05 juillet 2019

René Daumal (1908 – 1944) : Le grand jour des morts

  Le grand jour des morts   La nuit, la terreur, à cent pas sous terre, les caveaux sans espoir, la peur dans la moelle et le noir dans l'œil — l'appel de l'étoile meurt au bord du puits — et ces mains, ta détresse blanche dans la brume glacée du fond de toute la vie, dans la détresse blanche de ces mains qui seront les miennes un jour, tellement je les aurai aimées.   Ne t'échappe pas, me dit la lumière — celle qui éclate partout ici, mais légère sur l'épaisseur aveugle qu'elle enferme et vaine ;... [Lire la suite]
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04 juillet 2019

Anna Akhmatova / Анна Ахматова (1889 – 1966) : Premier avertissement / Первое предупреждение

  Premier avertissement   Que nous importe, en vérité, Que tout se transforme en poussière, Sur combien d’abîmes j’ai chanté, Dans combien de miroirs j’ai vécu ? Ce n’est pas un rêve, soit, ni un réconfort, C’est tout sauf un bienfait du ciel, Il se peut que tu sois obligé De te rappeler plus qu’il n’est nécessaire. Le grondement des poèmes qui se taisent, L’œil qui se cache dans les profondeurs, Cette couronne de barbelés rouillés Au milieu d’un silence inquiet. 6 juillet 1963   Traduit du russe... [Lire la suite]
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03 juillet 2019

Philippe Jaccottet (1925 -) : A la lumière d’hiver

  A la lumière d’hiver   I Fleurs, oiseaux, fruits, c’est vrai, je les ai conviés, je les ai vus, montrés, j’ai dit : « c’est la fragilité même qui est la force », facile à dire ! et trop facile de jongler avec le poids des choses une fois changée en mots ! On bâtissait le char d’Elie avec des graines légères, des souffles, des lueurs, on prétendait se vêtir d’air comme les oiseaux et les saints...   Frêles signes, maison de brume ou d’étincelles jeunesse...   ... [Lire la suite]
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02 juillet 2019

Haizi / 海子 (1964 -1989) : Emouvoir

  Emouvoir   L’aurore est une biche qui me piétine au front et le monde est si beau dans la grotte les fleurs sauvages en longeant mon corps brûlent jusqu’à la pointe du jour brûlent jusqu’au dehors ô le monde est si beau   et le soir, le seigneur de cette biche est depuis longtemps rentré au fond de la terre ; adossé aux racines des arbres il déplace des bonheurs que tu ne pourras jamais voir les fleurs sauvages sous terre brûlent jusqu’à la surface   les fleurs brûlent ton visage et en... [Lire la suite]
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01 juillet 2019

Emily Jane Brontë (1818 – 1848) : « Je viendrai quand ... » / « I’ll come when…»

  Je viendrai quand tu connaîtras la pire angoisse, Allongé, seul, dans la chambre assombrie, La folle joie de la journée évanouie Et l’heureux sourire banni Des ténèbres glacées du soir.   Je viendrai quand le vrai sentiment de ton cœur Régnera pleinement, sans rien pour le gauchir, Et que mon influence, se glissant en toi, Aggravant la désolation, gelant la joie, Emportera ton âme.   Ecoute : voici l’heure, voici Pour toi le moment redoutable ; Ne sens-tu pas déferler sur ton âme Un flot... [Lire la suite]
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30 juin 2019

Nakahara Chûya (1907 – 1937) / 中原 中也 : Sur le lac

  Sur le lac   Quand la lune soudain resplendira, Nous sortirons pour voguer sur les eaux. Le clapotis des vagues nous atteindra sans doute, Il y aura même un peu de vent, je crois.   Quand nous gagnerons le large il fera sombre sans doute. Et le son de l’eau gouttant le long des rames Nous l’entendrons, je crois, comme une chose très intime - Au milieu des blancs laissés par tes paroles.   La lune tendra l’oreille, sans doute, Peut-être même descendra-t-elle un peu, Et lorsque nous rapprocherons... [Lire la suite]
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29 juin 2019

Mérédith Le Dez (1973 -) : Souviens-moi

  Souviens-moi   I Souviens-moi à voix basse de l’ombre encore dans l’enclos et toujours souviens-moi les yeux mi-clos du jours dehors prêt à bondir   Oui   Souviens-moi inlassable de la clairière du poème   II Souviens-moi   Souviens-moi aux boucles des matins empoignés sans douceur souviens-moi du soleil tantôt levé tantôt couché comme d’une sueur de bête arquée sur la mer   Souviens-moi du silence de l’eau jugulée   III Souviens-moi   Souviens-moi ... [Lire la suite]
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28 juin 2019

Christian Bachelin (1933 -) : « Pourquoi nous émouvoir... »

  Pourquoi nous émouvoir d’un paysage d’oiseaux D’une alouette sonnant les matines du soir Simplement d’une abeille cognant sur la vitre Si déjà la rumeur ne réveille l’écho D’une autre nostalgie plus vaste que l’oubli Et nous qui sommes fous d’irréel de mystère Pourquoi nous éblouir seulement d’une pomme Toute ronde vêtue de clarté coutumière Comme si par le charme ultime d’un regard L’intemporel devait s’enraciner ici A l’ombre d’un seul jour au ciel d’un seul pays   Neige exterminatrice Editions Guy... [Lire la suite]
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27 juin 2019

Francesca-Yvonne Caroutch (1937-) : « Dormeurs enfouis sous la rivière... »

    Dormeurs enfouis sous la rivière enfants aux yeux rivés à l’envers des lueurs veilleurs ensorcelés sous l’aile du mirage nous sentons grandir entre nous des paysages impalpables Les dieux oubliés se consument dans le halo des marécages Nous épions le miracle égarés entre deux vents endormis entre les planètes aveugles les arbres sans mémoire   La Voie du cœur de verre Editions Saint-Germain-des-Prés, 1972
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26 juin 2019

Pierre Dhainaut (1935 - ) : Levées d’empreintes

  Levées d’empreintes   1. Inlassablement, et disant cela, on a beau détacher chaque syllabe afin de lui être présent, ce mot-là ou un autre, qu’importe, tous se ressemblent, on n’a pu faire un tri, on  recrée le bruit de ces blocs lorsqu’ils s’écroulent, un à un, des falaises, sans que l’on sache en différer la chute, la vague aussi avide en s’éloignant continue son travail de sape, continue de mêler silence, tumulte, on voit comme on entend, comme on respire, inlassablement donc, le resserrement de la... [Lire la suite]
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