26 avril 2020

Johannes Bobrowski (1917 – 1965) : Tour de voiture / Wagenfahrt

  Tour de voiture   Belle lune de Mariampol ! Sur la lisière de chaume, ma petite cité, derrière les baraques elle monte, lourde, pesante et comme parfois retombant un peu. Ainsi va le marchande de chevaux, il achète pour sa mère un foulard à frange.   Le soir, tard, ils ont chanté tous les deux. Nous sommes rentrés chez nous en traversant la rivière, sur le bac on entendait, comme l’eau, passer, légers, des mots échangés de gens se hélant, s’appelant – nous l’avons entendue longtemps ... [Lire la suite]
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25 avril 2020

Pierre Morency (1942 -) : Rien

Rien   Il n’y a rien. Rien sinon ce peu de jour qui vient avec le jour, que l’ombre au flanc de la montagne. Il n’y a rien. Que le vent de solitude, les petites vagues quand on dort. On voit un enfant qui naît, un enfant qui meurt. Puis après, rien, plus rien. Rien que l’incroyable Voie Lactée, rien que l’arbre qui pousse en montant. Quand on pense qu’il pourrait y avoir tout. Il pourrait y avoir des éveils, des élans, des lenteurs sous les eaux, des giclements, des vénus montées sur des bêtes blondes ; il pourrait... [Lire la suite]
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24 avril 2020

Georges Ribemont – Dessaignes (1884 – 1974) : Attente

  Attente     Les hirondelles du souvenir Voyagent d'un doigt à l'autre Et sur le bout du doigt Le lézard vert de l'avenir Mange les mouches du cœur. Je donnerai cette pastille A la langue qui baisera l'ennui fidèle, J'accepterai la main Qui donnera des graines de soleil, De lune, d'étoiles et de nuages A mon perroquet vert. Je crie : A moi, à moi, à moi ! Mais je sais bien que ce n'est qu'un perroquet à l'œil vorace, Car je n'appelle pas, ni moi, ni vous ni personne. Sous le masque j'ai mis le... [Lire la suite]
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23 avril 2020

Rabindranath Tagore / রবীন্দ্রনাথ ঠাকুর (1861 – 1941) : Cygne (I – VI)

  Cygne   I O mon Nouveau ! O chose non mûre ! Toujours vert ! Inconsidéré ! Renvoie d’un coup dans la vie tous ces demi-morts ! La lumière du matin est rouge à force d’ivresse. Que les gens crient contre toi comme il leur plaît, Jette de côté la querelle, à ton aise, Et fais danser très haut ta belle queue d’oiseau ! Viens mon éclatant, mon jeune, mon Nouveau !   La cage se balance gentiment dans l’air, Rien ne bouge, ne remue Dans leur maison ni dans leur cour ;... [Lire la suite]
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22 avril 2020

Michel Manoll (1911 – 1984) : A René Guy Cadou

  A René Guy Cadou   Ô mon ami, glycine odorante d’avril Et qui tiens sous ton joug un essaim de pétales, Le temps n’a pas pouvoir de dénouer le fil Qui nous rattache au même océan végétal, Le temps n’a pas pouvoir de faner le pistil Où la lumière avive, un instant, son cristal. Le feu que nous avons tant de fois allumé Brûle encore au déclin du jour, parmi les treilles Où le ciel migrateur butine tes prunelles De givre, de pollen et de houle tramées.   Il n’est que d’entrouvrir la porte d’une auberge, ... [Lire la suite]
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21 avril 2020

Paul Dirmeikis (1954 -) : L’Epaule d’Orphée

  L’épaule d’Orphée   - Dix stances de sel –   STANCE I   Chœur de la blessure : Voici donc le partage à la jarre ! Deux mains qui s’éloignent après l’étreinte du cilice à vos reins lissant au ciel ses veines comme des rives bleuies.   Voici dans l’orne le tracé gravide où la lyre d’Orphée se déliera Voici aux cornes alliées à vos âmes sa drège de cordes comme des lames au fil des cœurs à vif et sans mémoire   Voici les noces du sel et de la plaie ! Les voici à vos... [Lire la suite]
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20 avril 2020

Tristan Corbière (1845 – 1975) : Sous un portrait de Corbière

  Sur un portrait de Corbière en couleurs fait par lui et daté de 1868                   Jeune philosophe en dérive               Revenu sans avoir été,                  Cœur de poète mal planté :               Pourquoi voulez-vous que je vive ?     L’amour !... je l’ai rêvé, mon cœur au grand ouvert Bat... [Lire la suite]
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19 avril 2020

Jude Stéfan (1930 -) : A une lectrice d’arbres

  A une lectrice d’arbres     Chère amie me dites-vous peu longévif que le séquoia atteint jusqu’à mille ans pour m’accabler ou parce qu’il se plaît au bord des eaux ? Résister au froid le pin qui préfère la tourbe – moi me fige l’argile finale ayant trop vu trôner le thuya au centre des hospices où jouent les vieillards aux fantômes et l’on dit menacé l’orme ? Mais le port du tremble, le couvert dense du tilleul où chantaient les pipeaux pastoraux, l’orange des sorbiers ? O blanche aubé-... [Lire la suite]
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18 avril 2020

Cesare Pavese (1908 – 1950) : Femmes passionnées / Donne appassionate

  Femmes passionnées   Les filles au crépuscule descendent dans l’eau Quand, étale, la mer disparaît. Dans le bois chaque feuille tressaille tandis qu’elles émergent prudentes sur le sable et s’assoient sur la rive. L’écume joue inquiète le long de l’eau lointaine.   Les filles ont peur des algues enfouies sous les vagues qui s’agrippent aux épaules et au jambes : ce qui est nu de leurs corps. Lestement elles regagnent la rive et s’appellent l’une l’autre, épiant autour d’elles. Les ombres aussi, sur... [Lire la suite]
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17 avril 2020

Max Jacob (1876 – 1944) : Agonie

   Agonie   Mon Dieu ! que je suis las d’être sans espérance, de rouler le tonneau lourd de ma déchéance et sans moyens d’en finir avec la terre. Je transporte Satan comme un intermédiaire, j’écorne mon blason avec mes haut-le-corps, je tourne chaque nuit mes visions vers les morts, je frappe avec mon crâne aux rochers de l’enfer, et les draps de mon lit sont en paille de fer. Souvent dans mon sommeil la même île électrique marque en couteau de sang mes noms patronymiques sur ma peau. Membres,... [Lire la suite]
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