13 juin 2017

Yves Bonnefoy (1923 - 2016) : Le myrte

  Le Myrte     Parfois je te savais la terre, je buvais Sur tes lèvres l’angoisse des fontaines Quand elle sourd des pierres chaudes, et l’été Dominait haut la pierre heureuse et le buveur.   Parfois je te disais de myrte et nous brûlions L’arbre de tous tes gestes tout un jour. C’étaient de grands feux brefs de lumière vestale, Ainsi je t’inventais parmi tes cheveux clairs.   Tout un grand été nul avait séché nos rêves, Rouillé nos voix, accru nos corps, défait nos fers. Parfois le lit... [Lire la suite]
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12 juin 2017

Wisława Szymborska (1923 -2012) : Psaume / Psalm

  Psaume   Ô, combien perméables sont les frontières humaines ! Voyez tous ces nuages qui passent, impunément, ces sables du désert filant d’un pays à l’autre, ces cailloux des montagnes pénétrant chez l’ennemi en d’insolents sursauts !   Est-il besoin de prendre un à un les oiseaux qui volent ou qui se posent sur la barrière baissée ? Ne serait-il qu’un moineau, et voilà que déjà sa queue est limitrophe, et son bec indigène. Et puis, qu’est-ce qu’il gigote !   Parmi les innombrables... [Lire la suite]
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11 juin 2017

Per Jakez Helias (1914 – 1995) : L’habitant-habité / An annezer annezet

  L’habitant-habité   Y a-t-il seulement quelqu’un capable d’habiter un lieu, de le réduire à sa merci, d’en être tout à fait le maître on de n’en faire qu’un avec lui, de le dissoudre en sa personne ?   Et si c’était plutôt ce lieu-là, miroir de vos affinités secrètes qui vous habite, qui s’empare de vous à mesure qu’il se révèle, non pas à force d’habitudes - méfiez-vous de ce mot facile, bien trop commun pour être honnête   mais dans ce temps qu’il vous envahit comme un liquide qui... [Lire la suite]
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10 juin 2017

David-Herbert Lawrence (1885 – 1930) : Ombres / Shadows

    Ombres   Et si ce soir mon âme peut trouver sa paix dans le sommeil et sombrer dans le bon oubli, et au matin s’éveiller comme une fleur qui s’ouvre alors j’ai été de nouveau trempé en Dieu, et créé de nouveau. Et si, tandis que tournent les semaines dans l’obscur de la lune mon esprit s’obscurcit et s’éteint et qu’une douce étrange nuit pénètre mes mouvements mes pensées mes paroles alors je saurai que je marche toujours avec Dieu, nous sommes tout proches maintenant que la lune est ... [Lire la suite]
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09 juin 2017

Jacques Ancet (1942 - ) : L’Imperceptible

  L’imperceptible   C’est là. Ca n’a pas d’images C’est un souffle dans les heures, un instant comme arrêté, on ne sait pas, presque rien. Un vide sous les visages, sous les gestes quelque chose qui vacille : ombre ou mémoire. Un silence qu’on écoute avec toujours  ce qui parle sans un lot, ce qui se tait.   *   Ca n’existe pas, peut-être. La pierre ou l’arbre l’ignorent, l’oiseau qui passe, le ciel et sa lumière. C’est un feu qui n’aurait jamais brûlé, une eau qui n’apaiserait ... [Lire la suite]
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08 juin 2017

Ilarie Voronca ( 1903 – 1946) : Fragments

  Fragments   Nulle trace, dans l’air, d’un vol d’une voix ? Et l’écho n’est-il pas le pollen qui reste dans l’ouïe Quand de ses doigts l’on touche le minuscule clavier des      papillons, des voix ? * Que reste-t-il des visages mirés dans les rivières Et qui s’en vont avec nos sourires nos larmes vers les mers ?   * Un azur, une prunelle filtrés par les fenêtres Des éclats de visages Un cri n’est-il que le cocon d’où sortira le ver à soie des     ... [Lire la suite]
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07 juin 2017

Jean - Philippe Salabreuil (1949 – 1969) : Je t’apprends à mourir

  Je t’apprends à mourir   Non pas en face jamais ainsi Une épaule d'abord et puis l'autre Tête légère et basse et presque assise A petits cris doucement tu entres Et voici l'ombre t'a saisie Te souvenant que tu n'existes pas Qu'il n'y a plus les eaux qu'il n'y a pas Encore un feu qui ont chanté qui chantent Et chanteront tout au long de l'oubli Peut-être avec l'érable aux lentes branches Et plein d'oiseaux pour te remplir Mais nul regret surtout nul repentir Qu'importe à présent si je t'aime qu'importe Les... [Lire la suite]
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05 juin 2017

Francis Ponge (1899 -1998) : La terre

  La terre (Ramassons simplement une motte de terre)        Ce mélange émouvant du passé des trois règnes, tout traversé, tout infiltré, tout cheminé d'ailleurs de leurs germes et racines, de leurs présences vivantes : c'est la terre.      Ce hachis, ce pâté de la chair des trois règnes.        Passé, non comme souvenir ou idée, mais comme matière.      Matière à la portée de tous, du moindre bébé ; qu'on peut saisir... [Lire la suite]
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05 juin 2017

Armand Robin (1885 – 1972) : L’offre sans demande

  L’offre sans demande   Aujourd'hui de nouveau j'ai besoin de verser Mon âme devant vous en encrier d'écolier Qui fait sur les tabliers des taches difficiles à aimer.   Je surgis à peine des illettrés ; Du moins malgré les livres je ne suis pas lettré ; Je ne sais pas être un civilisé.   Je ne suis pas «avant», je ne suis pas «pendant», je ne suis pas « après » ; Je suis nomade et non contemporain ; Je suis avec vous tous mais en nuée ;   Mes miens, si Purs, si Grands, si Vrais, Je... [Lire la suite]
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04 juin 2017

Jacques Prével (1915 – 1951) : "Au moment d’écrire..."

  Au moment d’écrire j’ai déjà perdu par le doute l’ivresse de la vision Et cette terre m’abandonne où je suis venu me briser Je connaissais en m’éveillant Ce que je ne pourrai vous répéter sans trahir C’était l’horreur de toute mécanique de l’esprit L’horreur des oeuvres décalquées sur l’automatisme cérébral des scléroses Pierres polies et dépolies par le flux et le reflux de ce qui ne peut se répéter Et je dénonce la raison paranoïaque des moines valorisée par l’avortement ... [Lire la suite]
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