25 novembre 2018

Luis Cernuda (1902 – 1963) : Le nom

  Le nom     Tranquille vienne ton pas Sur la terre, où Brille d’une ombre rouge Ce hêtre, et proche Avec son ombre d’or Ce châtaignier, sous la caresse De la lumière même. Passe Cette heure avec toi-même Seul à seul, comme si c’était La dernière heure, La première, peut-être Seuil de mort ou de vie, Tandis que l’après-midi tourne Indicible douceur Et beauté indicible. Le monde vit avec son ciel ; Toutes nouvelles sont les feuilles ; Et les fleurs du pommier Plus belles que neige, sans... [Lire la suite]
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24 novembre 2018

John Ashbery (1927- 2017) : Grand galop

Grand galop   Toutes les choses paraissent citations d’elles-mêmes Et les noms qui s’embranchent à elles s’affourchent à d’autres référents. En gros, le printemps, de nouveau existe. Le weigela recommence sa chose      poussière Dans l’air martelé par le feu. Et les seaux à ordure sont entassés contre La grille tandis que bâillent les tulipes, qu’elles se fissurent, qu’elles éclatent. Aujourd’hui, lundi au menu : omelette espagnole, salade laitue tomates, Gelée, lait, biscuits. Et demain :... [Lire la suite]
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23 novembre 2018

Rainer - Maria Rilke (1875 – 1926) : « Ce soir quelque chose dans l'air... »

  Ce soir quelque chose dans l'air a passé qui fait pencher la tête ; on voudrait prier pour les prisonniers dont la vie s'arrête. Et on pense à la vie arrêtée...   À la vie qui ne bouge plus vers la mort et d'où l'avenir est absent ; où il faut être inutilement fort et triste, inutilement.   Où tous les jours piétinent sur place, où toutes les nuits tombent dans l'abîme, et où la conscience de l'enfance intime à ce point s'efface,   qu'on a le coeur trop vieux pour penser un... [Lire la suite]
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22 novembre 2018

Claude Vaillant (1924 – 2004) : « Pour aller plus avant ... »

  Pour aller plus avant, il faut s’enténébrer d’orphidiennes racines ; vivre avec la vipère :   sagesse de la pierre où le soleil s’enferme ; sagesse de la terre, de la pluie et du vent.   Il faut se mélanger aux crapauds des étangs qui disent avec leurs flûtes la glaise originelle,   la saveur de la nuit comme un lait qui se caille et fait un noir fromage pour les brebis galeuses.   Et c’est un dur ciment qui maçonne les trous creusés par la lumière dans les feuilles,... [Lire la suite]
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21 novembre 2018

Roger Kowalski (1934 – 1975) : « Les roses eurent un flamboiement secret... »

                      Les roses eurent un flamboiement secret près des cèdres – nous vous regardions mourir ; l’automne allait venir avec les grands orages, les vols d’oiseaux transparents, la voix des chiens à l’abandon, les villes au nord où longtemps avant l’aube grondent les navires. Tu vas naître, j’entends les huées des mouettes au-delà des maisons mouillées.   A l’oiseau de la miséricorde Editions Guy Chambelland,... [Lire la suite]
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20 novembre 2018

Maurice Bourg (1918 - ?) : En venue

  En venue        Tout ce qui fut. Tout ce qui va venir. Comme écrit, comme inscrit dans le poème.        Tout !        La Forêt, dans l’air, avant le printemps. Avec les futures envolées d’ailes. Avec les chants, avec les oiseaux qui ne sont pas encore. Avant les retombées de lumière qui deviendront vie, rythme.        Le Poème, dans l’air, avant les mots.        La Parole, avant, le... [Lire la suite]
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19 novembre 2018

Richard Rognet (1942 -) : « Tu ouvres la terre... »

  Tu ouvres la terre, tu retrouves ton premier cri, déchirure dans le tissu du temps, tu prends les sources contre toi, tu les fais courir sous ta peau, dans ta chair, comme autant de nouveaux vaisseaux,   tu creuses, creuses encore, tu retrouves les empreintes que le ciel a laissées dans tes os et sur les pierres familières où tu aimes t’asseoir, en fin d’après-midi, au bord du lac,   lorsque les constellations de l’automne se confondent avec celles des vaguelettes qui viennent s’effacer lentement... [Lire la suite]
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18 novembre 2018

Voltaire (1694 -1778) : A Madame Lullin

  A Madame Lullin   Hé quoi ! vous êtes étonnée Qu’au bout de quatre-vingts hivers, Ma muse faible et surannée Puisse encor fredonner des vers ?   Quelquefois un peu de verdure Rit sous les glaçons de nos champs ; Elle console la nature, Mais elle sèche en peu de temps.   Un oiseau peut se faire entendre Après la saison des beaux jours, Mais sa voix n’a plus rien de tendre, Il ne chante plus ses amours.   Ainsi je touche encor ma lyre Qui n’obéit plus à mes doigts ;... [Lire la suite]
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16 novembre 2018

Roland Topor (1938 -1997) : « Merci ô mes amis... »

  Merci ô mes amis De m'avoir égorgé si promptement Avec une serviette autour du cou Pour protéger mon col de chemise Merci pour la beauté du geste La suavité du toucher L'élégance du tracé La discrétion exquise de la plaie La vivacité du coloris Merci pour le soutien moral Les encouragements les tapes dans le dos Les bons sourires amicaux Moi aussi je vous souris Doublement Au-dessus et au-dessous du menton     Pense-bêtes Le cherche midi éditeur, 1992
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16 novembre 2018

Jean-Pierre Abraham (1936 – 2003) : Poète foutu

  Poète foutu   « Je suis passé le voir Il avait encore bu Pour oublier les mots Que lui seul pouvait dire »   Compère qu’as-tu vu ? Editions Le temps qu’il fait, 1993
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