06 août 2014

Robert Desnos (1900-1945) : J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi        J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.      Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?      J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.      Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante  et me... [Lire la suite]
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05 août 2014

Luis Mizón (1942 - ) : Prisons / Prisiones

Prisons    1 Ma maison est une prison du Sud un mur taché par ma voix. Je suis né en regardant un arbre Dans les tâches du mur en inventant l’horizon sur le mur lézardé. J’ai grandi entouré d’amis malchanceux : fiers mendiants du Sud. Derrière le mur je devine le vent et son échiquier de sable j’entends un métal crier de naissance en naissance  2 Je dessine des grues des chantiers avec leurs bateaux des paysages de poussière de grands eucalyptus midi éclate comme le cerveau d’un enfant plein... [Lire la suite]
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04 août 2014

Victor Hugo (1802 -1885) : A quoi songeaient les deux cavaliers

A quoi songeaient les deux cavaliers ...   La nuit était fort noire et la forêt très-sombre.  Hermann à mes côtés me paraissait une ombre.  Nos chevaux galopaient. A la garde de Dieu !  Les nuages du ciel ressemblaient à des marbres.  Les étoiles volaient dans les branches des arbres  Comme un essaim d'oiseaux de feu.  Je suis plein de regrets. Brisé par la souffrance,  L'esprit profond d'Hermann est vide d'espérance.  Je suis plein de regrets. O mes amours, dormez !  Or,... [Lire la suite]
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03 août 2014

Anne Hébert ( 1916 – 2000) : Soleil dérisoire

Soleil dérisoire   Soleil jaune au poing Elle s'appelle Liberté On l'a placée sur la plus haute montagne Qui regarde la ville Et les pigeons gris l'ont souillée Jour après jour   Changée en pierre Les plis de son manteau sont immobiles Et ses yeux sont aveugles Sur sa tête superbe une couronne d'épines et de fiente   Elle règne sur un peuple de tournesols amers Agités par le vent des terrains vagues Tandis qu'au loin la ville fumante Se retourne sur son aire Et rajuste les chaînes aux chevilles des... [Lire la suite]
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01 août 2014

Bai Qiu / 白萩 (1937 - ) : Les oies sauvages

Les oies sauvages   Nous sommes toujours en vie. Et il nous faut voler à travers le ciel infini l’horizon se dérobe de plus en plus loin et nous leurre pour nous tenir en vie. Poursuite sans trêve nous le croyons proche mais levant les yeux nous le voyons encore hors d’atteinte   le ciel est encore le ciel où volaient nos ancêtres vaste vide, exhortation immuable comme nos ancêtres nous battons encore des ailes dans le vent la même volonté nous enfonce dans un cauchemar sans fin   entre la terre noire et ... [Lire la suite]
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28 juillet 2014

Benjamin Péret (1889 - 1959) : Epitaphe sur un monument aux morts de la guerre

    Epitaphe sur un monument aux morts de la guerre Le général nous a ditle doigt dans le trou du culL'ennemiest par là AllezC'est pour la patrieNous sommes partisle doigt dans le trou du culLa patrie nous l'avons rencontréle doigt dans le trou du culLa maquerelle nous a ditle doigt dans le trou du culMourrezou sauvez-moile doigt dans le trou du cul Nous avons rencontré le kaiserle doigt dans le trou du culHindenburg Reischoffen Bismarckle doigt dans le trou du culle grand-duc X Abdul-Amid Sarajevole doigt dans le trou... [Lire la suite]
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27 juillet 2014

Pierre Emmanuel ( 1916 – 1984) : In Tenebris

IN TENEBRIS À  Arthur  Louriê. Quand  la  musique  de  mes  yeux  se  sera  tue quand  mon  Ombre  descellera  le  jour  de  pierre quand  mes  mains  ne  feront  plus  obstacle  aux  nuées quand  mon  oreille  aura  son  lit  parmi  les  astres quand  les  cieux  oubliés  ma  bouche  ensableront   Alors  l'amère... [Lire la suite]
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25 juillet 2014

Loys Masson (1915 – 1969) : « Je n'ai jamais connu dans sa vérité… »

(…) Je n'ai jamais connu dans sa vérité ce qui m'était cher; je brûlais d'absolu je m'inventais nécessaire à son devenir. C'était hier. Je passais près de la source sans voir le rouge-gorge y boire en silence, économe de sa chanson pour ses amours du soir ; je n'écoutais que la rumeur là-bas de l'embouchure mariage en moi de l'onde et du divin de la mer. Maintenant à ces jours morts qui tombent de mes épaules sans même rider l'eau je possède le dur savoir ; Le pain des joies ne se fait que du levain de l'aléatoire : pour... [Lire la suite]
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24 juillet 2014

Jean Marcenac (1913- 1984) : Le coup de grâce

Le coup de grâce   C'est moi Seigneur J'ai les bras étendus Comme quelqu'un qui ne croît pas  Qui ne croît guère   Comme quelqu'un qui n'était pas fait pour la croix C'est moi Seigneur qui ne sais aucune prière Moi qui ai dû tomber pour me mettre à genoux   C'est moi Seigneur Haletant sous cette misère Ce grand poids de misère utile Utile Inutile Je ne sais pas Un grand vent sur la place vide   La place où nous dansions l'été C'était une place nommée Place de la Raison   Nous y... [Lire la suite]
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23 juillet 2014

Ghérasim Luca (1913 – 1994) : Les cris vains

    Les cris vains   Personne à qui pouvoir dire que nous n'avons rien à dire et que le rien que nous nous disons continuellement nous nous le disons comme si nous ne nous disions rien comme si personne ne nous disait même pas nous que nous n'avons rien à dire personne à qui pouvoir le dire même pas à nous   Personne à qui pouvoir dire que nous n'avons rien à faire et que nous ne faisons rien d'autre continuellement ce qui est une façon de dire que nous ne faisons rien une façon de ne rien... [Lire la suite]
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