20 février 2017

Mang Ke /芒克 (1951 -) : Vent à fleur d’eau

  Vent à fleur d’eau   Le vent à fleur d’eau laisse une odeur masculine monte sur la rive ruisselle se presse vers l’ombre verte malgré son extrême langueur et là se pare d’un vêtement s’arrête se retourne et l’onde apaisée découvre sa gorge tendre nénuphars sur le point d’éclore ne sont-ils pas turgescents gonflés de désirs   Traduit du chinois par Chantal Chen-Andro In, "Le Ciel en fuite. Anthologie de la nouvelle poésie chinoise" Editions Circé, 2004 Du même auteur : Le temps sans le... [Lire la suite]
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19 février 2017

Georges Schehadé (1905 – 1989) : « Si je dois rencontrer les Aïeux… »

  Si je dois rencontrer les Aïeux A l'extrémité d'une terre d'élégie Là où se perd la parole des puits Et le vieil élevage des lunes La nuit fera une seule gerbe de nos ombres      Je rejoindrai l'aiguille et les songes Et la main de leurs habits - Allongés dans leurs têtes légères Sous un arbre imaginé par la vie      Si je dois rencontrer les Aïeux A l'extrémité d'une terre d'élégie Menant un enfant de grand sommeil Au bord des fleuves sans terres     Les... [Lire la suite]
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12 février 2017

Rita Mestokosho (1966 - ) : Un peuple sans terre

  Un peuple sans terre   Quand la lune sera pleine Et que le soleil sera rouge On verra alors sur la plaine Un homme faisant brûler de la sauge.   Sa peine sera immense comme la mer Car il aura vu la terre disparaître sous ses pieds. Les hommes machines l'auront dévorée les premiers Pour en faire une nouvelle cité.   Là où l'entraide et le respect n'existent pas Tu piétineras mon enfant, mais tu le fais déjà Ta soif d'ambition et de grandeur nous tuera Malgré tout cela, mon esprit survivra. ... [Lire la suite]
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11 février 2017

César Moro (1903 – 1955) : Pierre mère

    Pierre mère   Toi comme moi avons l’œil terne, pierre Comme moi tu rêves d’un cataclysme Parmi l’humidité la sécheresse ou le temps indifférent Une même soif nous accable Pareil destin : la terre l’ennui De trop t’avoir fixée ô pierre Me voilà dans l’exil Parlant un langage de pierre Aux oreilles du vent   Dans le temps infini Les larmes ont séché Mais quelle plaie Renferme notre monde   Seule la nuit nous aime Dans sa fraîcheur tu te reposes C’est le moment où je peux te... [Lire la suite]
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10 février 2017

Octavio Paz (1914 – 1998) : Hymne parmi les ruines / Himno entre ruinas

  Hymne parmi les ruines   Couronné de lui-même le jour étend ses plumes. Haut cri jaune, jet brûlant au centre d’un ciel impartial et salutaire ! Les apparences sont belles dans leur vérité spontanée. La mer gravit la côte, prend appui entre les roches, araignée éblouissante : la mauve blessure du mont resplendit, une poignée de chèvres et un troupeau de pierre, le soleil pond son œuf d’or et s’éploie sur la mer. Tout est dieu. Statue brisée, colonnes mangées de lumière, ruines vives en un monde... [Lire la suite]
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09 février 2017

Pernette Du Guillet (1520 – 1545) : « La nuit était pour moi si très-obscure… »

  La nuit était pour moi si très-obscure Que Terre et Ciel elle m'obscurcissait, Tant qu'à Midi de discerner figure N'avais pouvoir - qui fort me marrissait (*) :     (*) m’affligeait Mais quand je vis que l'aube apparaissait En couleurs mille et diverse, et sereine Je me trouvai de liesse si pleine - Voyant déjà la clarté à la ronde - Que commençai louer à voix hautaine (*)      (*) à haute voix Celui qui fit pour moi ce Jour au Monde.     Rymes de gentile,... [Lire la suite]
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08 février 2017

Pierre Morhange (1901 – 1972) : Paris

Paris   Avez-vous vu un fils tranquille ramasser au marché Une petite enfant étrangère, une Sarrasine Qui vendait des citrons sans patente Sans avoir payé sa location de l’asphalte Où elle s’accroupissait, petite sombre.   Echalote ! Il la conduit. Il a été bon. Il l’a avertie deux fois. Elle le suit devant les squares et les boutiques Elle le suit tout au long de la patente Auprès de tous les yeux patentés, des groins, des museaux patentés On ne regarde même pas la petite étrangère Les gens... [Lire la suite]
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07 février 2017

René Depestre (1926 - ) : Dito

  Dito   Mon avenir sur ton visage est dessiné comme des nervures sur une feuille ta bouche quand tu ris est ciselée dans l’épaisseur d’une flamme la douceur luit dans tes yeux comme une goutte d’eau dans la fourrure d’une vivante zibeline la houle ensemence ton corps et telle une cloche ta frénésie à toute volée résonne à travers mon sang Comme les fleuves abandonnent leurs lits pour le fond de sable de ta beauté comme des caravanes d’hirondelles regagnent tous les ans la clémence de ton méridien en toute... [Lire la suite]
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06 février 2017

Friedrich Hölderlin (1770 – 1843) : Le Pays / Die Heimat

  Le pays   Joyeux le marinier vers le fleuve paisible rentre      Des îles loin d’ici, quand sa moisson est faite ;           Moi aussi, j’aimerais revenir au pays, si j’avais                Autant que de douleur moissonné de richesses. Ô, vous, rives si chères qui jadis m’éduquèrent,      Apaisez-vous les maux de l’amour, promettez-vous, ... [Lire la suite]
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04 février 2017

Bernard Binlin Dadié (1916 - ) : Les lignes de nos mains

    Les lignes de nos mains   Les lignes de nos mains ni Jaunes ni Noires ni Blanches Ne sont point des frontières des fossés entre nos villages des filins pour lier les faisceaux de rancoeurs.     Les lignes de nos mains sont des lignes de vie, de Destin de Coeur d’Amour, de douces chaînes qui nous lient les uns aux autres les vivants aux morts.     Les lignes de nos mains ni blanches ni noires ni jaunes, Les lignes de nos mains Unissent les bouquets de nos rêves. ... [Lire la suite]
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