18 avril 2019

Cesare Pavese (1908 – 1950) : Paysage VIII / Paesaggio VIII

Paysage VIII   Les souvenirs commencent vers le soir sous l’haleine du vent à dresser leur visage et à écouter la voix du fleuve. Dans le noir l’eau ressemble aux mortes années.   Dans le silence obscur un murmure s’élève où passent des voix et des rires lointains ; bruissement qu’accompagne une vaine couleur de soleil, de rivages et de regards limpides. Un été de voix. Chaque visage enferme pareil à un fruit mûr une saveur passée.   Les regards qui émergent conservent un goût d’herbes et de choses... [Lire la suite]
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17 avril 2019

Max Jacob (1876 – 1944) : Le Kamichi

  Le Kamichi             L’échafaud, c’est la guillotine,           on n’en veut plus, c’est pour les rois !           l’humble auteur qui t’écrit ces lignes           veut pour le moins mourir en croix.           Je trempe mon roseau dans le sang de mon cœur : ... [Lire la suite]
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16 avril 2019

Peter Huchel (1903 – 1983) : : Le tombeau d’Ulysse / Das Grab des Odysseus

  Le tombeau d’Ulysse   Personne ne trouvera le tombeau d’Ulysse, aucun coup de bêche le casque encroûté dans la vapeur d’os pétrifiés.   Ne cherche pas la grotte, où, sous la terre, une bouffé de suie, rien qu’une ombre, mutilée par la poix de la torche, descendit vers ses compagnons morts, les mains levées sans armes, couverte du sang des moutons égorgés.   Tout est à moi, dit la poussière, le tombeau du soleil derrière le désert les récifs pleins du fracas de l’eau, midi sans fin, qui... [Lire la suite]
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15 avril 2019

Salvatore Quasimodo (1901 – 1968) : Devant le gisant d’Ilaria del Carretto / Davanti al simulacro d’Ilaria Del Carretto

  Devant le gisant d’Ilaria del Carretto   Déjà la lune douce éclaire tes collines ; Au long du Serchio en robes bleues et rouges Se promènent d’un pas léger les jeunes filles, Comme de son temps, ô ma chère ; et Sirius Pâlit, de plus en plus on le voit s’éloigner Et la mouette sur les grèves délaissées S’affole. Les amants s’avancent dans la joie Sous le ciel de septembre et leurs gestes soulignent Des mots que tu connais, paroles chuchotées. Ils n’ont plus de pitié. Mais quelle est donc ta plainte,... [Lire la suite]
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14 avril 2019

Itzhac / Isaac Katzenelson (1886 – 1944) / יצחק קאַצ(ע)נעלסאָן : « Ô douleurs... »

  Ô douleurs, ô vous, mes douleurs, il fait bon pour vous, juifs, ah comme il fait      bon ! Il fait bon pour vous, délaissés, pour vous déjetés comme limon sur l’autre rive      de la mer, et vous ne savez même pas, ah ! que si mes douleurs ouvraient la bouche elles pourraient empoisonner votre vie et la plonger dans les ténèbres.   Douleurs, vous grandissez en moi, vous poussez haut, vous croissez, vous      vous installez, mais pourquoi... [Lire la suite]
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13 avril 2019

Saphô / Σαπφώ (vers 630 – vers 580 av. J.C.) : Nocturnes

  Nocturnes   Etoile du soir, ô toi qui ramènes Ce qu’a dispersé le clair jour naissant, Voici que chèvre et brebis tu ramènes, Et à la mère son enfant. ........................   L’eau fraîche murmure à l’entour, Parmi les pommiers parfumés, Et des feuilles où le vent court, Le sommeil pour nous a glissé. .................................   Les étoiles, autour de la splendeur lunaire, Cachent à nouveau leur clarté Lorsque d’un vif éclat elle revient briller, En son plein, au-dessus de l’ombre... [Lire la suite]
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12 avril 2019

Abdellatif Laâbi (1942 -) : J’aurai aimé t’emprunter tes yeux

  J’aurai aimé t’emprunter tes yeux   J’aurai aimé t’emprunter tes yeux pour me regarder un peu comme tu me regardes Te prêter les miens pour que tu me regardes un peu, beaucoup comme je te regarde Avec tes yeux j’aurai aimé voir au fond au fin fond de moi-même traverser avec assurance les nues attardées à mes ténèbres reconnaître sans plus de honte mes faiblesses mes limites mes angoisses Me pencher sur les vraies blessures qui ont refusé de se refermer me rapprocher autant que possible de cette... [Lire la suite]
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11 avril 2019

Heinrich Von Morungen (1150 – 1180) : « Jamais, saisi d’une telle allégresse... » / In sô hôher swebender wunne ..

  12.II Jamais, saisi d’une telle allégresse, ne s’est mon cœur envolé si haut. Je vais comme si je pouvais en pensée voltiger sans cesse autour d’elle, depuis qu’elle m’a fait l’accueil réconfortant qui s’est exhalé dans mon âme et m’a pénétré jusques au fond du cœur.   Tout ce que je vois de charmant doit se refléter dans l’extase que j’éprouve. Que ma joie salue l’air et la terre, les bois et les prés. Il m’est venu un espoir joyeux et une confiance exquise qui exaltent mon âme.   Louée la... [Lire la suite]
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10 avril 2019

Jacques Réda (1929 -) : Oraison du matin

  Oraison du matin   (Oh manque initial, et retrait dans l'élan comme d'une pelletée de cendres. Mais il y a lieu de se brosser les dents en fredonnant un air, et de nouer adroitement la cravate qui préserve de la solitude et de la mort.)   Jour, me voici comme un jardin ratissé qui s'élève Tiré par les oiseaux. Fais que je prenne l'autobus Avec calme ; que j'allonge un pas sobre sur les trottoirs ; Que j'ourle dans mon coin ma juste part de couverture Et réponde modestement aux questions qu'on me pose,... [Lire la suite]
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09 avril 2019

Pierre Reverdy (1889 – 1960) : « La neige tombe... »

  La neige tombe Et le ciel gris Sur ma tête où le toit est pris La nuit. Ou ira l’ombre qui me suit  A qui est-elle ? Une étoile où une hirondelle Au coin de la fenêtre La lune Et une femme brune. C’est là Quelqu’un passe et ne me voit pas. Je regarde tourner la grille Et le feu presque éteint qui brille Pour moi seul. Mais là où je m’en vais il fait un froid mortel.   Revue « Nord-Sud, N°1, 15 Mars 1917 » Librairie Monnier, 1917 Du même auteur : Cran d’arrêt (12/06/2014) ... [Lire la suite]
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