04 décembre 2018

Antonio Gamoneda (1931 -) : « Il existait tes mains... » / « Existían tus manos... »

  Il existait tes mains.   Un jour le monde devint silencieux ; les arbres, là-haut, étaient profonds et majestueux, et nous sentions sous notre peau le mouvement de la terre.   Tes main furent douces dans les miennes et j’ai senti en même temps la gravité et la lumière, et que tu vivais dans mon cœur.   Tout était vérité sous les arbres, tout était vérité. Je comprenais toutes choses comme on comprend un fruit avec la bouche, une lumière avec les yeux.   Traduit de l’espagnol par... [Lire la suite]
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03 décembre 2018

Jacques Lacarrière (1925 – 2005) : Mémoire fourragère

      Mémoire fourragère     Fétu d'abord dans la grossesse des vents. Puis les jeux d'une enfance herbagère. Je grandis à l'école des pailles et j'eus le premier Prix de fenaison. Après quoi, je quittai l'été.   Je me souviens de deux ou trois orages sur ma tige. Des envolées de la poussière soulevée par l'Impondérable. De nos fous rires avec l'ivraie.   Je me souviens d'un trèfle à quatre feuilles écartelé dans le printemps. De l'affolement des luzernes apprenant l'arrivée de... [Lire la suite]
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02 décembre 2018

Virginia Pésémapéo – Bordeleau (1951 -) : « Je suis de promiscuité... »

  Je suis de promiscuité, de trois enfants par lit. Je suis de fierté farouche, de confort et d’indifférence.   Je suis de demi-frères suicidés dans leur silence des réserves. Je suis de demi-frères criards qui veulent et la chèvre et le chou. Je suis de deux races en mal de vivre, de leur incapacité à se rejoindre.   Je suis le pont entre deux peuples qu’un accident de parcours a tendu au-dessus d’un précipice.   Je suis riche de différences, marquée au fer du paradoxe. Je suis de blanche... [Lire la suite]
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01 décembre 2018

Paul Celan (1920 – 1970) : « Voix... / Stimmen... »

  Voix , rayures gravées sur la face verte de l'eau. quand le martin-pêcheur plonge, la seconde grésille   ce qui était avec toi sur chacune des rives, pénètre fauché dans une autre image. * Voix  venues du chemin d'orties:    viens sur les mains jusqu'à nous. Quand on est seul avec la lampe, on n'a que la main pour y lire.  * Voix, envahies de nuit, cordes auxquelles tu pends la cloche. Arque-toi, monde : quand le coquillage des morts... [Lire la suite]
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29 novembre 2018

Gérard Le Gouic (1936 -) : Pierres

  Pierres   I Ce ne sont pas les arbres qui dominent un paysage, ni le balancement des vallons, le quadrillage des parcelles, ni même les nuages.   ce sont les pierres, nues, géantes, côte à côte solitaires comme des immolés.   II Par quels arbres, quels vents, quelles rivières,   par quelles autres pierres (celles qui s’aiguisent contre la mer, formant des caps, celles qui balisent les routes des hommes ?)   se transmet la distance le parler des pierres ?   ... [Lire la suite]
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28 novembre 2018

Wolfdietrich Schnurre (1920 -1989) : Harangue du policier de banlieue pendant sa ronde du matin / Ansprache des vorortpolizisten

  Harangue du policier de banlieue pendant sa ronde du matin     Tu habites dans la rosée, dans le cri de la sittelle au-dessus des jardins, dans le cauchemar du mouchard et le rail conducteur du train de banlieue. Tu souffles le brouillard dans la vallée, la suie sur la bougie d’allumage, tu chantes sous le sabot du cheval et par la bouche de l’ivrogne. Telle est ta mission. Les veines du germe palpitent dans le battement de ton pouls.   Mon maître et chef, si petit que je sois devant le pupitre... [Lire la suite]
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26 novembre 2018

Roberto San Geroteo (1951-) : (fin de sieste, 3)

           (fin de sieste,3)           sur le bord du lit comme au bord de la           rivière.           tu vois le sol, la poussière, leurs visa -           ges changeants :           tu poursuis encore un rêve, une parole, ... [Lire la suite]
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26 novembre 2018

Jean Mambrino (1923- 2012) : Clairière (67- 70)

 Clairière ........................................   67   et là-bas toujours le cercle du soir                                                          entre les arbres           la... [Lire la suite]
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25 novembre 2018

Luis Cernuda (1902 – 1963) : Le nom

  Le nom     Tranquille vienne ton pas Sur la terre, où Brille d’une ombre rouge Ce hêtre, et proche Avec son ombre d’or Ce châtaignier, sous la caresse De la lumière même. Passe Cette heure avec toi-même Seul à seul, comme si c’était La dernière heure, La première, peut-être Seuil de mort ou de vie, Tandis que l’après-midi tourne Indicible douceur Et beauté indicible. Le monde vit avec son ciel ; Toutes nouvelles sont les feuilles ; Et les fleurs du pommier Plus belles que neige, sans... [Lire la suite]
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24 novembre 2018

John Ashbery (1927- 2017) : Grand galop

Grand galop   Toutes les choses paraissent citations d’elles-mêmes Et les noms qui s’embranchent à elles s’affourchent à d’autres référents. En gros, le printemps, de nouveau existe. Le weigela recommence sa chose      poussière Dans l’air martelé par le feu. Et les seaux à ordure sont entassés contre La grille tandis que bâillent les tulipes, qu’elles se fissurent, qu’elles éclatent. Aujourd’hui, lundi au menu : omelette espagnole, salade laitue tomates, Gelée, lait, biscuits. Et demain :... [Lire la suite]
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