27 octobre 2014

Nicolás Guillén (1901 - 1990) : West Indies Ltd

  West Indies Ltd   -------------------- IV La faim s’avance sous les arcades remplies de têtes jaunes et de corps de fantômes ; elle séjourne sur les chaises des squares municipaux ou elle grouille en plein soleil, en pleine lune, cherchant l’alcool problématique qui aveugle et fait oublier, mais que ne vend nulle taverne. Faim des Antilles, douleur des Indes Occidentales ingénues !   Nuits que hantent les prostituées bars ou s’entassent les marins ; ô carrefour de cent chemins ... [Lire la suite]
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26 octobre 2014

Moncho Azuaga (1952 - ) : Ce chant / Este canto

Ce Chant   Ce chant-là, monsieur, a les ongles sales de tant chercher les mots dans la terre, et la bouche presque édentée et il mort, monsieur, les vers dont rêvent dans leurs baisers les prostituées à minuit. --------------- Ce chant-là, monsieur, a le cœur rouge de l’impuissance, mais ne se tait pas : même défectueuse la langue crie dans les paroles impures, le mot inexact, chargé de sueur et l’humiliation intacte.   La langue crie, monsieur, au beau milieu de la terre âpre et silencieuse, ... [Lire la suite]
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25 octobre 2014

John Montague (1925 - ) : Mer vineuse / Wine dark sea

    Mer vineuse   Car il n’y a pas de mer tout cela n’est qu’un rêve il n’y a pas de mer sauf dans le fatras de notre tête : la mer vineuse de l’histoire où nous tournons tournons, nous débattons        et disparaissons.   Traduit de l’anglais par le collectif de traduction poétique du Groupe d’études et de recherches britanniques. Université de Bordeaux III in John Montagues : “ Amours, marées (The tides of love)”, William Blake and Co, 1988 ... [Lire la suite]
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24 octobre 2014

Antonio José Da Silva (1705 – 1739) : Le mort vivant

Le mort vivant   Je suis, ô Taramelle, un vivant mort, Car pour toi je m’imagine mort et vivant, Mais ne croit pas que je vis parce que je suis vivant, Puisque, bien que vivant, je suis mort.   Dans la fosse de ton dédain, tu m’enterres mort, Par un signe de ta faveur, tu me ranimes vivant. Si tu me caresses, je m’éveille comme un vivant, Si tu me repousses, je me refroidis comme un mort.   Dans ce combat, tantôt mort, tantôt vivant, Dans la vie, par une faveur, tu me ranimes mort, Dans la mort, par un... [Lire la suite]
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23 octobre 2014

Jean – Pierre Verheggen (1942 - ) : Monsieur Panurge

    Monsieur Panurge   Pourtant ça pas n’urge ! ça pas n’urge ! Rien ne presse ! Y compris dans le monde scientifique où – c’est d’un triste ! – çà panique de moins en moins lubrique ! Tous les moutons de la Révolution génétique vous le diront ! Le bélier reproducteur n’a-t-il pas vu ses boules réduites au rang de simple boulier compteur et l’agneau se retirer de l’agnelle au profit de la gnôle du vétérinaire qui le fait ressembler trait pour... [Lire la suite]
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22 octobre 2014

Richard Rognet (1942 - ) : « Tu t’assieds avec moi… »

1 Tu t’assieds avec moi sur un banc de la gare, muets nous regardons les montagnes où le soir glisse et choisit de venir à nous comme une onde légère, nous prononçons en nous, seulement en nous, les mots qu’il faudrait dire et qui nous font vivre, même si nous savons qu’ils creusent encore plus fort l’absence qui prends corps entre nous, tandis que résonne dans la bousculade des ferrailles remuées la voix précise des ouvriers qui chargent bennes et camions, et qui de temps en temps, pour s’amuser, chahutent,... [Lire la suite]
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21 octobre 2014

Werner Lambersy (1941 - ) : « Le chant s’était tu… »

  Le chant s’était tu Ou quelque chose dans le chant On ne sait pas Quelque chose Qui n’avait plus sa place Et faisait du silence Une paupière sur une absence d’œil   C’était sans importance Pour le commerce ou les rapports De forces C’était sans importance Dites-vous bien qu’on pouvait S’en passer : la parole sans miracle Avait encore de beaux jours   Sauf chez quelques-uns peut-être Pour qui les mots Restaient insupportablement vides Et l’âme La partie la plus fine du corps Comme un... [Lire la suite]
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20 octobre 2014

Jean – Claude Pirotte (1939 – 2014) : « Je ne vais pas bien loin… »

Je ne vais pas bien loin je retourne à mes ombres que les miroirs du Nord blessent et défigurent nous avons éprouvé la menace des rues nous nous sommes tapis au bas des encoignures mais nous n’avons pas dit le mot qu’il fallait taire nous ignorons à quel miracle nous devons cette grâce de survivre soudain venue quelle honte nous empêchait quelle pudeur nous le savons mais nous refusons d’avouer qu’en nous s’obstine le bonheur à creuser comme l’ergate forgeron l’énigme de l’aubier.   La Boîte à musique, Editions La... [Lire la suite]
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17 octobre 2014

Jacques Lovichi (1937 - 2018 ) : La sourde oreille

  La sourde oreille 1. ne pas rêver sa vie ne pas dormir debout comme une sentinelle fautive ne pas prendre surtout les vessies du désir pour les lanternes  de l’amour et rire rire comme égorgé pour faire taire enfin le ressac de ton sang   2.un géranium sur ce balcon il faut en écraser les feuilles pour mieux s’enivrer vers le soir de son parfum d’oubli   3. vient l'ombre et tu es là fontaine de ma chair de tes sept plaies sécoule le plus pur de ton chant jusqu'à tarir l'azur de ses... [Lire la suite]
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15 octobre 2014

Henri Meschonnic (1932 – 2009) : « et je m'écoute… »

et je m'écoute mot par mot de plus en plus bas pour aller de plus en plus loin silence en mettant de plus en plus de silence mot après mot parce que plus il y a de silence dans un mot plus il  va loin sous le bruit des langues ces mots-là on les retrouve des années silence après tant qu'on ne sait plus même d'où ils viennent qui ils nous apportent pourtant c'est là que nos mains retrouvent le temps en nous in Jean Orizet « La poésie française contemporaine », Le Cherche-Midi éditeur, 2004
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