12 juin 2015

Wistawa Szymborska (1923 – 2012) : Haine / Nienawiść

  Haine   Voyez combien elle reste efficace, combien elle se porte bien en notre siècle, la haine. Avec quel naturel elle prend les plus hauts obstacles. Combien il lui est facile : sauter, saisir.   Elle n’est pas comme les autres sentiments. Leur aînée, et pourtant leur cadette. Elle sait engendrer toute seule ce qu’il lui faut pour vivre. Si elle dort, ce n’est pas d’un sommeil éternel. L’insomnie ne lui ôte pas ses forces, au contraire.   Peu lui chaut, religion ou pas, pourvu qu’on soit... [Lire la suite]
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11 juin 2015

Stéphane Mallarmé (1842 – 1898) : Brise marine

  Brise marine   La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres D’être parmi l’écume inconnue et les cieux ! Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe Sur le vide papier que la blancheur défend Et ni la jeune femme allaitant son enfant. Je partirai ! Steamer balançant ta mâture, Lève l’ancre pour une exotique nature !   Un Ennui, désolé par les... [Lire la suite]
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10 juin 2015

David Herbert Lawrence (1885 – 1930) : La nef de mort / The ship of death

    La Nef de mort   I   Or c’est l'automne et la tombée des fruits et le long voyage vers l'oubli. --------------------------- II Avez-vous construit votre navire de la mort, ah, l’avez-vous fait ? Ah, construisez votre nef de mort, vous en aurez besoin.   Le gel cruel approche, et vont tomber les pommes dru, à bruit de tonnerre, sur la terre durcie.   Et la mort est dans l'air comme une odeur de cendre! Ne la sentez-vous pas?   Et dans le corps meurtri, l'âme s’effraie,... [Lire la suite]
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09 juin 2015

Maurice Maeterlinck (1862-1949) : « Et s’il revenait un jour… »

  S’il revenait un jour        Que faut-il lui dire ? – Dites-lui qu’on l’attendit        Jusqu’à s’en mourir... Et s’il m’interroge encore        Sans me reconnaître ? – Parlez-lui comme une sœur,        Il souffre peut-être... Et s’il demande où vous êtes        Que faut-il répondre ? – Donnez-lui mon anneau d’or ... [Lire la suite]
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08 juin 2015

Ilarie Voronca (1903-1946) : Mon peuple fantôme

  Mon peuple fantôme A J. Déesse   Entre mer et terre. Entre pierres et ciel. Avec le pain jaune de la route. Avec le vin rouillé de la forêt Voilà mon ouvrage accompli. Et les outils de travail Sont devenus des instruments de musique.   C’est ainsi Qu’à travers la flamme de la mémoire les objets se changent en      paroles. Sur le promontoire, ici, dernier vestige de l’homme. Rencontre. Le vent jette dans l’écume ses épées d’eaux Solitude coupée géométriquement par les... [Lire la suite]
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07 juin 2015

Jean-Philippe Salabreuil (1940 -1969) : Adieu

  Adieu   On dit que je m’amuse Et que bien sûr je fais exprès De hâler cette râpe de pierre au plus près De mon cœur léger d’érable qui s’use   Mais je suis parmi vous Devant l’établi sous la neige Les uns se sont assis d’autres mis à genoux Et maintenant de mes mains que ferai-je ?   Je ne suis pas venu Pour vous maudire ou vous comprendre Un matin j’ai quitté mon lit dans le ciel nu J’ai roulé dans votre printemps très tendre   Il y a si longtemps Que je mûris pêche pourrie Dans... [Lire la suite]
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06 juin 2015

Francis Ponge (1899 – 1988) : Le cageot

  Le cageot        A mi-chemin de la cage au cachot la langue française  a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.      Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins longtemps que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme.      A tous les coins de rues qui aboutissent aux... [Lire la suite]
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05 juin 2015

Armand Robin (1912 - 1961) : Sans Pays

  Sans pays        Me chassant de pays en pays, j’ai cherché dans toute terre des complices pour m’aider durement à m’exiler ; hôte sauvagement ingrat, j’ai prié les vents qui m’accueillaient de me porter vers des orages où me sentir flottant et menacé.                                         Je serai... [Lire la suite]
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04 juin 2015

Jacques Prével (1915-1951) : « Ce que je peux dire… »

  Ce que je peux dire C’est que j’ai vécu sans rien comprendre C’est que j’ai vécu sans rien chercher Et ce qui m’a poussé jusqu’à l’extrême mesure Jusqu’à l’extrême dénuement C’est en moi je ne sais quelle force Comme un rire qui transparaîtrait dans un visage tourmenté Quand on a vu toutes les choses se perdre et mourir Et quand on est mort comme elles de les avoir aimées Le vent les feuilles la pluie le froid et l’amour qui leur donnait      une mémoire Je ne pourrai plus jamais sans doute me... [Lire la suite]
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03 juin 2015

Yves Bonnefoy (1923 -2016 ) : Théâtre

Théâtre   I Je te voyais courir sur des terrasses, Je te voyais lutter contre le vent, Le froid saignait sur tes lèvres.   Et je t’ai vue te rompre et jouir d’être morte ô plus belle Que la foudre, quand elle tache les vitres blanches de ton      sang.   II    L’été vieillissant te gerçait d’un plaisir monotone, nous méprisions l’ivresse imparfaite de vivre,      « Plutôt le lierre, disais-tu, l’attachement du lierre aux pierres de sa nuit :... [Lire la suite]
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