheur dans le néant. C'est la journée épaisse... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

13 août 2016

Ronny Someck (1951 -) / רוני סומק Bloody Mary

  Bloody Mary   Et la poésie est une fille à gangsters sur le siège arrière d’une voiture américaine. Ses yeux sont appuyés comme une gâchette et le révolver de      ses cheveux tire les balles platinées qui dévalent jusqu’à sa gorge. Mettons qu’elle s’appelle Mary, Bloody Mary et les mots se pressent hors de sa bouche comme le jus du      ventre de la tomate qu’on a auparavant drôlement arrangée sur l’assiette à salade. Elle sait que la grammaire est la police de la... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
12 août 2016

Michel Butor (1926 - 2016) : Le tombeau d’Arthur Rimbaud

  Le tombeau d’Arthur Rimbaud   Qui suis-je moi qui suis sorti de la tombe où je t’attendais moins une jambe que je n’ai pas réussi à remplacer avant de repartir là-bas comme je l’aurais tant voulu comme j’attendais dans ma chambre mère un baiser qui ne venait que rarement et si furtif que mes larmes se remplissaient d’insultes que je ravalais dans l’ambiguïté de mes flammes D’où suis-je venu trébuchant car c’était un tout autre enfer que celui d’où j’ai réchappé que j’avais cherché provoqué où... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 01:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
11 août 2016

Pierre Minet (1909 – 1975) : Lettre

Lettre          Un petit pastel de mon âme, s’il vous plaît ?      Pourquoi cherchez-vous encore où se trouvent les béatitudes ? Le temps est au soleil, peut-être y arriverez-vous plus facilement.      Je suis devenu un petit taureau pensif – je recule devant mille obstacles avec des bonds craintifs. Un petit taureau poétique, ah !ah !      J’aperçois de grands disques blancs que l’on précipite soudain dans un... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
10 août 2016

Flavien Rainavo (1914 - 1999) : Epithalame

    Epithalame   Un petit mot, Monsieur, un petit conseil, Madame. Je ne suis pas celui-qui-vient souvent comme une cuiller de faible capacité, ni celui-qui-parle-à-longueur de journée comme un mauvais ruisseau à travers la rocaille, je suis celui-qui-parle-par-amour-pour-son-prochain. Je ne suis point la pirogue-effilée-qui-dérive-sur-l’eau-tranquille, ni la citrouille-qui-se-trace-un-dessin-sur-le-ventre, et si je ne suis à même de fabriquer une grande soubique (1), je suis toutefois capable d’en... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
09 août 2016

Joachim du Bellay (1522 – 1560) : « Las où est maintenant ce mépris de Fortune ?... »

  Las où est maintenant ce mépris de Fortune ? Où est ce cœur vainqueur de toute adversité, Cet honnête désir de l’immortalité, Et cette honnête flamme au peuple non commune ?   Où sont ces doux plaisirs, qu’au soir sous la nuit brune Les Muses me donnaient, alors qu’en liberté Dessus le vert tapis d’un rivage écarté Je les menais danser aux rayons de la Lune ?   Maintenant la Fortune est maîtresse de moi, Et mon cœur, qui soulait être maître de soi, Est serf de mille maux et regrets qui... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

08 août 2016

Roger Gilbert-Lecomte (1907 – 1943) : Le vent d’après / le vent d’avant

  Le vent d’après Le vent d’avant   Depuis jamais Je sais toujours Souvenir d’avenir après toute vie révolue Prévision d’autrefois d’avant tout mouvement Avant que soit Le premier mouvement le vent Pour quel crime immense inconnu D’un juge qui n’est que moi-même Ma condamnation au présent à perpétuité Eternité Depuis jamais Je sais toujours Prévoir me souvenir du vent qui vient de plus loin que la lune Et les étoiles Le vent de bête légion Qui glisse de plus loin que l’humaine illusion de tout l’espace ... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
07 août 2016

Danielle Collobert (1940 – 1978) : Là-ramassé

  Là-ramassé…   Là-ramassé - les genoux repliés sous le ventre - le papier froissé dans les doigts - essayer dans les plis – les cassures – essayer de tracer un signe – de l’autre main engourdie – coincée entre les jambes et le bois – un signe - un dessin   Plus de possibilités d’invention – plus de personnages – solitude aussi de l’imagination – reste aujourd’hui ces murs – cette chambre blanche – une fois de plus – au centre – ou parfois appuyé contre l’un des murs – ou même enfoncé dans un angle – les... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
06 août 2016

Robert Desnos (1900 – 1945) : O douleurs de l’amour !

  O douleurs de l’amour !   O douleurs de l’amour ! Comme vous m’êtes nécessaires et comme vous m’êtes chères. Mes yeux qui se ferment sur des larmes imaginaires, mes mains      qui se tendent sans cesse vers le vide. J’ai rêvé cette nuit de paysages insensés et d’aventures dangereuses      aussi bien du point de vue de la mort que du point de vue de la      vie qui sont aussi le point de vue de l’amour. Au réveil vous étiez présentes, ô... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
05 août 2016

Luis Mizón (1942 - ) : Terre prochaine /Tierra próxima

    Terre prochaine 1 De l’extrémité de la table la mer interrompait nos conversations gréant et désarmant l’antique réalité que personne ne connaissait, que personne ne savait connaître. La terre prochaine qu’il fallait toucher avec nos doigts aveugles. Nous avions perdu son contour de lumière ou abîmé la trame des signes ou, peut-être, dans la perspective nous avions perdu les pas, les contes et les traces.   2 La ville semblable à une photographie jaunissante à un souvenir de plâtre à une... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :