10 juin 2014

Claude Esteban (1935 - 2006) : "Quand on a soufert trop longtemps..."

Quand on  a souffert trop longtemps, il faut parfois que l'on s'arrête et que l'on rie, qu'on partage avec des amis des gâteaux sucrés puis que l'on boive quelque vin doux des Canaries et qu'il y ait des danses même un peu lascives, ainsi parlait jadis un fou pour distraire son maître qui ne guérissait plus ou qui ne voulait pas guérir de son mal, j'en connais d'autres   * Chaque soir laissez la porte entrouverte, il se pourrait qu’un souffle d’air veuille entrer et avec lui peut-être un papillon de nuit, une... [Lire la suite]
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09 juin 2014

Anne Perrier (1922 - 2017 ) :" Lorsque la mort viendra..."

Lorsque la mort viendra Je voudrais que ce soit comme aujourd'hui Un grand soir droit laiteux et immobile Et surtout je voudrais Que tout se tienne bien tranquille Pour que j'entende Une dernière fois respirer cette terre Pendant que doucement s'écarteront de moi Les mains aimées Qui m'attachent au monde                     * Et la vie c'est cela Une ombre qui s'allonge sur le seuil Une cour abritée de hauts tilleuils Le miel en fleur et les abeilles mortes Une main... [Lire la suite]
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05 juin 2014

Armand Robin (1912 - 1961) : "Sans parole, je suis toute parole..."

Sans parole, je suis toute parole; sans langue, je suis chaque langue. D'incessants déferlements de rumeurs tantôt m'humectent et me font onde, tantôt m'affleurent comme d'un destin de calme promenade et me font sable, tantôt me choquent et me font roc. Je m'allonge en très immense et très  docile plage où de vastes êtres collectifs, nerveux et tumultueux, abordent en gémissant élémentairement.   De tous les langages mêlés, j'entends se composer une sorte de non-langage indicidiblement rumoreux; et ce... [Lire la suite]
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04 juin 2014

Jacques Prével (1915 -1951) : "Dans le temps dans la nuit..."

  Dans le temps dans la nuit Je te parlerai Dans le temps dans la nuit je pourrai répondre à voix basse Le seul moment que la vie m'a volé Dans le temps dans la nuit je retrouverai ton visage Et la forme de mon visage Je te parlerai dans le temps je te parlerai dans la nuit J'écarterai enfin l'affreuse douleur de mon silence J'écarterai enfin les jours mortels Je te parlerai hors du temps je te parlerai dans la nuit J'effacerai les traces amères de l'attente J'effacerai le traces amères de l'oubli Dans mes deux... [Lire la suite]
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03 juin 2014

Yves Bonnefoy (1923 - 2016) ) : "Que saisir sinon qui s'échappe..."

Que saisir sinon qui s´échappe,       Que voir sinon ce qui s´obscurcit, Que désirer sinon qui meurt, Sinon qui parle et se déchire ? Parole proche de moi Que chercher sinon ton silence, Quelle lueur sinon profonde Ta conscience ensevelie, Parole jetée matérielle Sur l´origine et la nuit ?   Du mouvement et de l'immobilité de Douve, Editions du Mercure de France,1953   Du même auteur :  Théâtre (03/06/20 15)  L’été de nuit (13/06/2016) Le myrte (13/06/2017) Deux... [Lire la suite]
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02 juin 2014

Jean Genet (1910 - 1986) : Le condamné à mort

  Le condamné à mort à Maurice PILORGE assasin de vingt ans   Le vent qui roule un cœur sur le pavé des cours, Un ange qui sanglote accroché dans un arbre, La colonne d’azur qu’entortille le marbre Font ouvrir dans ma nuit des portes de secours.  Un pauvre oiseau qui tombe et le goût de la cendre, Le souvenir d’un œil endormi sur le mur, Et ce poing douloureux qui menace l’azur Font au creux de ma main ton visage descendre. Ce visage plus dur et plus léger qu’un masque, Et plus lourd à... [Lire la suite]
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01 juin 2014

Anjela Duval (1905 - 1981) : poèmes de nuit, poèmes de jour / Barzhonegoù noz, Barzhonegoù deiz

  Poèmes de nuit, poèmes de jour   Si j’écris à l’ombre de ma lampe Des vers maladroits et creux Avec ce petit outil mal assuré dans ma main lasse Si j’écris le soir au dos d’enveloppes Des poèmes humbles : camelote Où l’on ne trouve que des fleurs sauvages… Et quelques miettes d’amour. Car tout cela je le fais pour ceux que j’aime.   Mais j’écris, moi, d’autres poèmes Et ce n’est pas à l’ombre de ma lampe Mais à la lumière du soleil Ce n’est pas au dos d’enveloppes Mais sur la poitrine nue de... [Lire la suite]
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31 mai 2014

Paul Fort (1872 - 1960) : Le chat borgne

    Le Chat borgne   La femme est aux varechs, l’homme est à la Guyane Et la petite maison est seule tout le jour Seule ? Mais à travers les persiennes vertes, on voit luire dans l’ombre comme une goutte de mer. Quand le bagne est à l’homme, la mer est à la femme, Et la petite maison au chat borgne tout le jour Du même auteur : Le bonheur (30/05/2015)  Si le bon Dieu l’avait voulu (30/05/2016) Le chef de saint Denys (10/10/2017)    
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30 mai 2014

Tristan Corbière (1845 - 1875) : La Fin

            La Fin Oh ! combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis !... ………………………………………………………………………..   Combien de patrons morts avec leurs équipages ! L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots ! Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée... ……………………………………………………………….. Nul ne saura vos noms, pas même une humble pierre Dans... [Lire la suite]
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29 mai 2014

Paul Valéry (1871 - 1945) : La fileuse

La Fileuse Assise, la fileuse au bleu de la croisée  Où le jardin mélodieux se dodeline ;  Le rouet ancien qui ronfle l'a grisée.   Lasse, ayant bu l'azur, de filer la câline  Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,  Elle songe, et sa tête petite s'incline.   Un arbuste et l'air pur font une source vive  Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose  De ses pertes de fleurs le jardin de l'oisive.   Une tige, où le vent vagabond se repose,  Courbe le salut vain de sa... [Lire la suite]
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