07 juin 2017

Jean - Philippe Salabreuil (1949 – 1969) : Je t’apprends à mourir

  Je t’apprends à mourir   Non pas en face jamais ainsi Une épaule d'abord et puis l'autre Tête légère et basse et presque assise A petits cris doucement tu entres Et voici l'ombre t'a saisie Te souvenant que tu n'existes pas Qu'il n'y a plus les eaux qu'il n'y a pas Encore un feu qui ont chanté qui chantent Et chanteront tout au long de l'oubli Peut-être avec l'érable aux lentes branches Et plein d'oiseaux pour te remplir Mais nul regret surtout nul repentir Qu'importe à présent si je t'aime qu'importe Les... [Lire la suite]
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05 juin 2017

Francis Ponge (1899 -1998) : La terre

  La terre (Ramassons simplement une motte de terre)        Ce mélange émouvant du passé des trois règnes, tout traversé, tout infiltré, tout cheminé d'ailleurs de leurs germes et racines, de leurs présences vivantes : c'est la terre.      Ce hachis, ce pâté de la chair des trois règnes.        Passé, non comme souvenir ou idée, mais comme matière.      Matière à la portée de tous, du moindre bébé ; qu'on peut saisir... [Lire la suite]
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05 juin 2017

Armand Robin (1885 – 1972) : L’offre sans demande

  L’offre sans demande   Aujourd'hui de nouveau j'ai besoin de verser Mon âme devant vous en encrier d'écolier Qui fait sur les tabliers des taches difficiles à aimer.   Je surgis à peine des illettrés ; Du moins malgré les livres je ne suis pas lettré ; Je ne sais pas être un civilisé.   Je ne suis pas «avant», je ne suis pas «pendant», je ne suis pas « après » ; Je suis nomade et non contemporain ; Je suis avec vous tous mais en nuée ;   Mes miens, si Purs, si Grands, si Vrais, Je... [Lire la suite]
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04 juin 2017

Jacques Prével (1915 – 1951) : "Au moment d’écrire..."

  Au moment d’écrire j’ai déjà perdu par le doute l’ivresse de la vision Et cette terre m’abandonne où je suis venu me briser Je connaissais en m’éveillant Ce que je ne pourrai vous répéter sans trahir C’était l’horreur de toute mécanique de l’esprit L’horreur des oeuvres décalquées sur l’automatisme cérébral des scléroses Pierres polies et dépolies par le flux et le reflux de ce qui ne peut se répéter Et je dénonce la raison paranoïaque des moines valorisée par l’avortement ... [Lire la suite]
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03 juin 2017

Azadée Nichapour (1968 -) : Enigme

  Enigme   Heureusement que les miroirs sont différents   Sinon on se ressemblerait comme deux gouttes d’eau   On pourrait même se prendre pour soi-même   Il ne manquerait plus que de se croire unique   Parfois la beauté Editions Seghers (Autour du monde), 2008 
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02 juin 2017

Claude Michel Cluny (1930 -2015) : D’autre planètes

  D’autres planètes   ARP INCOGNITA Chevalet du peintre        On n’a rien trouvé de vivant par là ; je veux dire rien qui se trahisse. Nulle part on ne découvre de ces fumures, de ces saletés que le règne animal, qui est nôtre, laisse derrière soi. Rien non plus de ces orgueils ni de ces désastres dont nous sont coutumiers. C’est une belle terre pure, minérale, baignée de lumière et d’un vent calme. Des formes singulières s’y déplacent, s’emboîtent, s’émeuvent, s’apaisent, se... [Lire la suite]
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29 mai 2017

Kusama Tokihiko / 草間時彦集 (1920 – 2003) : « Devant leur gruau… »

  Devant leur gruau les vieux époux - Qui partira le premier ?   Traduit du japonais par Corinne Atlan et Zéno Bianu In, « Haiku du XXème siècle. Le poème court japonais d’aujourd’hui », Editions Gallimard (Poésie), 2007      
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28 mai 2017

André Frédérique (1915 – 1957) : Choses défendues

  Choses défendues   Il ne faut pas regarder trop longtemps les aveugles ils nous voient mieux que nous : et toutes les mauvaises actions (parfois même celles que nous croyons bonnes) leurs brûlent les paupières comme des oiseaux passés trop près du soleil.   Histoires blanches Editions Gallimard, 1945 Du même auteur : Honneurs (26/05/2014) Exercices de logique (26/05/2015) « Il y a de la profondeur … » (28/05/2016)
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27 mai 2017

Badr Châker al-Sayyâb (1926 - 1964) /‎ بدر شاكر السياب : Testament d’un agonisant

  Testament d’un agonisant   O muets, muets cimetières en vos tristes allées, je hurle, je crie ; je crie, me lamente et dans le silence j’entends l’austère neige éparpillée dans l’ombre où se répercutent des pas solitaires. Comme si une bête de fer et de pierre rongeait la vie : point de vie du soir jusqu’au jour ! Où est l’Irak ? Où est le soleil de ses matins, emporté par un bateau sur l’eau du Tigre ou du Buwayb ? Où sont les échos des chants qui palpitent comme ailes de pigeons vers les épis et les... [Lire la suite]
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26 mai 2017

Gaston Puel (1924 - 2013) : Puisque tu es venue…

  Puisque tu es venue   Puisque tu es venue par le chemin jonché de fruits éclatés puisque ta main a saigné dans la mienne tu ne peux plus écorcher mon visage tu ne peux plus t’égarer dans le hasard des tarots Les cailloux ont joué ma patience Le grillon t’a confondu avec l’enfance Tu es prisonnière de mon regard perdu   Viens nous n’allons rien capturer : l’amour ne se compte plus sur les doigts Nous allons dormir l’un dans l’autre en repoussant le poing des nuages jusqu’à l’aube de tous les jours ... [Lire la suite]
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