03 mai 2018

Arthur Rimbaud (1854 – 1891) : Après le déluge

    Après le Déluge          Aussitôt que l'idée du Déluge se fut rassise,       Un lièvre s'arrêta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes et dit sa prière à l'arc-en-ciel à travers la toile de l'araignée.       Oh ! les pierres précieuses qui se cachaient, - les fleurs qui regardaient déjà.       Dans la grande rue sale, les étals se dressèrent, et l'on tira les barques vers la mer ... [Lire la suite]
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02 mai 2018

René Char (1907 – 1988) : Fièvre de la Petite-Pierre d’Alsace

  Fièvre de la Petite-Pierre d’Alsace        Nous avançons sur l’étendue embrasée des forêts, comme l’étrave face aux lames, onde remontée des nuits, maintenant livrée à la solidarité de l’éclatement et de la destruction. Derrière cette cloison sauvage, au-delà de ce plafond, retraite d’un stentor réduit au silence et à la ferveur, se trouvait-il un ciel ?      Nous le vîmes à l’instant que le village nous apparut, bâtisse d’aurore et de soir nonchalant, nef à l’ancre... [Lire la suite]
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01 mai 2018

Guillaume Apollinaire (1880 – 1918) : Vitam impendere amori

  Vitam impendere amori     L’amour est mort entre tes bras Te souviens-tu de sa rencontre Il est mort tu la referas Il s’en revient à ta rencontre     Encore un printemps de passé   Je songe à ce qu’il eut de tendre Adieu saison qui finissez   Vous nous reviendrez aussi tendre         Dans le crépuscule fané Où plusieurs amours se bousculent Ton souvenir gît enchaîné Loin de nos ombres qui reculent     Ô mains qu’enchaîne la mémoire Et... [Lire la suite]
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29 avril 2018

Joseph Brodsky / Иосиф Александрович Бродский (1940 – 1996) : Tu galoperas dans le crépuscule

  Tu galoperas dans le crépuscule   Tu galoperas dans le crépuscule par les collines froides, sans fin, le long des bois de bouleaux qui fuient dans la nuit                               vers les maisons triangulaires, le long des ravins déserts, sur l’herbe gelée, ... [Lire la suite]
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28 avril 2018

Alain Mabanckou (1966 -) : Tant que les arbres s’enracineront dans la terre

  Tant que les arbres s’enracineront dans la terre     je vends à l’autre siècle les errements de mon destin sinueux je revendique le double visage de mon identité éclatée avec le temps   je déchire ici et maintenant l’acte de naissance des frontières pour baptiser le nouvel espace à conquérir       honte à toi qui me cantonne à ce lopin de terre et me donne le tam-tam à battre   prends donc ta Négritude creuse porte-la comme viatique surtout n’oublie pas ta sagaie encore... [Lire la suite]
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27 avril 2018

Pablo García Baena (1923 -) : Enfant de chœur

  Enfant de chœur   Il baisa en l’enlevant le céleste manteau ; le rochet à dentelles et amidons, frivole et sensoriel comme un jupon, fut béatement plié sur le porte-serviettes. Le cordon une fois dénoué, la soutane noire à boutonnière carminée tomba à ses pieds comme une bannière vaincue. Et glissait une ancienne odeur de salve, de mois de mai, de motets angéliques de ces choeurs grégaires du samedi. Il se vit tout nu devant le miroir brume, tel un chandelier de blé, l’enfant de chœur blond, en... [Lire la suite]
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26 avril 2018

Paul Claudel (1868 – 1955) : Le cocotier

  Le cocotier        Tout arbre chez nous se tient debout comme un homme, mais immobile ; enfonçant ses racines dans la terre, il demeure les bras étendus. Ici, le sacré banyan ne s’exhausse point unique : des fils en penchent par où il retourne chercher le sein de la terre, semblable à un  temple qui s’engendre lui-même. Mais c’est du cocotier seulement que je vais parler.     Il n’a point de branches ; au sommet de sa tige, il érige une touffe de palmes. ... [Lire la suite]
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25 avril 2018

José Hierro (1922- 2002) : Enfant / Niño

  Enfant   Roi d’un chant de blé, d’une rivière, d’une vigne : ainsi devra-t-il se rêver. Et libre. Maître de soi, bûcher perpétuel où brûle la bûche de la vérité. Et que l’amour l’enserre.   Il voudra monter jusqu’à voir le ciel apposer des formes claires sur le bronze de son rêve. Les ailes font défaut. Il se blessera dans son effort, et fondra en larmes sur son front d’enfant.   Et il apprendra la vérité. Le chant mourra dans sa gorge rouge, rouge de cette frayeur qui entend et qui voit,... [Lire la suite]
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24 avril 2018

Georges Ribemont-Dessaignes (1884 – 1974) : Se confondre

  Se confondre   De rien, choses, naissez, cruelles apparences, Néant, vieux magasin, prends ton enseigne visible.   Et toi, bel univers, si vieux, si jeune, ô monde inconnu, Tu prendras ta place Dans les draps de mon sang, dans les plis de mes mains, Sur la paix de mes lèvres, Je tâcherai de naître à tes apparences, Je t’interrogerai comme il se doit, Je t’aimerai pour toi.   Je ne serai rien, je serai tout, Une herbe, un éphémère, un air, Bételgeuse, une voix –   Non, rien, Le vide, et... [Lire la suite]
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23 avril 2018

Rabindranath Tagore (1861 – 1941) / রবীন্দ্রনাথ ঠাকুর : « Frère, nul n’est éternel … »

  Frère, nul n’est éternel et rien ne dure. Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.        D’autres que nous ont porté l’antique fardeau de la vie ; d’autres que nous ont fait le long voyage.      Un poète ne peut chanter toujours la même ancienne chanson.      La fleur se fane et meurt ; mais celui qui la portait ne doit pas toujours pleurer sur son sort.      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.   ... [Lire la suite]
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