05 janvier 2016

Sabine Sicaud (1913 – 1928) : Vous parlez ?

  Vous parlez ?   Vous parlez ? Non. Je ne peux pas. Je préfère souffrir comme une plante, Comme l’oiseau qui ne dit rien sur le tilleul. Ils attendent. C’est bien. Puisqu’ils ne sont pas las D’attendre, j’attendrai, de cette même attente.   Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul. Je ne veux pas d’indifférents prêts à sourire Ni d’amis gémissants. Que nul ne vienne.   La plante ne dit rien. L’oiseau se tait. Que dire ? Cette douleur est seule au monde, quoi qu’on... [Lire la suite]
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04 janvier 2016

Saint - John Perse (1887 – 1975) : « Et vous, Mers… »

     I       Et vous, Mers, qui lisiez dans de plus vastes songes, nous laisserez-vous un soir aux rostres de la Ville, parmi la pierre  publique et les pampres de bronze ?      Plus large, ô foule, notre audience sur ce versant d'un âge sans déclin : la Mer, immense et verte comme une aube à l'orient des hommes,      La Mer en fête sur ses marches comme une ode de pierre : vigile et fête à nos frontières, murmure et fête à... [Lire la suite]
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21 décembre 2015

Rouben Melik (1921 – 2007) : Elégie 5

  Elégie 5   Quel espace entre nous se défait de l’espa ce et n’est plus qu’aboli par la mort inter dite ? A quel amour vas-tu sans songer que ne pa sse, où la blessure était, que ce corps à l’indi   fférence de son bras sur l’espace d’un sein ? La dernière peinture et le dernier regard Ce ne fut que la ville entre nous, ce dessin Plus tard que nous laisse pour changer le hasard   Lentement résolu dans ce corps et la cour be où jamais ne viendra la courbe se rejoin dre à l’abandon d’un... [Lire la suite]
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20 décembre 2015

Giacomo Leopardi (1798 – 1837) : Le coucher de la lune / Il tramonto della luna

  Le coucher de la lune      Telle dans la nuit déserte, Sur les campagnes argentées, sur les eaux, Là où flotte la brise, Où font jouer les ombres lointaines Mille formes indécises, Mille choses trompeuses, Parmi les ondes calmes Et les bocages, les collines, les fermes ; Touchant aux confins du ciel, Derrière l’Apennin, les Alpes, ou dans le sein Immense de la mer Tyrrhénienne Descend la lune, et le monde s’éteint ; S’enfuient les ombres, et une seule Obscurité voile les cimes et... [Lire la suite]
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19 décembre 2015

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías / Llanto por Ignacio Sánchez Mejías

      Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías   À ma chère amie Encarnación López Júlvez   I. La prise et la mort        A cinq heures du soir C’était juste cinq heures du soir. Un enfant porta le drap blanc      à cinq heures du soir. Un panier de chaux déjà préparé      à cinq heures du soir. Tout le reste était mort et rien que mort            à cinq heures du soir   Le... [Lire la suite]
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18 décembre 2015

Czesław Miłosz (1911 – 2004) : Dante

  Dante   Ainsi ne rien avoir. Ni terre ni abîme. Tournant sur lui-même le cercle des saisons. Les gens sous les étoiles Vont et se dispersent En poussière quasi stellaire. Les machines moléculaires Travaillent infailliblement, comme des automates. Lilium colombianum ouvre ses fleurs rayées comme des tigres, Qui aussitôt se recroquevillent sur leur poix gluante. Les arbres poussent à la verticale, tout droit dans les airs.   Alchimiste Alighieri, si loin De ton ordre cet ordre sans queue ni tête, Cosmos... [Lire la suite]
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17 décembre 2015

Henri de Régnier (1864 – 1936) : « Un petit roseau m’a suffi… »

  Un petit roseau m’a suffi Pour faire frémir L’herbe haute Et tout le pré Et les deux saules Et le ruisseau qui chante aussi ; Un petit roseau m’a suffi A faire chanter la forêt.   Ceux qui passent l’ont entendu Au fond du soir, en leurs pensées Dans le silence et dans le vent, Clair ou perdu, Proche ou lointain… Ceux qui passent en leurs pensées En écoutant , au fond d’eux-mêmes L’entendront encore et l’entendent Toujours qui chante.   Il m’a suffi De ce petit roseau cueilli A la fontaine... [Lire la suite]
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16 décembre 2015

Jean –Claude Renard (1922 – 2002) : Psaume de Pâques

  Psaume de Pâques           Ah ! qu’il soit proclamé que rien, depuis dimanche, n’est plus jamais dans l’homme, ni tout à fait désert, ni tout à fait perdu ;      Et que celui-là qui n’est avec personne – étranger aux fontaines comme étranger à soi – peut encore accéder à sa propre présence et entrer en partage avec tout ce qui est s’il se tient libre encore pour l’attentif amour qui incante et qui lie ;      Et libre pour... [Lire la suite]
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15 décembre 2015

Jean-Luc Parant (1944 -) : « L’homme est nu… »

    (…)      L’homme est nu, il se lève et son corps quitte le sol, le sol et ses broussailles, la terre et ses pierres ; il pense et se dépouille de tout ce qui l’entoure, il perd la peau des montagnes et des mers, il mue pour se projeter dans l’espace. Pour se maintenir debout, la femme se sépare de tout ce qui l’entoure, elle se vide de tout ce qui la contient et perd toute la chaleur du monde et de son corps. La femme a froid, elle quitte le sol de ses mains et va vers le feu dans ses... [Lire la suite]
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14 décembre 2015

Jean – Pierre Faye (1925 - ) : « Le chemin noir vers l’eau retrouvée… »

  Le chemin noir vers l’eau retrouvée s’éteint et plie, retourne au sol roux de bruyère longuement la saveur cassée du bois serrée de nœuds, cordée de sécheresse. Nos mains étendues touchent le bruit de feuille froissée Les images roulent, gréseuses, se font choses dans la pente sonore, bondissantes où le pan d’ajoncs se tache de vert brûlé de grisaille. La pierre taille un seuil dans l’arête massive et le fouillis de fougère reprise par l’heure, retirée à la ligne dure du soir défaisant les villes, jonchant le... [Lire la suite]
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