21 décembre 2017

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant (1594 – 1651) : « Assis sur un fagot… »

  Assis sur un fagot, une pipe à la main, Tristement accoudé contre une cheminée, Les yeux fixés vers terre, et l'âme mutinée, Je songe aux cruautés de mon sort inhumain. L'espoir, qui me remet du jour au lendemain, Essaie à gagner temps sur ma peine obstinée, Et, me venant promettre une autre destinée, Me fait monter plus haut qu'un empereur romain. Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre, Qu'en mon premier état, il me convient descendre, Et passer mes ennuis à redire souvent : Non, je ne trouve point... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 02:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

20 décembre 2017

Giacomo Leopardi (1798 – 1837) : L’Infini / L’Infinito

  L’Infini   Toujours tendre me fut ce solitaire mont, Et cette haie qui, de tout bord ou presque, Ferme aux yeux le lointain horizon. Mais couché là et regardant, des espaces Sans limites au-delà d’elle, de surhumains Silences, un calme on ne peut plus profond Je forme en mon esprit, où peu s’en faut Que le coeur ne défaille. Et comme j’ouis le vent Bruire parmi les feuilles, cet Infini silence-là et cette voix, Je les compare : et l’éternel, il me souvient, Et les mortes saisons, et la présente Et... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
19 décembre 2017

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : Chanson du cavalier / Canción de Jinete

  Chanson du cavalier     Cordoue Lointaine et solitaire.   Cheval noir, grande lune, Des olives en ma sacoche. Bien que j’en sache les chemins Jamais je n’atteindrai Cordoue.   Par la plaine, par le vent Cheval noir, lune rouge. La mort est là me regardant Du haut des tours de Cordoue.   Ah ! qu’il est long le chemin. Ah ! mon valeureux cheval. Dire que la mort m’attend Sur la route Cordoue.   Cordoue Lointaine et solitaire.   Traduit de l’ espagnol par... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
18 décembre 2017

Czesław Miłosz (1911 – 2004) : Sur la plage

  Sur la plage   Sur le sable la mer s’étale et j’écoute sa rumeur, et je ferme les yeux.   Sur ce bord européen, au cœur de l’été, après les grandes guerres du siècle.   Fronts des nouvelles générations innocents, mais marqués.   Souvent dans la foule un visage similaire, de l’un des destructeurs,   Qui ne sait qui il aurait été s’il était né plus tôt.   Choisi comme ses pères, encore que dans l’inaccomplissement. Sous les paupières je garde leurs villes éternellement jeunes.  ... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
17 décembre 2017

Raymond Queneau (1903 – 1977) : Je n'ai donc pu rêver

  Je n'ai donc pu rêver   Je n'ai donc pu rêver que de fausses manœuvres, vaisseau que des hasards menaient de port en port, de havre en havre et de la naissance à la mort, sans connaître le fret ignorant de leur œuvre.   Marins et passagers et navire qui tangue et ce je qui débute ont même expression, une charte-partie ou la démolition, mais sur ce pont se livrent des combats exsangues.   Voici : le capitaine a regardé les nuages qui démolissaient l'horizon, il descend dans la cale où... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 01:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
16 décembre 2017

Jean-Claude Renard (1922 – 2002) : L’exode annonce une rivière

  L’exode annonce une rivière A Jean Grosjean   1 Entre les roseaux, les flaques d’herbe, les buissons de genévriers, L’arc du sel au bord des vins rouges, - Je marchais vers Aigues-Mortes, Un canal ridé d’air attirait le silence, le sable Et parfois des chevaux. Qui transformera la braise immobile ?   2 Il y eut un goût de raisins à l’aplomb des saintes murailles : Une liqueur de menthe. Mais je n’entrai pas dans la ville. S’écarter comme l’épaisse trace jaune de la mer Au Grau-du-Roi, ... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

15 décembre 2017

Gérald Neveu (1921 – 1960) : Midi

  Midi   Il est tombé - dit-on – plume noire et plume blanche sa soif traînant en immense branchage et donnez-moi - dit-on – ce sourire et ce géranium !   Les portes battues parlent d’or Le vent durcit en coquillage Descends - tu le peux – de ton chariot de victoire pour un triomphe plus amer pour une marche plus charnelle   Lève ton cœur comme vipère ma petite tuile d’orgueil…   On écoute tourner le vin noircir le sang changer le sable   On écoute pourrir comme une musique... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:01 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :
14 décembre 2017

Jean-Pierre Faye (1925 -) : Partage des eaux

  Partage des eaux   Les vallées prennent corps, affrontées et prennent eau à même la pierre amarrées au portail et à l’auvent liées aux arches, tendues sur les lignes jetées de plein cintre aidées par l’assise, arquées sur les piliers sans mesure et la mauvaise cassure dans la pente - mais l’effort du sol rejette la longue moulure levée en initiale et le clavier lacunaire des contreforts dans des langues différentes. Des voix se tendent différemment dans la chair entre la gorge et la bouche, et là où lève... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
13 décembre 2017

Jean-Pierre Duprey (1930 – 1959) : Où que j’erre

  Où que j’erre   Sortir de la mort, sortir de la pluie, sortir du pays, Sortir du pays, sortir de son pain, sortir de l'ennui, Sortir du toujours, sortir du jamais, sortir du pays, Il y a là-dedans quelque chose qui ne me revient pas, Quelque chose qui me ronge et me découpe. Ah sortir de sa boue, Et sortir de sa nuit et de la nuit des autres, Sortir de sa chance et de sa mauvaise chance, De l'amer et de l'aigu, de la mer et de la terre, Sortir de ce pays qui m'assèche, Ce pays qui me pousse dans le... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
11 décembre 2017

Gilberte H. Dallas (1918-1960) : « J’ai plongé mon avide soif… »

  O        J’ai plongé mon avide soif dans l’algue de ton corps sur l’enclume reposé, splendide charogne, trésor des Galapagos j’ai plongé mes mains dans tes entrailles en ai retiré  la robe de pierres de la Dame Noire, pierres d’herbes, d’eau et de ciel, pierres de fils et de soleil.      J’ai plongé mes mains dans ton ventre, en ai retiré le cheval de bois blanc comme un astre, avec son harnais de tulipe.      J’ai plongé mes mains et mon visage... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 23:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :