27 juin 2014

Philippe Jaccottet (1925 - ) : « … qu’est-ce qu’un lieu ? »

Plus particulièrement :  qu’est-ce qu’un lieu ?   Qu’est-ce qui fait qu’en un lieu comme celui dont j'ai parlé au début de ce livre, on ait dressé un temple,transformé en chapelle plus tard : sinon la présence d’une source et le sentiment obscur d’y avoir trouvé un« centre » ? Delphes était dit « l’ombilic du monde » en ce sens, et dans les années de son égarement visionnaire, Hölderlin s’est souvenu de ces mots pour les appliquer à Francfort où il avait aimé... [Lire la suite]
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26 juin 2014

Jean – Pierre Hélouis (19?? - ) : L’Ours

    L’Ours     Il danse en musique au souvenir du feu qui lui chauffa les pieds, mais à son rythme rêve des forêts où il fut près du ciel. Tandis qu’il lève une patte, puis l’autre, en cadence, ses bras enlacent des fûts lointains ou, au septentrion, une compagne cosmique. Tantôt ils battent l’eau vers un éclair d’écaille, tantôt ils se tendent vers une épiphanie friande, un pain sauvage surgi des forces de la nuit dont l’or jaillit en rayons melliflues. L’animal de foire a les ... [Lire la suite]
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25 juin 2014

Michel Leiris (1901 – 1990) : Liquidation

Liquidation         Eveillé seul — sans route, bagage, campements, bêtes de selle ou de charge — dans la savane aigre de ma nuit.   Plus de chambre, d'air, de lueur, de temps — et pas de possibilité de fuite lunaire.   Grand mât sans signe ni oriflamme, — mentule fragile (à peine encore vivante),haute colonne à cannelures en rides amères plantées au centre de mon lit (ô neige! lait cristallin des douleurs...), je gis au pied de ce jet dédaigneux,... [Lire la suite]
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23 juin 2014

Johann Wolfgang von Goethe (1749 - 1832) : Le roi des aulnes / Erlkönig

    Le roi des aulnes   Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ? C'est le père avec son enfant. Il serre le jeune garçon dans ses bras, Il le tient au chaud, il le protège.     « — Mon fils, pourquoi  caches-tu peureusement ton visage  ? — Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes, Le roi des Aulnes, avec sa couronne et sa traine ? — Mon fils, c'est une trainée de brume.     — Cher enfant, viens, partons ensemble ! Ie jouerai tant de  jolis... [Lire la suite]
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22 juin 2014

Hélène Cadou (1922 - 2014) : « Ce soir / la nuit est bleue… »

Ce soir La nuit est bleue   Avec un parfum de girofle Sous la pierre lente et chaude   Tu vas et viens De ton cœur Au jardin   Et le pouls des planètes Pourrait cesser de battre   Sans que la peur Ne soit nommée   Dans la douceur des choses.   Si nous allions vers les plages,  Editions Rougerie, 2003   Du même auteur : « J’ai vu des paysages… … » (22/06/2015) « Le monde est mon beau voyage… » (22/06/2016) Ilarie Voronca… (22/06/2017) «... [Lire la suite]
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21 juin 2014

René de Obaldia (1918 -) : les cuisses de Colette

  Les cuisses de Colette   Les cuisses de Colette Sont douces au toucher Comme des cacahuètes Qu’on aurait épluchées.   Je n’aime pas sa tête Ses yeux demi-pochés Son oreille en cuvette Son nez en arbalète Sa bouche endimanchée.   Mais j’aime bien ses cuisses Si douces au toucher. Pendant le Saint-Office L’un près de l’autre assis, Ma main vient s’y chauffer.   De profundis, ad te Domine, clamavi !   Que c’est doux ! Que c’est doux ! Plus doux qu’une souris Que le... [Lire la suite]
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20 juin 2014

Fernando Pessoa (1888 -1935) : À la veille de ne jamais partir / Na véspera de não partir nunca

27 septembre 1934 À la veille de ne jamais partir du moins n’est-il besoin de faire sa valise ou de jeter des plans sur le papier, avec tout le cortège involontaire des oublis pour le départ encore disponible du lendemain. Le seul travail, c’est de ne rien faire à la veille de ne jamais partir. Quel grand repos de n’avoir même pas de quoi avoir à se reposer ! Grande tranquillité, pour qui ne sait même pas hausser les épaules devant tout cela, d’avoir pensé le tout et d’avoir de propos délibéré atteint le rien. ... [Lire la suite]
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19 juin 2014

Georges Fourest (1867- 1945) : sardines à l'huile

Sardines à l’huile               Sardines à l’huile fine sans tête et sans arêtes. (Réclames des sardiniers, passim.) Dans leur cercueil de fer-blanc plein d’huile au puant relent marinent décapités ces petits corps argentés pareils aux guillotinés là-bas au champ des navets ! Elles ont vu les mers, les côtes grises de Thulé, sous les brumes argentées la Mer du Nord enchantée... Maintenant dans le fer-blanc et l’huile au puant relent de toxiques... [Lire la suite]
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18 juin 2014

Clarice Lispector (1920 -1977) :Il m’est arrivé de cacher un amour par peur de le perdre.../Já escondi um amor com medo de perdê

Il m’est arrivé de cacher un amour par peur de le perdre, Il m’est arrivé de perdre un amour pour l’avoir caché. Il m’est arrivé de serrer les mains de quelqu’un par peur Il m’est arrivé d’avoir peur au point de ne plus sentir mes mains Il m’est arrivé de faire sortir de ma vie des personnes que j’aimais Il m’est arrivé de le regretter Il m’est arrivé de pleurer des nuits durant, jusqu’à trouver le sommeil Il m’est arrivé d’être heureuse au point de pas parvenir à fermer les yeux Il m’est arrivé de croire en des... [Lire la suite]
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17 juin 2014

Tristan Tzara (1896 - 1963) : "dimanche lourd couvercle..."

I     dimanche lourd couvercle sur le bouillonnement du sang hebdomadaire poids accroupi sur ses muscles tombé à l'intérieur de soi-même retrouvé les cloches sonnent sans raison et nous aussi sonnez cloches sans raison et nous aussi nous nous réjouirons au bruit des chaînes que nous ferons sonner en nous avec les cloches                                           * quel est ce langage qui nous fouette nous... [Lire la suite]
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