14 avril 2015

Anacréon / Ἀνακρέων (vers550 –vers 464 av. J. C.) : le souhait

    Le souhait   Du roi Phrygien la fille rebelle Fut en noir rocher changée autrefois ; La fière Prokné devint hirondelle, Et d’un vol léger s’enfuit dans les bois. Pour moi, que ne suis-je, ô chère maîtresse, Le miroir heureux de te contempler, Le lin qui te voile et te caresse, L’eau que sur ton corps le bain fait couler, Le réseau charmant qui contient et presse Le ferme contour de ton jeune sein, La perle, ornement de ton col que j’aime, Ton parfum choisi, ta sandale même, Pour être foulé par... [Lire la suite]
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13 avril 2015

Saphô / Σαπφώ (vers 630 –vers 580 av. J.C.) : « Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs !... »

      Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs ! Pâle, je servis ta volupté cruelle… Je pris, aux lueurs du flambeau d’Hespérôs, Ton corps d’immortelle.   Et ma chair connut le soleil de ta chair… J’étreignis la flamme et l’ombre et la rosée, Ton gémissement mourait comme la mer Lascive et brisée.   Mortelle, je bus dans la coupe des Dieux, J’écartai l’azur ondoyant de tes voiles… Ma caresse fit agoniser tes yeux Sur ton lit d’étoiles…   Depuis, c’et en vain que la nuit de Lesbos ... [Lire la suite]
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12 avril 2015

Abdellatif Laâbi (1942 - ) : « Emmurée… »

    Emmurée Ton cœur continue à battre au fond des ténèbres Dans ton cœur un œil s’est ouvert Il voit ce que nous ne savons plus voir : le rictus du bourreau tapi en chacun de nous le visage de l’innocence piétiné par la horde l’étincelle de la compassion qui seule peut nous illuminer de l’intérieur la main qui s’ouvre pour que la tendresse jaillisse comme de source le signe de reconnaissance avant la fonte des métaux humains dans l’acte prodigieux de l’amour la bouche sans fard d’où vont couler ... [Lire la suite]
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11 avril 2015

Claude Michel Cluny (1930 - 2015 ) : La mémoire du sel

  La mémoire du sel   Altiplano   Là où tu écoutes le silence la violence du bleu sans limite là où chantent les pierres démentes à mi-voix – sous tes pas – légères privées de mémoire les Fils du Soleil se nourrissent de vent.   -------------------------------------------------------------------   Uxmal   Les Mayas magnifiques ont appelé les astres or sacré du maïs dispersé par le vent dans la nuit verte d’Uxmal et de Chichén Itza pour la faim avide d’un faux dieu venu mort les... [Lire la suite]
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10 avril 2015

Jacques Réda (1929 - ) : Elégie de la petite gare

Elégie de la petite gare   Même quand je serai plus vieux, ou si la mort me pince, Je t’attendrai dans ces quartiers des gares de province Qui sont identiques partout : des villas, des jardins Avec des haricots, des lis et des tas de rondins Autour de hangars dispersés dans la plate étendue Où n’apparaît jamais au loin que la flèche perdue De Sainte-Quelque-chose dont le retable est fameux, Ou souvent rien : le proche est nul, les lointains sont fumeux, Le nom de la localité suppose une rivière, Mais où... [Lire la suite]
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09 avril 2015

Jean- Luc Caizergues ( 1954- ) : En grève

En grève   Je m’assois par terre. je mets les doigts   dans la prise élec- trique et j’attends   patiem- ment que le courant revienne.   Mon suicide. Editions Flammarion, 2008
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08 avril 2015

Yves Namur (1952 -) : « La nuit, certains quittent leur lit… »

               La nuit, certains quittent leur lit et l’on se dit simplement qu’ils sont somnambules et que cela passera peut-être avec le temps, que l’âge arrangera tout çà.      D’autres se lèvent aussi, mais on ne sait pas trop vers où ils marchent et ils ne semblent jamais regagner leur lit. On se dit alors que ceux-là vont marcher jusqu’au bord du visible, jusqu’au bord inespéré du visible.   Dieu ou quelque chose comme ça Editions Lettres vives, 2008
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07 avril 2015

Honorat de Bueil de Racan (1589 – 1670) : Stances sur la retraite

Stances   Tircis, il faut penser à faire la retraite,    La course de nos jours est plus qu’à demi faite ;  L’âge insensiblement nous conduit à la mort.  Nous avons assez vu sur la mer de ce monde  Errer au gré des flots notre nef vagabonde ;  Il est temps de jouir des délices du port.      Le bien de la fortune est un bien périssable ;  Quand on bâtit sur elle, on bâtit sur le sable ;  Plus on est élevé, plus on court de... [Lire la suite]
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06 avril 2015

Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz ( 1877 – 1939) : Et surtout que

Et surtout que   — Et surtout que Demain n’apprenne pas où je suis — Les bois, les bois sont pleins de baies noires — Ta voix est comme un son de lune dans le vieux puits Où l’écho, l’écho de juin vient boire.     Et que nul ne prononce mon nom là-bas, en rêve, Les temps, les temps sont bien accomplis — Comme un tout petit arbre souffrant de prime sève Est ta blancheur en robe sans pli.     Et que les ronces se referment derrière nous, Car j’ai peur, car j’ai peur du retour. Les grandes... [Lire la suite]
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05 avril 2015

Ananda Devi : (1957 - ) : « Je te vois comme un hiver… »

  À ma mère    Je te vois comme un hiver, comme du givre; transparente, brûlante,  transpercée de lumières; glacée, glaçante, cassable. Tout cela à la fois. Je te vois comme une source dont on ne soupçonne ni l'ampleur ni  la violence. Aujourd'hui, mes mains plongeant dans ton être, dans ta  matière, ont froid. Puis mes yeux retournent vers la fenêtre où, de  nouveau, la lumière a changé de couleur. Alors, au cœur même de ta  pâleur, je me souviens de tes ors.    Je te... [Lire la suite]
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