08 mars 2015

Miyazawa Kenji /宮沢 賢治 (1895-1933) : Le matin de la séparation

Le matin de la séparation   Aujourd’hui même, tu t’en vas très loin, ô ma sœur ! il tombe de la neige fondue et dehors il règne une clarté étrange.                     (Va prendre de la neige, s’il te plaît) Des nuages mornes et rougeâtres la neige fondue tombe en flocons détrempés.                     (Va prendre de la neige,... [Lire la suite]
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07 mars 2015

Jean-Paul Kermarrec : (1949 - ) : « Je ne parlerai pas de cette femme… »

Je ne parlerai pas de cette femme je ne la connais pas je sais seulement qu’elle s’apprête chaque matin au tourbillon des jupes des enfants que chaque matin elle se lève vers des soleils collés aux linges et aux murs gras des cuisines embuées chaque matin elle abandonne ses rêves ses épaules montent vers la lumière et font glisser chaque matin la couleuvre des cheveux roux le long de son dos coule une rivière sombre qui vient doucement se perdre sous la neige froissée de la nuit   Je ne parlerai plus de cette... [Lire la suite]
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06 mars 2015

Charles Péguy (1873 -1914) : « Adieu, Meuse endormeuse… »

Adieu, Meuse endormeuse et douce à mon enfance, Qui demeures aux prés, où tu coules tout bas. Meuse, adieu : j’ai déjà commencé ma partance En des pays nouveaux où tu ne coules pas.    Voici que je m’en vais en des pays nouveaux : Je ferai la bataille et passerai les fleuves ; Je m’en vais m’essayer à de nouveaux travaux, Je m’en vais commencer là-bas des tâches neuves.    Et pendant ce temps-là, Meuse ignorante et douce, Tu couleras toujours, passante accoutumée, Dans la vallée heureuse où... [Lire la suite]
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05 mars 2015

Gil Jouanard (1937 – ) : « Au bout de chaque jour… »

        Au bout de chaque jour, une terrasse de silence, et le verre d’une eau semblable à la musique, cette source et ce crépuscule, soirée de pierres fraîches, et les mots comme du bon pain, circulant dans la voix des arbres. L’herbe du feu dans le fond du ciel ouvre un asile aux regards pensifs.        Il peut arriver aussi qu’au travers de frais éboulis apparaisse en lumière vive cette trace de ce qui fut un instant la forme de la vie et, plus loin, autre forme, plus simple,... [Lire la suite]
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04 mars 2015

Saint-Pol-Roux (1861 – 1940 ) : Roscanvel

Roscanvel   À Divine.        Image d’un sou, couleur de biniou, village, minime village où les  cloches ont l’air de dodiner au cou d’une immense chèvre de pierre,  Roscanvel baigne ses pieds nus dans une mer menue dont la chair  bleue se voit sous le frileux aller des voiles.      Ô mon destin naïf à l’ombre des figuiers, des ormes et des ifs où se  tricote avec les becs un grêle bruit d’école, ô mon destin naïf à côté  de ma fille mignonne et de mes... [Lire la suite]
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03 mars 2015

Charles Juliet (1934- :) : « cela /comment le nommer »

cela comment le nommer comment l’inscrire en un poème   cela qui se fissure chaque instant me coupe du quotidien décolore vide de sa substance ce qui m’est accordé   cela qui me porte me jette en affamé à la rencontre de la vie fait monter au-devant de mes pas cette lumière que je ne peux atteindre   cela qui me tient en exil qui m’embrase brûle mon sang d’une telle avidité cela comment le nommer                ... [Lire la suite]
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02 mars 2015

Armel Guerne (1911 - 1980 ) : Froid

    Froid   La lumière est trop claire pour le temps qu’il fait, Aiguisée ou cruellement douce, D’une lucidité trop agile ou trop nue, Trop subtile de fil et trop lisse de grain, Et le ciel est trop bleu, d’un azur trop épais Pour un soleil si haut, rayonnant et heureux. Lisse comme un acier et blanche comme une arme Illuminante, illuminée, on ne sait trop Si son chant invisible et qui perce les ombres Monte ou descend, s’il anticipe ou s’il retarde ; Mais quand novembre vrai nous tombera dessus, ... [Lire la suite]
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21 février 2015

Hervé Carn (1949 - ) : Mélancolie de Juillet

Mélancolie de Juillet (en pensant à Stefan George)   Tu ne sais rien d’Henriette Mon cher Gérard* Moi guère plus il faut le dire Je l’ai vue il y a des années Dans les forêts joyeuses Des Pâques de l’Est Quand la neige s’accroche à la terre Avant de filer dans les rus En une eau vive * Elle marchait avec un type Qui était trop pressé Qui se retournait sur Henriette La hélait la bousculait Et le corps d’Henriette Se penchait vers la terre Puis ses jambes se hissaient Se juchaient sur les branches Dans le... [Lire la suite]
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20 février 2015

Mang Ke - 芒克 (1950 - ) : Le temps sans le temps

  Le temps sans le temps       Section II   1   L’ouragan sur la falaise a passé  affûtant ses couteaux  un bruit sourd  la nuit lourde s’abat  seule visible  cette grande chose écorchée  éventrée puis un morceau de chair rouge  qui roule…  le soleil vient de naître  mais sa lumière usée déjà  traîne sur la terre, courbée sur un bâton  2   Tiré de l’eau du rêve je grimpe sur la rive  mon corps épuisé ruisselle ... [Lire la suite]
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19 février 2015

Ezra Pound (1885 – 1972) : « Et donc les lianes me jaillissent des doigts… »

XVII   Et donc les lianes me jaillissent des doigts Et les abeilles lourdes de pollen Naviguent pesamment entre les sarments :           Cherr- cherr- che-ricc – ronronnements Et les oiseaux ensommeillés entre les branches           ZAGREUS ! IO ZAGREUS ! A la première pâleur qui éclaire les cieux Et les cités sises entre leurs collines, La déesse aux belles cuisses S’avance, le bois de chêne derrière elle, La... [Lire la suite]
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