25 mai 2018

Angèle Vannier (1917- 1980) : J’adhère

  J'adhère        J'adhère au chant du berger solitaire qui use du bois de son propre corps pour alimenter le feu créateur      J'adhère au voyou à l'oeil louche qui jette son mégot contre une meule de paille pour griller l'antre du métayer      J'adhère à la jeune fille qui se noie dans les eaux inférieures pour un simple chagrin d'amour      J'adhère à la chute des eaux supérieures qui lavent notre crasse et fait des vierges... [Lire la suite]
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24 mai 2018

Louis Aragon (1897 – 1982) : Un homme passe sous la fenêtre et chante

  Un homme passe sous la fenêtre et chante                         Nous étions faits pour être libres                     Nous étions faits pour être heureux                     Comme la vitre pour le givre ... [Lire la suite]
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23 mai 2018

Adonis (1930 -) / أدونيس : Au nom de mon corps

  7. Au nom de mon corps   Au nom de mon corps le vivant /mort, le mort/ vivant dénué de forme, et qui en a autant de pores, au nom de ce je qui n’est pas moi de ce tu, femme, qui n’est pas toi, nous reformerons notre parler, nos deux langues nous instaurerons des mots à la mesure de la langue, des lèvres, du palais, du gosier nos deux corps entreront dans des limbes de brousses et de noces pour tous deux se détruire / se rebâtir en une vague de célébration sans forme : lentement / rapidement en... [Lire la suite]
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22 mai 2018

Henri Michaux (1889 – 1984) : L’époque des illuminés

  L’époque des illuminés        Quand le crayon qui est un faux frère ne sera plus un faux frère.    Quand le plus pauvre en aura plein la bouche, d’éclats et de vérité.    Quand les autos seront enterrées pour toujours sur les bords de la route.    Quand ce qui est incroyable sera regardé comme une vérité de l’ordre de « 2 et 2 font 4 ».    Quand les animaux feront taire les hommes par leur jacasserie mieux comprise et inégalable. ... [Lire la suite]
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21 mai 2018

Loys Masson (1915 -1970) : Poème à mon père

    Poème à mon père      Mon père tu dors en lit de semences sur l’eau de tes yeux      Les larmes de ma mère descendent jusqu’à toi à travers le sol spongieux,   aux bras des graminées – sur ton ventre poussent la campanule et l’oseille.      On m’a écrit « il s’en est allé d’urémie au mois d’août, on lui avait amputé   l’orteil      il est mort dix jours après t’appelant tant qu’il a pu parler » ... [Lire la suite]
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20 mai 2018

Pierre de Ronsard (1524 – 1585) : « Maîtresse, embrasse-moi… »

  Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi, Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie, Mille et mille baisers donne-moi, je te prie, Amour veut tout sans nombre, Amour n'a point de loi.   Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi Te gardes-tu, là-bas, quand tu seras blêmie, A baiser de Pluton ou la femme ou l'amie, N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?   En vivant presse-moi de tes lèvres de roses ; Bégaie, en me baisant, à lèvres demi-closes, Mille mots tronçonnés, mourant... [Lire la suite]
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19 mai 2018

Paul Eluard (1895 -1952) : « Je te l’ai dit pour les nuages… »

  Je te l’ai dit pour les nuages Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles Pour les cailloux du bruit Pour les mains familières Pour l’œil qui devient visage ou paysage Et le soleil lui rend le ciel de sa couleur Pour toute la nuit bue Pour la grille des routes Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles Toute caresse toute confiance se survivent   Revue « Chantiers, N° 4, Avril 1928 » ... [Lire la suite]
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18 mai 2018

Angel González (1925 – 2008) : Ce sont les mouettes, mon amour / Son las gaviotas, amor.

  Ce sont les mouettes mon amour   Ce sont les mouettes, mon amour. Les lentes, les hautes mouettes.   Mer hivernale. L’eau grise laisse un tâche froide sur les rochers. Tes jambes, tes douces jambes, attendrissent les vagues. Un ciel sale se vautre sur la mer. Le vent efface le profil des collines de sable. Les tristes mares de sel et de froid copient ta lumière et ton ombre. Elles crient des choses là-haut que, trop absorbée, tu n’écoutes pas.   Ce sont les mouettes, mon amour. Les lentes,... [Lire la suite]
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17 mai 2018

Paul Verlaine (1844- 1896) : l’Angoisse

  L’angoisse     Nature, rien de toi ne m'émeut, ni les champs Nourriciers, ni l'écho vermeil des pastorales Siciliennes, ni les pompes aurorales, Ni la solennité dolente des couchants. Je ris de l'Art, je ris de l'Homme aussi, des chants, Des vers, des temples grecs et des tours en spirales Qu'étirent dans le ciel vide les cathédrales, Et je vois du même oeil les bons et les méchants. Je ne crois pas en Dieu, j'abjure et je renie Toute pensée, et quant à la vieille ironie, L'Amour, je voudrais bien... [Lire la suite]
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16 mai 2018

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont (1846 – 1870) : « O mathématiques sévères... »

        O mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées, depuis que vos savantes leçons, plus douces que le miel, filtrèrent dans mon cœur, comme une onde rafraîchissante. J’aspirais instinctivement, dès le berceau, à boire à votre source, plus ancienne que le soleil, et je continue encore de fouler le parvis sacré de votre temple solennel, moi, le plus fidèle de vos initiés. Il y avait du vague dans mon esprit, un je ne sais quoi épais comme de la fumée ; mais, je sus franchir... [Lire la suite]
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