07 juillet 2016

Xavier Grall (1930 – 1981) : Les Déments

  Les Déments   Par les chemins noirs De l’Arrée Où vont-ils les déments ? Ils poussent des troupeaux souillés Dans les vallons de tourbes Et dans leurs caboches molles Des cloches d’airain cognent Des glas épouvantables Et de torrides effrois   On les voit les déments du côté de Commana De Botmeur et de Brasparts Leur panse pourrie de cidres amers Et de vinasses violettes Effrayant les corneilles Que les épouvantails angoissent Ils bavent les déments comme des gargouilles Des jurons... [Lire la suite]
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06 juillet 2016

Jan Vladislav (1923 – 2009) : Laisses

    Laisses   Pour que tu puisses les lire, que tu les comprennes, pour que tu trembles, feuille sous la bouche du vent.   * Pour que la rumeur des vagues des dunes lointaines y murmure, de la mer qui monte aux lèvres dès qu’on y plonge la coupe.   * Pour que le souffle y couve de chatoyantes coquilles de mer, flammèches d’échos secrets que rien n’étouffe.   * Pour que tu puisses les porter cent ans plus tard à l’oreille et retrouver ce qu’aujourd’hui je te dis sans le dire. ... [Lire la suite]
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05 juillet 2016

René Daumal (1908 – 1944) : Mémorables

  Mémorables      Souviens-toi : de ta mère et de ton père, et de ton premier mensonge, dont l’indiscrète odeur rampe dans ta mémoire.      Souviens-toi de ta première insulte à ceux qui te firent : la graine de l’orgueil était semée, la cassure luisait, rompant la nuit une.      Souviens-toi des soirs de terreurs où la pensée du néant te griffait au ventre, et revenait toujours te le ronger, comme un vautour ; et souviens-toi des matins de soleil dans la... [Lire la suite]
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04 juillet 2016

Anna Akhmatova / Анна Ахматова (1889 – 1966) : Troisième élégie

      Troisième élégie Heureux celui qui aura vu le monde Dans les moments de haute destinée. Tiouttchev                            Une époque farouche M’a, comme une rivière fait rebrousser chemin. On m’a imposé une autre vie. Elle coulait Dans un autre lit, auprès d’un autre, Je ne connais plus mes rives. Oh ! j’ai manqué bien des spectacles, Le rideau s’est levé sans moi, ... [Lire la suite]
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03 juillet 2016

Hubert Juin (1926 – 1987) : V.H.

  V. H Pour Paul Otchakovsky -Laurens   Dans les grands arbres rideau qui coupe l’œil là-bas au fond avec les ramiers malgré tant de poèmes tombés parmi les feuilles le lin les ors les mots vifs emportés où sont peut-être les mortes qui parlent Funèbre abri décomposé Le cœur frappe L’air sacré dressé sur le rien le cillement à peine d’une porte fermée entre deux vers où commence le recommencement Et la main peine s’acharne grave les lettres Le poème cérémonieux dit le dedans l’ impur les plis les lèvres du sexe... [Lire la suite]
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02 juillet 2016

Gaspard Hons (1937 - ) : « à l’embouchure des lèvres… »

    à l’embouchure des lèvres - détour des heure chaudes – des mains grasses palpent femmes-pastèques     femmes-figures   sous les peaux couvent algues de feu gousses de sel  Les bras déshabillés rêvent d’arbre-sexe     de nausée-salamandre Aux cœurs des murailles-silence l’heure pardonne aux mémoires courtes   l’été profère : couteaux-secs     cigarettes-tournesols et chair vêtue de bleu féminin, la parole est  nue aux... [Lire la suite]
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01 juillet 2016

Emily Jane Brontë (1818 – 1848) : Le soleil est couché / The sun has set

      Le soleil est couché, à présent l’herbe longue Oscille, languissante, dans le vent du soir ; L’oiseau s’est envolé de cette pierre grise Pour trouver quelque chaud recoin où se blottir.   Il n’est rien, dans tout ce paysage désert, Qui vienne frapper mon regard ou mon oreille, Si ce n’est que le vent, là-bas, Accourt en soupirant sur la mer de bruyères. Août 1837   Traduit de l’anglais par Pierre Leyris, 1n, « Emily Jane Brontë, Poèmes 1836 – 1846, Edition bilingue... [Lire la suite]
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29 juin 2016

Francine Caron : (1945 - ) : « Midi - La mer caresse… »

  Midi - La mer caresse Elle s’étale et donne place au ciel   Et le corps monte avec le vent ce mouvement de chair heureuse épouse d’eau   Un plein soleil pour la frairie des épingles d’argent et le clocher de Batz comme un dé bleu   Bretagne au cœur suivi de Iliennes Editions Osiris,1985 Du même auteur : Jetée (26/12/2017)
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28 juin 2016

Jacques Dupin (1925 – 2012) : « Expérience sans mesure… »

       Expérience sans mesure , excédante, inexpiable, la poésie ne comble pas mais au contraire approfondit toujours davantage le manque et le tourment qui la suscitent. Et ce n’est pas pour qu’elle triomphe mais pour qu’elle s’abîme avec lui, avant de consommer un divorce fécond, que le poète marche à sa perte entière, d’un pied sûr. Sa chute, il n’a pas le pouvoir de se l’approprier, aucun droit de la revendiquer et d’en tirer bénéfice. Ce n’est qu’accident de route, à chaque répétition... [Lire la suite]
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27 juin 2016

Philippe Jaccottet (1925 - ) : Oiseaux invisibles

  Oiseaux invisibles      Chaque fois que je me retrouve au-dessus de ces longues étendues couvertes de buissons et d’air (couvertes de buissons comme autant de peignes pour l’air) et qui s’achèvent très loin en vapeurs bleues, qui s’achèvent en crêtes de vagues, en écume ( comme si l’idée de la mer me faisait signe au plus loin de sa main diaphane, et qui tremble), je perçois, à ce moment de l’année, invisibles, plus hauts, suspendus, ces buissons de cris d’oiseaux, ces points plus ou moins éloignés ... [Lire la suite]
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