16 mai 2014

Yvon Le Men (1953 - ) : "Seule la mer éclaire ton visage..."

         Seule la mer éclaire ton visage. Ton corps est dans un pull noir, un pantalon noir.      Tes mains sont nues. Je suis près de toi, et tu ne bouges pas. Le matin est loin.      La nuit est noire, si ce nest le reflet de l'eau flottant contre la lune. À chaque coup de vague, tes yeux deviennent bleus. Il n'y a de bruit que le vent. D'échos que des étoiles. Absentes.      Tant que je ne taurai pas donné la main, nous ne souffrirons... [Lire la suite]
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15 mai 2014

François Cheng (1929 - ) : "Du pied à la pierre..."

      Du pied à la pierre Il n’y a qu’un pas     Mais que d’abîmes à franchir     Nous sommes soumis au temps Elle, immobile Au cœur du temps Nous sommes astreints aux dits Elle, immuable Au cœur du dire              Elle, informe Capable de toutes les formes Impassible porteuse des douleurs du monde           Bruissante de mousses, de grillons de brumes transmuées en nuages elle est voie de transfiguration ... [Lire la suite]
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14 mai 2014

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918) : les colchiques

Les colchiques Le pré est vénéneux mais joli en automne Les vaches y paissant Lentement s'empoisonnent Le colchique couleur de cerne et de lilas Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-la Violatres comme leur cerne et comme cet automne Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne Les enfants de l'école viennent avec fracas Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières Qui battent comme les fleurs battent au... [Lire la suite]
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13 mai 2014

José Maria de Heredia (1842 - 1905) : Les conquérants

Les conquérants   Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, Fatigués de porter leurs misères hautaines, De Palos de Moguer, routiers et capitaines Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal. Ils allaient conquérir le fabuleux métal Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines, Et les vents alizés inclinaient leurs antennes Aux bords mystérieux du monde Occidental. Chaque soir, espérant des lendemains épiques, L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ; Ou... [Lire la suite]
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12 mai 2014

Charles Baudelaire (1821 - 1867) : parfum exotique

      Parfum exotique   Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne, Je respire l'odeur de ton sein chaleureux, Je vois se dérouler des rivages heureux Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;   Une île paresseuse où la nature donne Des arbres singuliers et des fruits savoureux ; Des hommes dont le corps est mince et vigoureux, Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.   Guidé par ton odeur vers de charmants climats, Je vois un port rempli de voiles et de mâts ... [Lire la suite]
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11 mai 2014

Blaise Cendrars (1887 - 1961) : Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France

  Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France                                                                                           Dédiée aux Musiciens   En ce temps-là j’étais en mon adolescence J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance J’étais à... [Lire la suite]
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08 mai 2014

Arthur Rimbaud (1854 - 1891) : Aube

    Aube         J'ai embrassé l'aube d'été.      Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, etles pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.      La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom. ... [Lire la suite]
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07 mai 2014

René Char(1907-1988) : Congé au vent

  Congé au vent À flancs de coteau du village bivouaquent des champs fournis de mimosas. À l’époque de la cueillette, il arrive que, loin de leur endroit, on fasse la rencontre extrêmement odorante d’une fille dont les bras se sont occupés durant la journée aux fragiles branches. Pareille à une lampe dont l’auréole de clarté serait le parfum, elle s’en va, le dos au soleil couchant. Il serait sacrilège de lui adresser la parole. L’espadrille foulant l’herbe, cédez-lui le pas du chemin. Peut-être aurez-vous... [Lire la suite]
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06 mai 2014

Francis Ponge (1899 - 1988): l' Huître

   L'huître       L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds... [Lire la suite]
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31 mars 2014

Eugène Guillevic (1907 - 1997) : Herbier de Bretagne

  Herbier de bretagne   Partout les plantes  Poussent parmi les morts, Enfoncent leurs racines  Dans les cadavres  De tous les règnes.                  * Est-ce que les herbes  Des cimetières Sont autres Que celles des parcs, Quand on les voit  Sans les situer?                           *   En fait, la Bretagne  N'est pas plus cimetière Que n'importe ... [Lire la suite]
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