24 août 2016

Jean Genet (1910 – 1986) : Un chant d’amour

  Un chant d’amour   à LUCIEN Sénemaud     BERGER descends du ciel où dorment tes brebis ! Au duvet d’un berger bel Hiver je te livre) Sous mon haleine encore si ton sexe est de givre Aurore le défait de ce fragile habit. Est-il question d’aimer au lever du soleil ? Leurs chants dorment encore dans le gosier des pâtres. Écartons nos rideaux sur ce décor de marbre ; Ton visage ahuri saupoudré de sommeil.   Ô ta grâce m’accable et je tourne de l’œil Beau navire habillé pour la... [Lire la suite]
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23 août 2016

Luc Bérimont (1915-1983) : Remouleur

  Remouleur   Septembre avait l’ardeur d’un chien roux dans les vignes Une flamme tremblait au bord de la maison Maintenant, c’est le vent qui dévale les combes Les arbres calcinés qui rongent les gazons.   La pluie pieds nus, la pluie rôdeuse d’avant l’aube Marche sur les hangars et les troupeaux transis, La fenêtre capture un vol d’oiseaux sauvages Qui rament des forêts de bronze dans l’air gris.   Il ne restera rien que le pain, que la neige Que le Layon gelé dans le bas du coteau ; Le ciel des... [Lire la suite]
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22 août 2016

José – Maria de Heredia ( 1842 – 1905) : La sieste

  La sieste     Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude, Tout dort sous les grands bois accablés de soleil Où le feuillage épais tamise un jour pareil Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.   Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil, De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.   Vers la gaze de feu que trament les rayons, Vole le frêle essaim des riches... [Lire la suite]
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16 août 2016

Charles Cros (1842-1888) : Matin

  Matin   Voici le matin bleu. Ma rose et blonde amie Lasse d'amour, sous mes baisers, s'est endormie. Voici le matin bleu qui vient sur l'oreiller Éteindre les lueurs oranges du foyer.   L'insoucieuse dort. La fatigue a fait taire Le babil de cristal, les soupirs de panthère, Les voraces baisers et les rires perlés. Et l'or capricieux des cheveux déroulés   Fait un cadre ondoyant à la tête qui penche. Nue et fière de ses contours, la gorge blanche Où, sur les deux sommets, fleurit le sang... [Lire la suite]
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15 août 2016

André Hardellet (1913-1974) : Le voyeur

    Le voyeur        Le voyeur a trente-quatre ou soixante-douze ans, il est vêtu misérablement ou avec recherche, mais, toujours, son attitude provoque la méfiance ; il ressemble à un homme égaré en plein midi au milieu de la ville. Malgré son nom, les divertissements érotiques d’autrui ne l’ontjamais attiré outre mesure : il recherche de plus déroutants spectacles.        Vous l’apercevrez comme frappé de stupeur devant une porte cochère, un arbre,... [Lire la suite]
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14 août 2016

Pierre-Jean Jouve (1887- 1976) : Adieu

      I Noir. Noir. Sentiment noir.   Frappe image noire un coup retentissant sur le gong du lointain Pour l'entrée à l'épaisseur bien obscure de ce coeur L'épaisse cérémonie à la longue plaine noire De l'intérieur et de l'adieu, de minuit et du départ ! Frappe, comme un gong noir à la porte d'enfer ! Un aigre vent soulève les roseaux des sables Confond les monts Sous les nuées de mauvais temps de la mémoire Fait retomber la vague en éclatante blancheur dans le néant. C'est la journée épaisse... [Lire la suite]
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13 août 2016

Ronny Someck (1951 -) / רוני סומק Bloody Mary

  Bloody Mary   Et la poésie est une fille à gangsters sur le siège arrière d’une voiture américaine. Ses yeux sont appuyés comme une gâchette et le révolver de      ses cheveux tire les balles platinées qui dévalent jusqu’à sa gorge. Mettons qu’elle s’appelle Mary, Bloody Mary et les mots se pressent hors de sa bouche comme le jus du      ventre de la tomate qu’on a auparavant drôlement arrangée sur l’assiette à salade. Elle sait que la grammaire est la police de la... [Lire la suite]
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12 août 2016

Michel Butor (1926 - 2016) : Le tombeau d’Arthur Rimbaud

  Le tombeau d’Arthur Rimbaud   Qui suis-je moi qui suis sorti de la tombe où je t’attendais moins une jambe que je n’ai pas réussi à remplacer avant de repartir là-bas comme je l’aurais tant voulu comme j’attendais dans ma chambre mère un baiser qui ne venait que rarement et si furtif que mes larmes se remplissaient d’insultes que je ravalais dans l’ambiguïté de mes flammes D’où suis-je venu trébuchant car c’était un tout autre enfer que celui d’où j’ai réchappé que j’avais cherché provoqué où... [Lire la suite]
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11 août 2016

Pierre Minet (1909 – 1975) : Lettre

Lettre          Un petit pastel de mon âme, s’il vous plaît ?      Pourquoi cherchez-vous encore où se trouvent les béatitudes ? Le temps est au soleil, peut-être y arriverez-vous plus facilement.      Je suis devenu un petit taureau pensif – je recule devant mille obstacles avec des bonds craintifs. Un petit taureau poétique, ah !ah !      J’aperçois de grands disques blancs que l’on précipite soudain dans un... [Lire la suite]
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10 août 2016

Flavien Rainavo (1914 - 1999) : Epithalame

    Epithalame   Un petit mot, Monsieur, un petit conseil, Madame. Je ne suis pas celui-qui-vient souvent comme une cuiller de faible capacité, ni celui-qui-parle-à-longueur de journée comme un mauvais ruisseau à travers la rocaille, je suis celui-qui-parle-par-amour-pour-son-prochain. Je ne suis point la pirogue-effilée-qui-dérive-sur-l’eau-tranquille, ni la citrouille-qui-se-trace-un-dessin-sur-le-ventre, et si je ne suis à même de fabriquer une grande soubique (1), je suis toutefois capable d’en... [Lire la suite]
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