22 août 2014

Roger Munier (1923 – 2010) : "Tant que tu peux revenir..."

(…)    Tant que tu peux revenir, tu n'as pas vraiment fait le voyage.        Si tout est rêve, la mort l'est aussi. A moins qu'elle ne soit le réveil.        On n'est peut-être pas plus réellement mort, dans la mort, qu'on n'est, dans la vie, réellement vivant.       Il faut effacer la vie de temps en temps. C'est pour cela qu'il y a la nuit, le sommeil.      La vie passe lente, dans l'arbre d'automne. Vie heureuse, languide, apaisée. ... [Lire la suite]
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21 août 2014

Georges Haldas (1917-2010) : Testament

Testament                  I Je lègue à mes enfants cette aube sans couleur le pain triste les rues où je fus dédoublé Je lègue les fontaines qui m’ont parlé la nuit les wagons solitaires et les ormes coupés Tous les recoins obscurs et les hangars déserts Et mal interprétés les rêves d’un bonheur toujours décomposé Je lègue avec les rails la rouille des années les trains sans voyageurs la gare abandonnée Je lègue après la joie cette... [Lire la suite]
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19 août 2014

Mohammed al-Faytoury (1930- ) : Il est mort demain

    Il est Mort Demain   Il est mort Aucune goutte de pluie ne s'est attristée Aucun visage humain ne s'est assombri La lune n'a pas survolé sa tombe de nuit  Aucun ver paresseux n'y a déployé son corps  Aucune pierre ne s'est fendue  Il est mort demain  cadavre sali  linceul oublié  tel un rêve...  le peuple s'est réveillé  et a traversé le champ des roses au crépuscule  comme un ouragan    il est mort  dans son âme noircie incendiée un... [Lire la suite]
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18 août 2014

Beatritz, Comtessa de Dia (vers 1140 - après 1175) : « Grande peine m’est advenue… » / « Estat ai e

Grande peine m'est advenue Pour un chevalier que j'ai eu, Je veux qu'en tous les temps l'on sache Comment moi, je l'ai tant aimé; Et maintenant je suis trahie, Car je lui refusais l'amour,  J'étais pourtant en grand'folie Au lit comme toute vêtue.   Combien voudrait mon chevalier Tenir un soir dans mes bras nus,  Pour lui seul, il serait comblé, Je ferais coussin de mes hanches; Car je m'en suis bien plus éprise Que ne fut Flore de Blanchefleur. Mon amour et mon coeur lui donne, Mon âme, mes yeux, et... [Lire la suite]
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17 août 2014

Fang Si / (1928 - ) : Le Cactus

Le Cactus   T’aimer comme tout un désert aime un cactus concentre tout son eau en un unique point absorbe toute la chaleur et la lumière la lumière rayonnée par le soleil, l’humidité laissée par les pluies   un amour pour toi si passionné, absolu, véritable venu du cœur de la terre, oui, puisé au fond de mon cœur rassemblé, condensé, distillé en un unique point dans ce désert immense au sable poussière rouge, cendre d’encens, ou d’ossements répandus sur la mer au milieu de ce désert immense un cactus,... [Lire la suite]
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16 août 2014

Pierre Minet (1909 – 1975) : « Mort, je m'égrènerai en toi… »

A Lilian   Mort, je m'égrènerai en toi Et non pas seulement mon corps  Mais aussi mes bonnes mes mauvaises  pensées  Tous les chemins que j'emprunterai  revivront en Toi.  Je veillerai dans ta chair, pour  l'émouvoir  Et ton esprit recevra le mien  comme un vent —  Tu ne cesseras de m'écouter —  Enseveli en Toi, pour que Tu me  chantes...     Hôpital Saint–Louis, 1932    Des âges téméraires L’Ether Vague, Toulouse, 1989 Du même... [Lire la suite]
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15 août 2014

Jean Joubert ( 1928 - 2015 ) : « Et nous vivrons sous le silence de la neige… »

Et nous vivrons sous le silence de la neige, corps à corps, bouche à bouche, suspendus dans le cristal d’invincibles feuillages. Et les jours glisseront, les astres, les soleils, jour après jour, nuit après nuit, et les années s’amasseront en robes sombres à nos pieds. Des arbres, des enfants naîtront de cette mort, d’autres mains dénouées de l’herbe de nos mains, des ailes bougeront entre nos bras déserts. Nous verrons s’effacer,  très loin sous nos fenêtres, de petits gestes gris, des yeux bavards, des ombres bues... [Lire la suite]
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13 août 2014

Avrom Sutzkever / (אַבֿרהם סוצקעווער (2010 – 1913) : Les juifs gelés

Les juifs gelés   Avez-vous déjà vu parmi les champs de neige  Des juifs gelés en rangs l’immobile cortège   Sans un souffle étendus, marbrifiés et bleus, Leur corps sont là, pourtant la mort n'est pas en eux   Car leur âme gelée a des lueurs fugaces, Poisson doré saisi dans sa vague de glace,   Ni muets ni bavards: chacun pense sans bruit; Le soleil a gelé aussi dans la nuit.   Aux lèvres roses par le gel déjà figées, Un sourire est resté qui ne peut plus bouger.   Couché près de... [Lire la suite]
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12 août 2014

Charles Dobzynski (1929 - ) : Mère

Mère   J’aurai porté ton corps comme un sac d’ombre, j’aurai vécu pour n’être plus de toi que cette balle à la roulette russe pari perdu d’un jour qui m’a meurtri, j’aurai passé ta douleur comme un fleuve sa flottaison de rêves tronçonnés, moi l’habitant de ta plaie, locataire de chaque cri qu’on ne peut acquitter, j’aurai grandi jusqu’à n’être que larme qui ne pouvait fleurir dans ton désert, rose d’oubli, rose double du sable de toi de moi partageant le miroir. Ta plainte fut comme un loup dans la neige qui me... [Lire la suite]
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11 août 2014

Matsuo Bashō / 松尾 芭蕉 (1644 –1694) : « Départ du printemps… / 行 春 や 鳥啼 魚 の 目 は 泪

    Départ du printemps les oiseaux crient Et les yeux des poissons sont en larmes   La Sente étroite du Bout-du- monde,1694 Traduit du japonais par Yves Marie Allioux in « Poèmes de tous les jours. Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto Editions Philippe Picquier, 1993     Le printemps s’en va pleurs des oiseaux et poissons les larmes aux yeux.   Traduit du japonais par Joan Titus-Carmel In : « Basho : Cent onze haiku » Editions Verdier, 1998 ... [Lire la suite]
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