03 mai 2021

Arthur Rimbaud (1854 – 1891) : Première soirée

Première soirée   - Elle était fort déshabillée Et de grands arbres indiscrets Aux vitres jetaient leur feuillée Malinement, tout près, tout près.   Assise sur ma grande chaise, Mi-nue, elle joignait les mains. Sur le plancher frissonnaient d’aise Ses petits pieds si fins, si fins.   – Je regardai, couleur de cire Un petit rayon buissonnier Papillonner dans son sourire Et sur son sein, – mouche ou rosier.   – Je baisai ses fines chevilles. Elle eut un doux rire brutal Qui s’égrenait en... [Lire la suite]
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02 mai 2021

René Char (1907 – 1988) : « Brusquement tu te souviens... »

            Brusquement tu te souviens que tu as un visage. Les traits qui en formaient le modelé  n’étaient pas tous des traits chagrins, jadis. Vers ce multiple paysage se levaient des êtres doués de bonté. La fatigue n’y charmait pas que des naufrages. La solitude des amants y respirait. Regarde. Ton miroir s’est changé en feu. Insensiblement tu reprends conscience de ton âge (qui avait sauté du calendrier), de ce surcroît d’existence dont tes efforts vont faire un pont. Recule... [Lire la suite]
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01 mai 2021

Guillaume Apollinaire (1880 – 1918) : La victoire

  La victoire   Un coq chante je rêve et les feuillards agitent Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins   Ailés et tournoyants comme Icare le faux Des aveugles gesticulant comme des fourmis Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir   Leurs rires amassés en grappes de raisin   Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient Mon lit ma lampe et mon casque troué   Regards précieux saphirs taillés aux environs de Saint-Claude ... [Lire la suite]
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30 avril 2021

Marc Chagall (1887 – 1985) : Vers de hautes portes

  Vers de hautes portes   Seul est mien ce pays Qui se trouve en mon âme ; Comme un familier, sans papiers, Je m’y rends. Il voit ma tristesse et ma solitude, Il me couche pour m’endormir, Me recouvrant d’une pierre d’odeurs.   Un vert jardin fleurit en moi, des fleurs imaginées, En moi mes propres rues s’étendent. Les maisons manquent Depuis le temps de mon enfance elles sont en ruines, Leurs habitants s’égarent dans les airs, Ils cherchent un logis, ils vivent dans mon âme.   Voici... [Lire la suite]
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29 avril 2021

Joseph Brodsky / Иосиф Александрович Бродский (1940 – 1996) : Dédicace à Gleb Gorbovski / Посвящение Глебу Горбовскому

  Dédicace à Gleb Gorbovski   Quitter l’amour, dans le soleil de midi, sans retour, et le chuchotement de l’herbe sur les pelouses qui s’enfuient. Dans le nuage brûlant du jour, dans le crépuscule assoupi l’aboiement des chiens de la nuit traverse les allées obliques.   Il faut résister à notre époque sombre et courir au-delà de ces années, il faut oublier à chaque souffrance nouvelle l’infortune d’hier, accepter à chaque instant la blessure et la douleur, pour entrer paisible dans la brume des aurores... [Lire la suite]
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28 avril 2021

Alain Mabanckou (1966 -) : Les arbres aussi versent des larmes. III

crédit photo Bozar   Les arbres aussi versent des larmes.   III s’il n’est de commencement sans terme le terme est le commencement des choses   l’œil qui s’ouvre déploie l’horizon des songes   la parole qui meurt libère le champ du silence   le jour n’est que la résurrection de la nuit       se succèdent les décennies le vide s’écarte comme le bâillement d’un ciel de saison sèche j’égrenne encore le chapelet des heures où le jour promenait sa magnificence sur le visage... [Lire la suite]
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27 avril 2021

Claude Vigée (1921 – 2020) : La fin à l’horizon / Bâll schpeetsummer

  La fin à l’horizon   Au seuil de l’indicible qu’a donc été ta vie ?   Dans le soleil couchant un haut nuage en feu porté par le vent froid,   qui lentement s’éteint en plongeant dans la nuit. 19 juillet 2008 Du même auteur : L’eau des sombres abysses (03/04/2015) La clef de l’origine (03/04/2016)  Soleils… » (03/04/2017) « Entre la terre obscure… » (03/04/2018) « Depuis l’origine... » (27/04/2019) Passant près d’un banc vide / Ich geh àm e läre... [Lire la suite]
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26 avril 2021

Johannes Bobrowski (1917 – 1965) : Musique de village / Dorfmusik

  Musique de village   Dernier bateau que je prends sans chapeau sur mes cheveux blanc dans quatre planches de chêne avec ma brassée de rue et tous mes amis autour        l’un soufflant dans la trompette        et l’autre dans le buccin. Bateau ne me sois pas trop lourd écoute les autres parlent fort : tel a construit sur du sable – crie   de l’arbre du puits la corneille, de l’arbre sans branche crie : malheur ! de l’arbre nu... [Lire la suite]
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25 avril 2021

Pierre Morency (1942) : Soyons

Photo : © M. BOULIANE   Soyons   Il n’y aura pas de poème. Seulement l’hiver en grippe, le hurlement des neiges poudreuses, la nuit déchiquetée, on casse des miroirs près du fleuve, un gémissement glacial, la fracture du corps sensible, on tournoie, on déferle, passage de la comète, son déchirement, révélation des ferveurs prises en pain, et puis une torche au loin, un œil de braise, le tissu nouveau sous l’écorchure. Pas de poème. Il y aura seulement la relation aussi exacte que possible de ce moment : un... [Lire la suite]
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24 avril 2021

Saint-Pol-Roux (1861 – 1940) : Sur un ruisselet qui passe dans la luzerne

Sur un ruisselet qui passe dans la luzerne À Francis Vielé-Griffin.   Ô l’onde qui file et glisse, vive, naïve, lisse ! Parmi les prairies du songe, des filles se révèlent, parfois, la chevelure telle. Ce Ruisselet, parvule et frais, sans doute est un lézard de désirs purs… épanoui      lézard qu’une étincelle d’œil ferait s’évanouir ? Sur le silence des ongles inférieurs, noyé dans ce saule propice, admirons la      Pèlerine de la langue et de la racine qui s’achemine en la... [Lire la suite]
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