16 novembre 2018

Jean-Pierre Abraham (1936 – 2003) : Poète foutu

  Poète foutu   « Je suis passé le voir Il avait encore bu Pour oublier les mots Que lui seul pouvait dire »   Compère qu’as-tu vu ? Editions Le temps qu’il fait, 1993
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15 novembre 2018

Mikhaïl Iourievitch Lermontov / Михаил Юрьевич Лермонтов (1814 – 1841) : Monologue / Монолог

Monologue   Non, crois-moi, n’être rien est un bien en ce monde : A quoi bon le savoir, le désir de la gloire, Le talent ou l’ardent amour de vivre libre Si nous ne pouvons pas en faire usage ? Enfants du Nord, Comme le font nos plantes, A peine en fleur, nous nous sentons faner... Soleil d’hiver dans un ciel de grisaille, C’est notre morne vie. Un cours si monotone si fugace... Et l’on se sent comme étouffer chez nous, Le cœur est triste, l’âme se morfond... Sans vivre ni amour ni amitié En vain orages... [Lire la suite]
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14 novembre 2018

Jean Malrieu (1915 – 1976) : Le plus beau jour

Le plus beau jour     S’il pouvait faire un temps à mettre un chien dehors Si je pouvais avoir un cœur à fendre pierre Si l’amour devenait plus lâche que la mort Si nous étions des morts pour parler de la vie Si nous étions heureux pour ne plus rien nous dire Si nous étions vivants pour pouvoir nous aimer Si le monde n’était pas fait pour le refaire Si tu n’existais pas pour pouvoir t’inventer.     Préface à l’Amour Edition des Cahiers du Sud, Marseille, 1953 Du même auteur : Le veilleur... [Lire la suite]
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13 novembre 2018

Malcolm de Chazal (1902 – 1981) : « L’air... »

  L’air A toujours Raison Du vent.      * L’air N’a pas De Cartouches De dynamite.      * La seule chose Qui ne connaisse Pas Son épaisseur Est l’air.   Poèmes Editions Jean-Jacques Pauvert, 1968
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11 novembre 2018

Jules Supervielle (1884 – 1960) : Prière à l’inconnu

  Prière à l’inconnu     Voilà que je me surprends à t'adresser la parole,  Mon Dieu, moi qui ne sais encore si tu existes Et ne comprends pas la langue de tes églises chuchotantes,  Je regarde les autels, la voûte de ta maison  Comme qui dit simplement : « voilà du bois, de la pierre,  Voilà des colonnes romanes. Il manque le nez à ce saint  Et au-dedans comme au-dehors, il y a la détresse humaine. »  Je baisse les yeux sans pouvoir m'agenouiller pendant la... [Lire la suite]
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11 novembre 2018

André Pieyre de Mandiargues (1909- 1991) : Les filles des gobes

  Les filles des gobes   Dans un de ces jours-là qui sont pâles et gris Comme les flancs humides de la craie Dans le jour gris d’une marée de novembre Qui attire très loin le bord bruissant de l’eau Un homme inquiet regarde le ciel noir Entre les découpures de la crête de marne Au-dessus de la crête le ciel sombre où passent Des voiliers d’oies sauvages en route vers le sud.    Il faut descendre encore un peu parmi les éboulis Aller sur le chemin des ramasseurs d’épaves De l’autre côté d’un tas... [Lire la suite]
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10 novembre 2018

Rémy de Gourmont (1858 – 1915) : Les cheveux

  Les cheveux     Simone, il y a un grand mystère  Dans la forêt de tes cheveux.    Tu sens le foin, tu sens la pierre  Où des bêtes se sont posées ;  Tu sens le cuir, tu sens le blé,  Quand il vient d'être vanné ;  Tu sens le bois, tu sens le pain  Qu'on apporte le matin ;  Tu sens les fleurs qui ont poussé  Le long d'un mur abandonné ;  Tu sens la ronce, tu sens le lierre  Qui a été lavé par la pluie ;  Tu sens le jonc et la... [Lire la suite]
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08 novembre 2018

William Blake (1757 – 1827) : Proverbes de l’Enfer / Proverbs of Hell

  Proverbes de l’Enfer   Aux semailles, apprends ; à la moisson, enseigne ; en hiver, jouis. Conduis ton char et ta charrue par-dessus les ossements des morts. La route de l’excès mène au chemin de la sagesse. La Prudence est une vieille fille riche et laide que l’Incapacité courtise Qui désire mais n’agit pas, engendre la pestilence. Le ver coupé pardonne à la charrue. Celui qui aime l’eau, qu’on le plonge dans le fleuve. Un fou ne voit pas le même arbre qu’un sage. Celui dont le visage ne rayonne... [Lire la suite]
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08 novembre 2018

Marc Alyn (1937 -) : Je dois mourir

  Je dois mourir   Je dois mourir je le sais pour que la terre continue sa petite marche tranquille dans le jour et la nuit   Pour que ma voix s'incruste comme un lichen en vos mémoires avec les griffes de mes rires et les mains liée de mes larmes   Je dois mourir pour renaître chaque matin à la rosée quand le ciel dans les yeux des bêtes semble venir se reposer   Je dois partir avant la tentation d'être un autre avant d'être châtré par les mains de la gloire je dois mourir pour être... [Lire la suite]
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07 novembre 2018

Pierre Oster (1933 -) : « A l'abri des hameaux... »

  A l'abri des hameaux, de la mer familière et des routes, Je foule en votre honneur les prés. Au moment du regain, Nous les foulions de même et nous rivalisions dans le sillage des fougères, Portés par un désir qui naissait identique à son achèvement ! Ah ! J'embrassais en vous la bonté de la mer et des branches! J'attendais que le plein de la nuit dévoilât votre intense tiédeur. Le vent reprend sa course. Il fascine et soulève les cendres ! Ses trophées, commençant à pourrir sous l'empire des murs, N'ont rien de... [Lire la suite]
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