20 janvier 2020

Felix Grande (1937 – 2014) : Madrigal

  Madrigal   Parole, douce et triste personne, et petite, Douce et triste vieille chérie, je te caresse, Moi, vieillard comme toi, de ma langue flétrie, La vieillesse et l’amour apaisant notre vice.   Parole, ma compagne, tu me donnes la main, Corde, tu me retiens chaque fois que je sombre ; Tu viens à mon appel et je vois que tu m’aimes, Essayant d’édifier un monde dans le mien.   Ma petite fourmi, j’use de toi pour vivre ; Et sans toi je ne sais ce que serait ma vie, Sans doute une... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

19 janvier 2020

Géo Norge (1898 – 1990) : Du temps

  Du temps   Dans l’eau du temps qui coule à petit bruit, Dans l’air du temps qui souffle à petit vent, Dans l’eau du temps qui parle à petits mots Et sourdement touche l’herbe et le sable ; Dans l’eau du temps qui traverse les marbres, Usant au front le rêve des statues, Dans l’eau du temps qui muse au lourd jardin, Le vent du temps qui fuse au lourd feuillage Dans l’air du temps qui ruse aux quatre vents, Et qui jamais ne pose son envol, Dans l’air du temps qui pousse un hurlement Puis va baiser... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
18 janvier 2020

René - Guy Cadou (1920 – 1951) : Cornet d’adieu

  Cornet d’adieu   Jésus a dit « Il n’y aura pas de printemps cette année Parce que Max(*) s’en est allé Emportant les chevaux les vergers et les ailes Parce que sur la croix le bon Saint Matorel A lâché les oiseaux vers un pays glacé » Et c’est vrai. Les bourgeons se taisent. Les poitrines Voient se faner leurs seins. Tout au fond des vitrines Une enfance à genoux se suicide et le ciel Epuise en un regard ses réserves de miel Il fait froid maintenant que tu n’es plus Beau masque de douleur ... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
17 janvier 2020

Jean de La Fontaine (1621 – 1695) : Le Savetier et le Financier

  Le Savetier et le Financier   Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir :      C'était merveilles de le voir, Merveilles de l'ouïr ; il faisait des passages (*),        Plus content qu'aucun des sept sages. Son voisin au contraire, étant tout cousu d'or,      Chantait peu, dormait moins encor.      C'était un homme de finance. Si sur le point du jour parfois il sommeillait, Le Savetier alors en chantant l'éveillait, ... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
16 janvier 2020

Philippe Soupault (1897 – 1990) : Rien

  Rien          Plus rien même pas de la cendre même pas le souvenir    plus rien Plus rien sauf cette joie de l'oubli ce vent de l'oubli qui arrache tout détruit tout et saccage le reste Le moment est enfin venu de ne plus espérer de ne plus attendre de ne plus croire de ne plus s'imaginer de ne plus trembler savoir qu'on ne craint plus le vide que tout est consommé consumé désincarné que ce qui était n'est plus    plus rien même plus... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
15 janvier 2020

Zu Shuzhen / 朱淑真 (1135 – 1180) : Plainte vernale

  Plainte vernale Air : « Les Magnolias. Version abrégée »     Je marche seule, je m’assois seule, Je chante seule et seule reprends en chœur, seule encore je m’allonge. Un long moment debout, l’esprit ennuyé, Rien à faire contre le froid léger qui effleure...   Un tel émoi, qui le verra ? Mes larmes lavent le fard qui déjà s’efface à demi, Tristesse et maladies se succèdent, J’ai coupé toutes les mèches des lampes, mon rêve n’est pas venu.   Traduit du chinois par Stéphane... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

14 janvier 2020

Yves Prié (1959 -) : « Que nous soient rendues... »

  Que nous soient rendues les tempêtes brisant le ciel dans la fente des forêts   Que ce pays s’émeuve de sa nudité après les moissons et les ensilages hâtifs   Qu’il connaisse les tailles à vif les engelures éclatées sous le gel et les labours   Qu’il s’observe impassible dans la dilatation des arbres morts et les cris des corbeaux   Nous affûterons le rêve d’un jour brûlant l’hiver sous la caresse des mimosas   Le miroir incertain Editions Rougerie, 87330 Mortemart, 1986 Du même... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:20 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :
13 janvier 2020

Jean / Hans Arp (1887 - 1966) : Joie noire

  Joie noire   les fleurs sont noires de joie le ciel est beau comme une flamme je m’envole pour une journée de fleur voulez-vous volez avec moi   voulez-vous une journée d’éclair voulez-vous une fleur comme un ciel voulez-vous des fleurs comme des éclairs voulez-vous un ciel de flamme   qui vole au-dessous de moi vous belle journée de fleur qui vole au-dessus de moi vous belle flamme noire de joie   In, Georges-Emmanuel Clancier : « De Rimbaud au surréalisme » Pierre... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
12 janvier 2020

Wojciech Marek Darski (1958 -) : Mazurie paysage d’automne en arrière-plan

   Mazurie paysage d’automne en arrière-plan   La grande chaleur encore couvre les feuilles hâlées de l’eau se forment des nuages les roseaux pataugent dans les eaux dormantes ou l’air déjà dans les rougeurs provoque des vents nouveaux dans les chênaies les sangliers flairent les glands les oiseaux cherchent les clés pour fermer leur nid et s’envoler la terre épuisée par les mousses joue avec les racines et l’automne de Scandinavie envoie une carte de vœux   Traduit du polonais par Frédérique... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
11 janvier 2020

Danielle Collobert (1940 – 1978) : « reprendre... »

  reprendre – avant la certitude de l’impossibilité – reprendre chaque jour les tentatives pour y arriver – inlassablement - çà n’à jamais cessé – depuis la première fois – au début - comme une seconde naissance – le long de la mer – le long d’une baie où la mer déferle avec violence – tout le temps – marcher pendant des jours – entre la ligne de mer et les marais – pas un arbre -  pas une maison pendant des jours – jusqu’à l’épuisement – l’abandon – la solitude au monde – la peur pour la première fois – collée... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :