10 décembre 2015

Françoise Hàn (1928 - ) : « Entaillées… », « Difficile à dire… », « Depuis qu’ils… »

  1 Entaillés dans l’écorce terrestre   avec autour d’eux du temps assez pour échanger la mémoire et l’oubli   avec le labyrinthe épuisant où ils se sont laissés prendre   et leur chance que l’outil ébréché ait effrité la roche   quelque échancrure où s’agripper   2 Difficile à dire l’anfractuosité où ils essaient de remuer   le dialogue s’y heurte à des angles sourds dérision de la caverne   l’écho ne revient pas fait tache de moisi sur la paroi   reste à... [Lire la suite]
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09 décembre 2015

Jean-Pierre Schlunegger (1924 – 1964) : Postface

    Postface        J’écrivais tout ceci dans une sorte de fièvre ; tantôt allègre, tantôt grinçante, vivant le reste de mes journées comme un minéral ou une plante, ramassant pour mon poêle des cônes de mélèze ou de sapin.      Le ciel , selon les humeurs du vent, s’ouvrait en corolle bleu ou se fermait comme un regard qui s’éteint. Le ciel : ballons noirs, poings de fer.      La durée n’était plus cet insecte dévoreur de secondes qui me... [Lire la suite]
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08 décembre 2015

Antonio Machado (1875 – 1933) : Il y a eu crime dans Grenade / El crimen fue en Granada

  Il y a eu crime dans Grenade A Federico Garcia Lorca I Le crime On l’avait vu, cheminant entre des fusils par une longue rue, apparaître dans la campagne froide, encore étoilée, la campagne du matin. Ils ont tué Frédéric à l’heure où surgissait la lumière. Le peloton des bourreaux n’osait le regarder en face. Ils ont tous fermé les yeux, ils ont prié : Dieu lui-même ne te sauverait pas ! Il est tombé mort, Frédéric - sang au front et aux entrailles. – …Il y a eu crime dans Grenade ! Vous... [Lire la suite]
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07 décembre 2015

Alain Jégou (1948 – 2013) : « Coincées entre la coque et le vivier … »

       Coincées entre la coque et le vivier, les couchettes s’imbibent et mouillent leur paillasse à chaque coup de roulis. Les paquets de mer et les embruns roublards, s’immiscent, pénètrent partout, sous les cirés, les vareuses, les pulls, les jeans et les sous-vêtements, s’écoulent le long des corps transis, assiègent le poste-avant, glissent sur les barrots de pont, imprègnent allègrement les duvets, les couvertures, les frusques de rechange et les taies bricolées.      Trempées,... [Lire la suite]
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06 décembre 2015

Maurice Roche (1924 – 1997) : « Tu perdras le sommeil … »

             Tu perdras le sommeil au fur que tu perdras la vue. Tandis que tu pénétreras la nuit, tu pénétreras dans la nuit de plus en plus profonde ; ta mémoire, labile déjà, s’amenuisant à mesure que – au sortir d’une longue léthargie – tu prendras conscience de ton état. (Comment faire désormais le départ du jour et de la nuit ?)            Tu seras là, sur un lit – dans une chambre sans doute. Les yeux écarquillés tu scruteras ce désert... [Lire la suite]
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05 décembre 2015

Jacques Roubaud (1932 - ) : Lettre à Maria Gisborne

  Lettre à Maria Gisborne I En ce moment un bateau flotte dans le port Le vent tombe sur la montagne Un sentier s’ouvre dans le sol bleu de la mer Que jamais proue n’a encore ouvert Le vent médite autour des îles sans écume   II Ma sœur, ma sœur, embarqueras-tu avec moi ? Notre navire cet oiseau dont le nid Est l’Eden lointain de l’Est rouge et nous entre ses ailes pendant que la nuit le jour le bruit le silence avanceront insoucieux     piétinant la mer illimitée   III Il... [Lire la suite]
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04 décembre 2015

Mohammed al-Faytoury (1930 - ) /محمد الفيتوري : Le déluge noir

  Le Déluge noir   L’aube a blanchi ton front, O terre d’Afrique L’aurore a éclairé tes entrailles noires et humides, Entends-tu les chants des nègres Retentir lourds et terribles… ? Aperçois-tu les visages des esclaves Ricanant autour des cercueils des tyrans ? Tu étais un immense cimetière Que piétinaient les chevaux des conquérants, Tu étais une chair pourrie Qu’avaient crachée les siècles !   Terre des esclaves ! Afrique, pays des nègres déguenillés, Va-nu-pieds. Comment... [Lire la suite]
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03 décembre 2015

Christine de Pisan (1361 – 1430 ?) : La fille qui n'a point d'ami

      La fille qui n'a point d'ami   À qui dira-t-elle sa peine, La fille qui n'a point d'ami ? La fille qui n'a point d'ami, Comment vit-elle ? Elle ne dort jour ni demi Mais toujours veille. Ce fait amour qui la réveille Et qui la garde de dormir. À qui dira-t-elle sa pensée, La fille qui n'a point d'ami ? Il y a bien qui en ont deux, Deux, trois ou quatre, Mais je n'en ai pas un tout seul, Pour moi ébattre. Hélas ! mon joli temps se passe, Mon téton commence à mollir. À... [Lire la suite]
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02 décembre 2015

Edouard Joseph Marc Maunick (1931 - ) : « qui veut tout écrire sur la lumière… »

  III   qui veut tout écrire sur la lumière périra sans doute aveugle je le sais à trop vouloir lire dans mes rêves j’ai fini par fonder fertiles des aubes surréelles où l’inconscient s’allume longues heures d’insurrection où je m’interdis de mentir de changer de sommeil ni de verbe igné ni d’exil   souvent j’en veux aux mots de n’être que langage et non la respiration première originelle native natale assurément sauvage souffle monté des entrailles sur lequel graver au burin acéré du dit ... [Lire la suite]
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01 décembre 2015

Paul Celan (1920 -1970): Strette / Engfürhrung

  Strette   * Dé-placé dans le territoire à la trace non-trompeuse :   herbe écriture désarticulée. Les pierres, blanches, avec les ombres des brins : Ne lis plus - regarde ! Ne regarde plus – va !   Va ton heure n’a pas de sœurs, tu es – tu es chez toi. Une roue, lente, roule d’elle-même, les rayons grimpent grimpent dans un champ presque noir, la nuit n’a pas besoin d’étoiles, nulle part il n’y a souci de toi. * ... [Lire la suite]
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