13 avril 2017

Saphô / Σαπφώ (vers 630 – vers 580 av. J. C.) : A une aimée

  A une aimée   Il goûte le bonheur que connaissent les dieux Celui qui peut auprès de toi Se tenir et te regarder, Celui qui peut goûter la douceur de ta voix,   Celui qui peut toucher la magie de ton rire, Mais moi, ce rire, je le sais, Il fait fondre mon cœur en moi. Ah ! moi, sais-tu, si je te vois, Fût-ce une seconde aussi brève, Tout à a coup alors sur mes lèvres Expire sans force ma joie.   Ma langue est là comme brisée, Et soudain, au cœur de ma chair, Un feu irrésistible a glissé. ... [Lire la suite]
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12 avril 2017

Abdellatif Laâbi (1942 -) : « Tu te souviens… »

  Tu te souviens de ce pigeon qui avait pris l’habitude de descendre dans notre cour et dont je t’ai décrit la démarche le plumage bariolé, flamboyant des ailes de la gorge l’œil rond filant comme du vif argent me rappelant cette méfiance immémoriale qu’il y a entre nous et les bêtes …………………………………………… Ou bien encore ces moments où je guettais le vol des hirondelles arbalètes gracieuse et acrobates qui rejoignaient avec assurance leurs nids et piaillaient nerveusement comme pour demander de dégager le passage ... [Lire la suite]
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11 avril 2017

Pierre Emmanuel (1916 – 1984) : Les plaines sous le joug

  Les plaines sous le joug comme des bêtes lasses Tirent aiguillonnées par les vents vers la mer. Asie, tes horizons d’ivoire ! Tes royaumes Cousus, momies, dans les déserts parcheminés ! Tes échos hennissant çà et là dans les âges – Poulains perdus pleurant les montagnes rasées ! Où est Palmyre, d’or et de jais sous les palmes ? Où sont les cèdres bleus des Libans consumés ? N’ayant plus que leur ombre à paître, elles sont mortes Les forêts harcelées de feuilles et d’essaims. Sous l’éperon... [Lire la suite]
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10 avril 2017

Jacques Réda (1929 -) : Pluie du matin

  Pluie du matin   Je rassemble contre mon souffle  Un paysage rond et creux qui me précède  Et se soulève au rythme de mon pas. La rue  Penche, brisée en travers des clôtures.  Le jour qu'on ne voit pas lentement se rapproche,  Poussé par les nuages bas,  Décombres fumants de l'espace.  Des cafés à feux sourds restent ancrés à la périphérie  Où roulent des convois, la mer  Sans fin dénombrant ses épaves.  Je tiens ce paysage contre moi,  Comme un panier... [Lire la suite]
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09 avril 2017

Pierre Reverdy (1889 – 1960) : Tendresse

  Tendresse   Mon cœur ne bat que par ses ailes Je ne suis pas plus loin que ma prison Ô mes amis perdus derrière l’horizon Ce n’est que votre vie cachée que j’écoute Il y a le temps roulé sous les plis de la voûte Et tous les souvenirs passés inaperçus Il n’y a qu’à saluer le vent qui part vers vous Qui caressera vos visages Fermer la porte aux murmures du soir Et dormir sous la nuit qui étouffe l’espace Sans penser à partir Ne jamais vous revoir Amis enfermés dans la glace Reflets de mon amour glissés... [Lire la suite]
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08 avril 2017

Boris Vian (1920 - 1959) : « Je mourrai d'un cancer… »

  Je mourrai d'un cancer de la colonne vertébrale Ça sera par un soir horrible Clair, chaud, parfumé, sensuel Je mourrai d'un pourrissement De certaines cellules peu connues Je mourrai d'une jambe arrachée Par un rat géant jailli d'un trou géant Je mourrai de cent coupures Le ciel sera tombé sur moi Ça se brise comme une vitre lourde Je mourrai d'un éclat de voix Crevant mes oreilles Je mourrai de blessures sourdes Infligées à deux heures du matin Par des tueurs indécis et chauves Je mourrai sans m'apercevoir ... [Lire la suite]
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07 avril 2017

Jean Cocteau (1889 – 1963 ) : Prairie légère

  Prairie légère    Etre de l’opium les prairies légères,  Il n’y a rien de tel pour un coeur trop blessé ;  On veut me réapprendre la vie étrangère  Et que j’invite, au bal, les filles à danser.    On veut me changer d’ailes en somme.  J’avais à mon esprit des ailes de fumée ;  On veut que me  repoussent mes ailes d’homme,  Ce qui fait mal, surtout à la fin des journées.    Mes ailes cela coûte un prix fou chaque plume ;  Jadis la pipe ailait... [Lire la suite]
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06 avril 2017

Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz (1877 - 1939) : " Tous les morts sont ivres..."

  Tous les morts sont ivres   Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale  Au cimetière étrange de Lofoten. L'horloge du dégel tictaque lointaine Au coeur des cercueils pauvres de Lofoten.   Et grâce aux trous creusés par le noir printemps Les corbeaux sont gras de froide chair humaine ; Et grâce au maigre vent à la voix d'enfant Le sommeil est doux aux morts de Lofoten.    Je ne verrai très probablement jamais Ni la mer ni les tombes de Lofoten Et pourtant c'est en moi comme... [Lire la suite]
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04 avril 2017

Patrice de La Tour du Pin (1911 – 1975) : Légende

  Légende     Va dire à ma chère Ile, là-bas, tout là-bas, Près de cet obscur marais de Foulc, dans la lande, Que je viendrai vers elle ce soir, qu'elle attende, Qu'au lever de la lune elle entendra mon pas.     Tu la trouveras baignant ses pieds sous les rouches, Les cheveux dénoués, les yeux clos à demi, Et naïve, tenant une main sur la bouche, Pour ne pas réveiller les oiseaux endormis.     Car les marais sont tout embués de légende, Comme le ciel que l'on découvre dans ses... [Lire la suite]
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04 avril 2017

Marie-Noel (1883 - 1967) : " Les chansons que je fais..."

  Les chansons que je fais, qu’est-ce qui les a faites ?...   Souvent il m’en arrive une au plus noir de moi… Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi C’est cette folle au lieu de cent que je souhaite.   Dites-moi… Mes chansons de toutes les couleurs, Où mon esprit qui muse au vent les a-t-il prises ? Le chant leur vient – d’où donc ? – comme le rose aux fleurs Comme le vert à l’herbe e t le rouge aux cerises.   Je ne sais pas de quels oiseaux, en quel pays De buissons creux et pleins de songe... [Lire la suite]
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