03 décembre 2014

Joao Garcia de Guilhade (XIIIème siècle) : « Il se meurt d’amour, mon ami… » / « Morr'o meu amigo d'amor… »

Il se meurt d’amour, mon ami, et moi je ne le crois guère ; il me dit qu’il s’en vient pour mourir, près de moi ;      je souhaite de tout cœur      voir s’il meurt, oui ou non.   Par message il me demande de lui permettre de mourir ici, par amour pour moi, que je le vois, quand il mourra ;      je souhaite de tout cœur      voir s’il meurt, oui ou non.   Qu’aucune femme jamais ne croit qu’on meurt ainsi, pour... [Lire la suite]
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02 décembre 2014

Vincent Voiture (1597 – 1648) : « Je me meurs tous les jours…

    Je me meurs tous les jours en adorant Sylvie,  Mais dans les maux dont je me sens périr,  Je suis si content de mourir,  Que ce plaisir me redonne la vie.       Quand je songe aux beautés, par qui je suis la proie  De tant d’ennuis qui me vont tourmentant,  Ma tristesse me rend content  Et fait en moi les effets de la joie.       Les plus beaux yeux du monde ont jeté dans mon âme  Le feu divin qui me rend bienheureux ;  ... [Lire la suite]
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01 décembre 2014

Paul Celan (1920 -1970) : Fugue de mort / Todesfuge

  Fugue de mort     Lait noir de l’aube nous le buvons le soir nous le buvons midi et matin nous le buvons la nuit nous buvons nous buvons nous creusons une tombe dans les airs on n’y est pas couché à l’étroit Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit il écrit quand vient le sombre crépuscule en Allemagne tes cheveux d’or Margarete il écrit cela et va à sa porte et les étoiles fulminent il siffle ses dogues il siffle pour appeler ses Juifs et fait creuser une tombe dans la terre il... [Lire la suite]
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29 novembre 2014

Gérard Le Gouic (1936 - ) : « Quand ma chienne me regarde… »

      Quand ma chienne me regarde ses yeux se posent en vérité  dans mon dos sur le vaisselier ou sur la ligne des arbres par la fenêtre ouverte. Elle me regarde comme à travers une porte en perles et c’est l’au-delà qu’elle voit et par moments qui l’inquiète.     Autoportraits en noir et bleu, in Revue « Poésie présente. Cahiers trimestriels de Poésie. XXIII ». Editions Rougerie, 1977   Du même auteur : Troisième île (29/11/2015) Cairn de Barnenez (29/11/2016)... [Lire la suite]
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28 novembre 2014

Wolfdietrich Schnurre (1920 - 1989): Adoration / Anbetung

Adoration   Je ne suis pas un roi ; ma bicyclette est posée contre cette étable et tout ce que j’apporte,  c’est l’angoisse : tu vas fuir à présent.   L’âne a déjà fini de plonger son museau tendre, qu’orne un anneau, dans l’orge dorée, bientôt plus pâle aussi sera la blancheur des colombes, et le matin donne l’alerte.   Marie se mire dans une boîte de conserve vide, dont le rond déforme son image ; sa bouche s’exerce à sourire, elle veut s’endurcir.     Le briquet que... [Lire la suite]
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27 novembre 2014

Djalal ad-Dīn Muhammad Rūmī (جلال‌الدین محمد رومی / (1273 - 1207 : Parabole de l’éléphant

  Parabole de l’éléphant   ----------------------- L’œil de la mer est une chose, l’écume en est une autre ; délaisse l’écume et regarde avec l’œil de la mer.   Jour et nuit, provenant de la mer, se meuvent les flocons d’écume ; tu vois l’écume non la mer. Que c’est étrange !   Nous nous heurtons les uns contre les autres comme des barques ; nos yeux sont aveuglés ; l’eau est pourtant claire.   O toi qui t’es endormi dans le bateau du corps, tu as vu l’eau ;... [Lire la suite]
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26 novembre 2014

Jean Mambrino (1923 – 2012) : Le

  Le   Le vent coule si paisible sur le sommeil de la prairie que les herbes semblent inventer la brise en rêve.   Et les nuages passent sans bouger tellement ils sont haut et loin de nos pensées.   Et les pensées se perdent dans le bleu d’un autre ciel.   Alors respire le rien.   « Ainsi ruse le mystère. Poèmes. »  Editions José Corti, 1983   Du même auteur : «  La neige dessine le silence… » (26/11/2015 L’aube (26/11/2016) Le point du... [Lire la suite]
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25 novembre 2014

Evguéni Mikhaïlovitch Vinokourov / Евгений Михайлович Винокуров (1925 - 1993) : Avec mes yeux // моими глазами

Avec mes yeux   Je mourrai tout entier. Pour de vrai une fois pour toutes. Je mourrai dans le plein sens du terme. Je ne me changerai pas en herbe, en fleurs, en scarabée. Il ne restera rien de moi. Je ne participerai pas au cycle de la nature. A quoi bon se flatter ? – Le squelette qui restera après moi, ce n’est pas moi. Les poètes mentent. Il faut être impitoyable. « Rien » - Voilà ce qui reposera sous un petit tertre au cimetière.   Tu viendras, t’appuyant sur ton parapluie, Tu resteras... [Lire la suite]
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24 novembre 2014

Rabindranath Tagore / রবীন্দ্রনাথ ঠাকুর (1861 – 1941) : « Le même fleuve de vie… »

  Le même fleuve de vie qui court à travers mes veines nuit et jour court à travers      le monde  et danse en pulsations rythmées. C’est cette même vie qui pousse à travers la poudre de la terre sa joie en innombrables brind’herbes, et éclate en fougueuse vagues de feuilles et de fleurs. C’est cette même vie que balancent flux et reflux dans l’océan-berceau de la naissance      et de la Mort. Je sens mes membres glorifiés au toucher de cette vie universelle. Et je... [Lire la suite]
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23 novembre 2014

Rainer – Maria Rilke (1875 – 1926) : Naissance de Vénus / Geburt der Venus

Naissance de Vénus   Ce matin-là après la nuit qui s’en fut timide, remplies d’appels, d’alarmes, de tumultes, - toute mer poussant un cri encore une fois se fendit. Et tandis que le cri se refermait lentement, que du ciel blême commencement et jour tombaient dans l’abîme muet des poissons – : naquit la mer.   La chevelure d’écume de la vaste matrice brillait dans les premiers rayons du soleil. A la lisière se dressa blanche, humide et troublée la jeune fille. Telle une jeune feuille qui tremble s’étire et... [Lire la suite]
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