27 janvier 2019

Bernard Noël (1930 -) : Lettre verticale / Bram

  Lettre     verticale   bram             arracher la grimace rien et rien et rien art n’est pas travail mais attente   vers le fond vers le sans fond au plus bas ne pouvant pas ne pas   vif errant engouffré dans l’ahan de l’agonie dépris du oui et refait nu   je démens moi explosion calme   pas de savoir métier en débâcle il n’ y a que la blessure et non et le silence   la main additionne lumière et... [Lire la suite]
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26 janvier 2019

Aimé Césaire (1913 – 2008) : A l’Afrique

  A l’Afrique A Wilfredo Lam    Paysan frappe le sol de ta daba dans le sol il y a une hâte que la syllabe de l’évènement   ne dénoue pas je me souviens de la fameuse peste il n’y avait pas eu d’étoile annoncière mais seulement la terre en un flot sans galet pétrissant d’espace un pain d’herbe et de réclusion frappe paysan frappe le premier jour des oiseaux moururent le second jour les poissons échouèrent le troisième jour les animaux sortirent des bois et faisaient aux villes une grande... [Lire la suite]
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25 janvier 2019

Antonin Artaud (1896 – 1948) : Le navire mystique

  Le navire mystique     Il se sera perdu le navire archaïque Aux mers où baigneront mes rêves éperdus, Et ses immenses mâts se seront confondus Dans les brouillards d'un ciel de Bible et de Cantiques.   Et ce ne sera pas la grecque bucolique Qui doucement jouera parmi les arbres nus ; Et le Navire Saint n'aura jamais vendu La très rare denrée aux pays exotiques.   Il ne sait pas les feux des havres de la terre, Il ne connaît que Dieu, et sans fin, solitaire Il sépare les flots glorieux de... [Lire la suite]
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24 janvier 2019

André Schmitz (1929 – 2016) : La maladie

    La maladie   La vaisselle et les voix que l’on entend de la chambre où l’on fait sa maladie ne font plus le même bruit qu’à l’ordinaire. C’est déjà du pays de la mort qu’on en écoute le feulement, venu de loin à ce qu’il semble. On se souvient encore, certes, du dessin qui orne les assiettes et du contour de la parole sur les bouches, mais on ne sait plus très bien à quoi peut encore servir ce savoir de très peu de chose. Et l’on prie le silence et sa musique sourde de gagner du terrain sur les... [Lire la suite]
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23 janvier 2019

André Breton (1896 – 1966) : « On me dit que là-bas... »

  On me dit que là-bas les plages sont noires De la lave allée à la mer Et se déroulent au pied d’un immense pic fumant de neige Sous un second soleil de serins sauvages Quel est donc ce pays lointain Qui semble tirer toute sa lumière de ta vie Il tremble bien réel à la pointe de tes cils Doux à la carnation comme un linge immatériel Frais sorti de la malle entr’ouverte des âges Derrière toi Lançant ses derniers feux sombres entre tes jambes Le sol du paradis perdu Glace de ténèbres miroir d’amour Et plus bas vers... [Lire la suite]
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22 janvier 2019

Marguerite de Navarre (1492 – 1549) : « Las ! tant malheureuse je suis ... »

  Las ! tant malheureuse je suis, Que mon malheur dire ne puis, Sinon qu'il est sans espérance : Désespoir est déjà à l'huis (*)          (*) porte Pour me jeter au fond du puits Où n'a d'en saillir apparence.   Tant de larmes jettent mes yeux Qu'ils ne voient terre ni cieux, Telle est de leur pleur abondance. Ma bouche se plaint en tous lieux, De mon coeur ne peut saillir mieux Que soupirs sans nulle allégeance (*).    (*) soulagement   ... [Lire la suite]
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21 janvier 2019

Ananda Devi (1957 -) : « Je ne vous connais pas ... »

  Je ne vous connais pas J'ignore jusqu'à votre nom Votre visage m'est étrange Balafré de sa rage   Quand vous déchirerez ma page Vous saurez qui j'étais Un trou, un remous Un déchet sur un rêve   Vous le maître de nos destins Dont je ne connais pas le nom D'où vous vient cette colère Cette fureur sans pardon ?   J'ai eu beau fuir Vous me ramenez Me tirant par mes cheveux Comme la dernière des damnées.   Quand la nuit consent à me parler Editions Bruno Doucey, 2011 Du même... [Lire la suite]
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20 janvier 2019

Felix Grande (1937 – 2014) : « S’asseoir ici ... » / « Sentarse aquí ... »

  S’asseoir ici, à l’heure où l’après-midi s’achève. Sentir que la distance s’incorpore à la conscience ; là, où l’éternité résonne. Regarder. Et à présent, s’acquitter de ce métier, si profond : toujours regarder, regarder le monde, y songer, l’aimer, aimer, songer, aimer. Voir la colline ; la voir vraiment. Le mont, le chemin, la terre, le genêt : tout voir... Voir la leçon de l’horizon : son sourire de flamme. Pourquoi cet éclat de l’après-midi ? Est-ce la vielle pulsation du... [Lire la suite]
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19 janvier 2019

Norge (1898 – 1990) : Louange d’une source

  Louange d’une source   Dans le matin hésitant où l'écoulement des heures ne vibre pas encore, J'ai reconnu les rieuses voyelles que prononçait ma fontaine . J'ai reconnu ma source chère, qui jamais ne dort ou ne rêve, Mais qui est née pour chanter et pour fuir . Je l'ai caressée de mes mains comme une douce bête, Une bête des bois à la profonde fourrure . Les graminées se balançaient dans le bonheur d'un vent faible . Au pied des chênes, un peu de nuit s'enroulait encore comme du lierre, L'oiseau lissait sa... [Lire la suite]
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18 janvier 2019

René-Guy Cadou (1920 – 1951) : L’inutile aurore

  L’inutile aurore   Tout est vain La fenêtre et l’aurore me restent dans la main Les fleuves se disloquent Sur le seuil C’est la mer qui défroisse ses loques Ici La bouche fait lentement son sillon Et l’heure est suspendue aux lèvres du grillon Des larmes Les dernières Mais les brusques tournants de la lumière Les algues déroulées sur le front du couchant La poitrine de l’homme qui tremble au bord du champ Le cœur pris dans la roue Le hurlement des herses Et la douleur qui suit le chemin de traverse Ah... [Lire la suite]
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