03 juillet 2017

Philippe Jaccottet (1925 - ) : Parler

  Parler 1 Parler est facile, et tracer des mots sur la page, en règle générale, est risquer peu de chose : un ouvrage de dentellière, calfeutré, paisible (on a pu même demander à la bougie une clarté plus douce, plus trompeuse), tous les mots sont écrits de la même encre, « fleur » et « peur » par exemple sont presque pareils, et j’aurai beau répéter « sang » du haut en bas de la page, elle n’en sera pas tachée, ni moi blessé.   Aussi arrive-t-il qu’on prenne ce jeu en... [Lire la suite]
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02 juillet 2017

Izet Sarajlic (1930 - 2002 ) : Soeurs

  Sœurs   Celles d’Essénine s’appelaient Choura et Katia. Celles de Maïakovski se nommaient Ludmilla et Olia.   Les miennes avaient pour nom Nina et Raza.   Elles sont toutes mortes.   Nina et Raza sont décédées à cinquante jours d’intervalle.   Sont-elles mortes ou bien ont-elles été tuées sans balles ?   Il me faut me mettre en quête d’une nouvelle sœur.   Car il m’est impossible de ne plus être le frère d’une femme.     Traduit du serbo-croate par... [Lire la suite]
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01 juillet 2017

Emily Jane Brontë (1818 – 1848 ) : « Mon plus grand bonheur… » / “I’m happiest whan most away…”

  Mon plus grand bonheur, c'est qu'au loin Mon âme fuie sa demeure d'argile, Par une nuit qu'il vente, que la lune est claire, Que l’œil peut parcourir des mondes de lumière —   Que je ne suis plus, qu'il n'est rien — Terre ni mer ni ciel sans nuages — Hormis un esprit en voyage Dans l'immensité infinie.   Traduit de l’anglais par Pierre Leyris, In, Emily Bronte : Poèmes (1836 – 1846) Editions Gallimard, 1963 Du même auteur : Il devrait n’être point de désespoir pour toi / There should be... [Lire la suite]
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29 juin 2017

Mérédith Le Dez (1973 -) : « Front collé à la vitre … »

  XVII   Front collé à la vitre de février, une nostalgie de Baltique s’épand à l’horizon. Sous le paquet anthracite des nuages s’étrécit une zone claire que l’on dirait sableuse, où le souvenir arpente comme un marcheur regrette une négligence.   La musique tend des pièges de mer, des algues d’oubli douce, les tresses d’une cage de sirène suspendue entre des eaux intemporelles, ou des miroirs ondoyant.   Foulée jaune en lisière de plage. Le soir grise sur la mer les coques des épaves en rouille,... [Lire la suite]
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23 juin 2017

Johann Wolfgang von Goethe (1749 – 1832) : Chant de tempête du voyageur / Wanderers Sturmlied

  Chant de tempête du voyageur   Celui que tu n’abandonnes pas, Génie, Ni la pluie ni la tempête Ne souffleront la frayeur en ton cœur. Celui que tu n’abandonnes pas, Génie, A la nuée d’averse, A la bourrasque de grêle Opposera sa chanson, Comme l’alouette, Ô toi, tout là-haut.   Celui que tu n’abandonnes pas, Génie, Tu le soulèveras au-dessus du sentier fangeux Avec les ailes de feu. Il passera Comme, marchant sur des fleurs Sur le déluge boueux de Deucalion Et tuant Python, léger, grand, Pythius... [Lire la suite]
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21 juin 2017

Hélène Cadou (1922 – 2014) : Ilarie Voronca…

  Ilarie Voronca…   Ilarie Voronca Comment pourrais-je avouer ce que je vous dois ? Des soirs tristes comme une lanterne au bord de la ville Une amitié plus légère qu’un fantôme d’île Patmos aperçue dans la brume (Etait-ce le séjour des poètes Etais-ce le navire heureux Où Dante s’embarqua pour retrouver Béatrice ?) Ilarie Voronca vous êtes une longue route oubliée Un frère que je n’ai pas connu et qui m’arrive Tel un arbre perdu Une fenêtre ouverte au plus noir de l’exil Vous nous avez précédés... [Lire la suite]
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21 juin 2017

Buson Yosa / 与謝 蕪村 (1716-1783) : « Mes os mêmes… »

  Mes os mêmes sentent les couvertures – nuit glacée   Traduit du japonais par Roger Munier In, « Haïkus des quatre saisons » Editions du Seuil, 2010   Du même auteur : « Par ici, par là… » (21/06/2016)
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20 juin 2017

Fernando Pessoa (1888 – 1935) : Le Gardeur de troupeaux / O Guardador de rebanhos

  Le gardeur de troupeaux  I  Jamais je n’ai gardé de troupeaux, Mais c’est tout comme si j’en  gardais. Mon âme est semblable à un pasteur, elle connait le vent et le soleil et elle va la main dans la main avec les Saisons, suivant sa route et l’œil ouvert. Toute la paix d’une Nature dépeuplée auprès de moi vient s’asseoir. Mais je suis triste ainsi qu’un coucher de soleil est triste selon notre imagination, quand le temps fraîchit au fond de la plaine et que l’on sent la... [Lire la suite]
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19 juin 2017

Tahar Ben Jelloun (1944 -) : « Je tourne le dos à la ville… »

  Je tourne le dos à la ville et parle avec la mer retournée la voix comme la vague les épaves ont gardé les cicatrices des mémoires vagabondes l’écume vient déposer le sel sur l’ancre épouvantail des enfants orphelins   In, « Les Poètes de la Méditerranée. Anthologie » Editions Gallimard (Poésie), 2010 Du même auteur : Poèmes par amour (19/06/2015)  « Que de cendres dans mon crâne… » (19/06/2016)  
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18 juin 2017

Olivier de Magny (1529 – 1561) : « Gordes, que ferons-nous ?.. »

  Gordes (1), que ferons-nous ? Aurons-nous point la paix ?  Aurons-nous point la paix quelquefois sur la terre ?  Sur la terre aurons-nous si longuement la guerre,  La guerre qui au peuple est un si pesant faix ?     Je ne vois que soudards, que chevaux et harnois,  Je n'ois que deviser d'entreprendre et conquerre,  Je n'ois plus que clairons, que tumulte et tonnerre  Et rien que rage et sang je n'entends et ne vois.     Les princes aujourd'hui se jouent de nos... [Lire la suite]
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