16 juin 2020

Jean Tardieu (1930 – 1995) : Le paysage

  Paris 1954   Le paysage          Non, la terre n'est pas couverte d'arbres, de pierres, de fleuves : elle est couverte d'hommes.     Si les meilleurs sont enfermés dans un long supplice, s'il n'y a plus que le mensonge qui se montre, chamarré de fausses prairies,      si quelqu'un te dit : "Admire le soleil !" - et tu ne vois que le miroitement de la boue, ou bien : " Fais ton devoir !" - et on te tend un couteau pour égorger ta mère et ton... [Lire la suite]
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16 juin 2020

Heinrich Heine (1797 – 1856) : « Le pâle soir descend sur la mer... » / « Abendlich blasser wird es am Meer... »

       Le pâle soir descend sur la mer ; Tout seul, comme une âme en peine, Un homme est assis là-bas, sur la grève déserte ;  Il lève ses yeux glacés de moribond Vers les mornes espaces du firmament, Puis regarde la mer, immense et ondoyante. – Et par-dessus l’immense et ondoyante mer S’envolent ses soupirs, semblables à des aéronautes ; Puis ils reviennent, tout attristés D’avoir trouvé fermé ce cœur Où ils pensaient jeter l’ancre. – Tant il gémit que les blanches mouettes, Tout... [Lire la suite]
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15 juin 2020

Roger Milliot (1927 -1968) : « La pierre... »

  La pierre passe aussi Par le froid de la mort   Laissant la lumière dehors Garde la nuit sans fêlure Mais soit clair Si l’on te fend.   Qui ? Edition complète et définitive Mostra del Larzac, 1969 Du même auteur : Pour une mort choisie (08/07/2014) « Je me forçais à naître chaque jour… » (15/06/2016) Ville (15/06/2017) « Il y a ce corridor sans fenêtre... » (14/06/2018) Qui ? (14/06/2019)
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14 juin 2020

Michel Dugué (1946 -) : Nocturnes

    Nocturnes Pour Jeanine   I Le noir te sied ainsi le blanc à la morte.   Fallait-il le dire à toi ?   Si parfaitement proche comme absente en ces instants où les couleurs t’habitent.   II Et toi, marchant dans l’ombre qui s’engrange. De toutes rumeurs, tu gardes celle du flot ressassant la plainte antique.   Et toi, conservant de l’été ces mêmes bruissement d’élytres, tu appuies la mémoire à ses recoins d’ombre.   Je sais ! De la brume peut surgir... [Lire la suite]
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13 juin 2020

Yves Bonnefoy (1923 – 2016) : Le fleuve

   Le fleuve   Mais non, toujours D’un déploiement de l’aile de l’impossible Tu t’éveilles, avec un cri, Du lieu, qui n’est qu’un rêve. Ta voix, soudain, Est rauque comme un torrent. Tout le sens, rassemblé, Y tombe, avec un bruit De sommeil jeté sur la pierre.   Et tu te lèves une éternelle fois Dans cet été qui t’obsède. A nouveau ce bruit d’un ailleurs, proche, lointain ; Tu vas à ce volet qui vibre... Dehors, nul vent, Les choses de la nuit sont immobiles Comme une avancée d’eau dans la... [Lire la suite]
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12 juin 2020

Wisława Szymborska (1923 – 2012) : La femme de Loth / Żona Lota

  La femme de Loth   Je me suis retournée, parait-il, par curiosité. Mais je pouvais avoir d’autres raisons encore. Je me suis retournée par regret de ma coupe d’argent. Par mégarde, en renouant le lacet de ma sandale. Pour ne plus voir la nuque intègre de Loth mon époux. Certaine soudain que si je tombais morte, il ne prendrait même pas le temps de s’arrêter. Par l’insoumission des humbles. Pour guetter les clameurs de la poursuite. Frappée par le silence espérant que Dieu avait changé d’avis. Nos deux filles... [Lire la suite]
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11 juin 2020

Haïm Gouri (1923 – 2018) / חיים גורי : « Autrefois une colombe... »

  Autrefois une colombe descendit sur mon épaule, des cieux, très légère, des toits de la ville compatissante.   Nous étions silencieux tous deux une heure entière et le vent entre nous. Je voulais lui dire : innocente colombe, colombe innocente, j’ai trouvé un abri pour toi.   Autrefois une colombe se précipita vers mon épaule. Blanche, chaude.   Quand je la touchai de mes lèvres son plumage devint rouge.   Traduit de l’hébreu par Michel Eckhard et Benjamin Ziffer in, Revue... [Lire la suite]
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10 juin 2020

David – Herbert Lawrence (1885 - 1930) : Renaissance /Renascence

  Renaissance   Nous n’avons pas mordu dans la pomme interdite,           Eve ni moi Pourtant les éclats du jour et de la nuit Tombant autour de nous, ne pommèlent plus La même vallée de violet et de blanc.   C’est bien notre paisible val,           Notre Eden, notre demeure ; Mais le jour la fait voir qui sent intensément, Er la pâleur de la nuit ne s’accorde pas Au sommeil profond qui lui faisait un toit. ... [Lire la suite]
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09 juin 2020

Titos Patrikios / Τίτος Πατρίκιος (1928 -) : Les zèbres / Οἱ ζέβρες

  Les zèbres   Lumière entre les lattes en bois des persiennes d’hôtel mi-closes à gauche sur la place de la gare lumière qui tombait découpée en lanières nous couvrant d’une peau de zèbre et les deux zèbres luttaient dans la lumière et l’ombre marqués de rayures blanches et noires en diagonale par les phares des voitures plongée blanche et noire dans ta chair. Parfois je vois encore après tant d’années des marques blanches et noires de zèbre sur ma peau étant seul à l’hôtel dans une ville du bord de mer. ... [Lire la suite]
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08 juin 2020

Ilarie Voronca (1903 – 1946) : « Quand nos âmes seront réunies... »

  VIII   Quand nos âmes seront réunies depuis des milliers d’années Et que nous pèserons moins que des nuages sur la cime des montagnes Quand, même la faible lumière du couchant fera frissonner les feuilles Plus que ne le feront nos souffles aériens dans les branches.   Sans espace et sans temps. Transparents l’un dans l’autre Chacun de nous étant l’autre enfin et lui-même Je t’implorerai soudain : montre-moi un instant En la forme que j’adorais autrefois sur la terre.   Oui, reprends pour un... [Lire la suite]
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