16 juin 2014

Louis Guillaume (1907- 1971): Le jour tout neuf

Le jour tout neuf   Le jour tout neuf est là. Il ne sait pas encore Qu’il est né. Sur la mer et le sable, il s’allonge Et, travaillé par l’ombre, il poursuit son sommeil Jusqu’au soir. Le couchant alors lui fait sentir Qu’il a vécu, qu’il part et qu’il est illusoire Autant que le cœur noir du silence est réel.   Cependant les oiseaux vont déployer leurs ailes, Les enfants vont sourire aux volets de l’aurore. Statue aux yeux vivants où fermente le rêve, L’homme va s’enliser dans les bruits de la ville. Il n’a... [Lire la suite]
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16 juin 2014

André Pieyre de Mandiargues (1909 - 1991) : Le pays froid

Le pays froid   Parlez plus haut l'hiver nous assourdit Les bruits des pas que l'on entendait hier Au bord du lac gelé Ne sonnent plus que dans le souvenir Et notre vie devient une habitude triste Derrière la paroi des vitres blanches.   La neige tombe depuis bien des semaines Le charbon le café diminuent tous les jours Chaque jour s'amoindrit Le lendemain toujours est pire que la veille.   Notre mémoire même égare les réponses.   La faim le froid chassent les cerfs hors des bois Jusque dans les... [Lire la suite]
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14 juin 2014

Wisława Szymborska (1923 - 2012) : Une voix dans la discussion sur la pornographie /Głos w sprawie pornografii

    Une voix dans la discussion sur la pornographie   Il n’est pas de débauche pire que la pensée. C’est une sale graine qui sème à tout vent, sur nos plates-bandes faites pour des marguerites.   Il n’y a rien de sacré pour ces coquins qui pensent. Désignations osées des choses par leur nom, licencieuses analyses, grivoises synthèses, chasse dévergondée aux faits tout nus, tripatouillage obscène des sujets délicats, le frai des opinions, voilà ce qui les allume.   En plein jour, ou alors sous... [Lire la suite]
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12 juin 2014

Pierre Reverdy (1889 - 1960) : Cran d'arrêt

  Cran d’arrêt   Je n’espère rien du néant Je ne garde rien de la fête Et je n’oublie pas le présent Auquel il faut me tenir tête   Décroche la lumière à fond Sur cette poitrine rebelle Plus dure que la pierre où s’épanche son sang   Je ne mens que d’un œil Une trappe qui s’ouvre Sur tous les espoirs interdits Un recul plus farouche devant l’antre qui s’ouvre Une gorge plus sourde Au coude de la nuit Et puis le temps et puis la lampe Un pas qui trompe sans retour Dans la rue plus de vie plus... [Lire la suite]
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11 juin 2014

Stéphane Mallarmé (1842 - 1898) : "le vierge, le vivace..."

    Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre Ce lac dur oublié que hante sous le givre Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui ! Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui Magnifique mais qui sans espoir se délivre Pour n'avoir pas chanté la région où vivre Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.   Tout son col secouera cette blanche agonie Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie, Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris. ... [Lire la suite]
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10 juin 2014

Claude Esteban (1935 - 2006) : "Quand on a soufert trop longtemps..."

Quand on  a souffert trop longtemps, il faut parfois que l'on s'arrête et que l'on rie, qu'on partage avec des amis des gâteaux sucrés puis que l'on boive quelque vin doux des Canaries et qu'il y ait des danses même un peu lascives, ainsi parlait jadis un fou pour distraire son maître qui ne guérissait plus ou qui ne voulait pas guérir de son mal, j'en connais d'autres   * Chaque soir laissez la porte entrouverte, il se pourrait qu’un souffle d’air veuille entrer et avec lui peut-être un papillon de nuit, une... [Lire la suite]
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09 juin 2014

Anne Perrier (1922 - 2017 ) :" Lorsque la mort viendra..."

Lorsque la mort viendra Je voudrais que ce soit comme aujourd'hui Un grand soir droit laiteux et immobile Et surtout je voudrais Que tout se tienne bien tranquille Pour que j'entende Une dernière fois respirer cette terre Pendant que doucement s'écarteront de moi Les mains aimées Qui m'attachent au monde                     * Et la vie c'est cela Une ombre qui s'allonge sur le seuil Une cour abritée de hauts tilleuils Le miel en fleur et les abeilles mortes Une main... [Lire la suite]
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05 juin 2014

Armand Robin (1912 - 1961) : "Sans parole, je suis toute parole..."

Sans parole, je suis toute parole; sans langue, je suis chaque langue. D'incessants déferlements de rumeurs tantôt m'humectent et me font onde, tantôt m'affleurent comme d'un destin de calme promenade et me font sable, tantôt me choquent et me font roc. Je m'allonge en très immense et très  docile plage où de vastes êtres collectifs, nerveux et tumultueux, abordent en gémissant élémentairement.   De tous les langages mêlés, j'entends se composer une sorte de non-langage indicidiblement rumoreux; et ce... [Lire la suite]
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04 juin 2014

Jacques Prével (1915 -1951) : "Dans le temps dans la nuit..."

  Dans le temps dans la nuit Je te parlerai Dans le temps dans la nuit je pourrai répondre à voix basse Le seul moment que la vie m'a volé Dans le temps dans la nuit je retrouverai ton visage Et la forme de mon visage Je te parlerai dans le temps je te parlerai dans la nuit J'écarterai enfin l'affreuse douleur de mon silence J'écarterai enfin les jours mortels Je te parlerai hors du temps je te parlerai dans la nuit J'effacerai les traces amères de l'attente J'effacerai le traces amères de l'oubli Dans mes deux... [Lire la suite]
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03 juin 2014

Yves Bonnefoy (1923 - 2016) ) : "Que saisir sinon qui s'échappe..."

Que saisir sinon qui s´échappe,       Que voir sinon ce qui s´obscurcit, Que désirer sinon qui meurt, Sinon qui parle et se déchire ? Parole proche de moi Que chercher sinon ton silence, Quelle lueur sinon profonde Ta conscience ensevelie, Parole jetée matérielle Sur l´origine et la nuit ?   Du mouvement et de l'immobilité de Douve, Editions du Mercure de France,1953   Du même auteur :  Théâtre (03/06/20 15)  L’été de nuit (13/06/2016) Le myrte (13/06/2017) Deux... [Lire la suite]
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