26 mars 2016

Marcel Moreau (1933 -) : « Un livre devrait s’ouvrir… »

  Un livre devrait s’ouvrir comme le corps d’une femme qui n’en peut plus d’attendre l’envahissement promis. J’écris, donc j’écris en sorte que le corps du désir de mots n’en puisse plus d’attendre son envahissement par un sens, au point d’en précipiter, à tout prix la survenue. Il y a urgence. J‘écris et, pour le coup, l’intra-utérin est mon royaume, l’ovulation en moins. Je ne veux plus faire d’enfants, sauf à cette sensation, matricielle en toutes et en même temps terriblement lascive, qu’écrire ne vaut que par la... [Lire la suite]
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25 mars 2016

Zbiniew Chojnowski (1962 - ) : « Nous marchions dans le souffle du printemps… »

  Nous marchions dans le souffle du printemps ourdi de graminées tout proches, des boutons d’or éclataient un à un, dessinaient des rubans dorés. De l’hirondelle qui fendait l’air tombait douce la pluie. Sur le chemin de traverse, entre les deux villages de Boze et de Palestyna, le Ciel et la Terre s’écartaient, la lumière devenait diaphane, et nul d’entre nous, dans ces frémissements, ne demeurait en son Tout.   Cztery strony domu, 1996.   Traduit du polonais par Frédérique Laurent In, « Terra... [Lire la suite]
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24 mars 2016

Pierre Dalle Nogare (1934 -1984) : Explorés du feu

    Explorés du feu   I En Toi étroite Me déserte : A tes sources Mon corps Eveille ta réponse. Au plus haut De nous Je comble à te veiller Pour te lire Sur mon visage. Tu influes ta parole Dans mon sang   Et dur sur ta peau J’écoute Tes mains me parler.   II Entré dans tes gisements Je parle Le Feu qui nous révèle Et sacre Notre souffle. J’apprends sur tes lèvres A toucher la Nuit Et dormir la clarté. Je dis En Toi le Dehors Où s’inscrit la fusion Et nous comblés ... [Lire la suite]
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23 mars 2016

Bohuslav Reynek (1892 – 1971) : Feuilleter

  Feuilleter   Il est doux de feuilleter le psautier des nuits sans sommeil, de chercher à découvrir, dans l’ombre, une lumineuse lettrine de paix.   Est-ce la lune avec les étoiles, un oméga, le liseré brûlant d’un nuage, au-dessus de nous une branche enneigée, le brouillard au-dessus d’un champ   où s’éveille par vagues sans bruit l’alpha des sentiers, lettrine épanouie, souvenir des gels d’hier.   Traduit du tchèque par Petr Král in, "Anthologie de la poésie tchèque contemporaine, 1945... [Lire la suite]
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22 mars 2016

Dylan Thomas (1914- 1953) : La colline aux fougères / Fern Hill

  La colline aux fougères    Alors j’allais jeune et souple sous les branches des pommiers Près de la maison berçante et heureux comme l’herbe est verte,           La nuit au-dessus la vallée étoilée,                Le temps me laissait clamer et gravir                 Doré dans les beaux jours de ses yeux, Et honoré parmi les... [Lire la suite]
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21 mars 2016

Clément Marot (1496-1544) : « Plus ne suis… »

    Plus ne suis ce que j'ai été, Et ne le saurais jamais être ; Mon beau printemps et mon été Ont fait le saut par la fenêtre : Amour, tu as été mon maître : Je t'ai servi sur tous les dieux.  Ah si je pouvais deux fois naître, Comment je te servirais mieux !    Plus ne suis ce que j’ay esté, Et ne le sçaurois jamais estre. Mon beau printemps, et mon esté, Ont faict le sault par la fenestre. Amour, tu as esté mon maistre, Je t’ay servy sur tous les dieux. O, si... [Lire la suite]
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20 mars 2016

Charles d’Orléans (1394 -1465) : « Ma seule amour… »

  Ma seule amour...    Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, Puisqu'il me fault loing de vous demorer, Je n'ay plus riens, à me reconforter, Qu'un souvenir pour retenir lyesse.   En allegant, par Espoir, ma destresse, Me convendra le temps ainsi passer, Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, Puisqu'il me fault loing de vous demorer.  Car mon las cueur, bien garny de tristesse, S'en est voulu avecques vous aler, Ne je ne puis jamais le recouvrer, Jusques verray vostre belle... [Lire la suite]
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19 mars 2016

Khalil Hâwi (1919-1982) / خليل حاوي : L'age de glace

  L’âge de glace   Quand à  l’âge de glace, Les veines de la terre sont mortes, Ainsi en nous nos veines sont mortes. Chair séchée, nos jambes et nos bras se sont figés. Nous tentions en vain d’arrêter le vent Et la nuit maussade, En vain, de piéger le frisson Qui en nous s’étirait, Le frisson de la très sûre mort Glissée aux cellules des os, au secret des cellules, Et dans l’haleine du soleil, et de la lumière des miroirs, Dans le grincement des portes, et les caves à provisions, Dans le vin, et... [Lire la suite]
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18 mars 2016

Francis Jammes (1868 -1938) : « J’allais dans le verger… »

  J’allais dans le verger où les framboises au soleil chantent sous l’azur à cause des mouches à miel. C’est d’un âge très jeune que je vous parle. Près des montagnes je suis né, près des montagnes. Et je sens bien maintenant que dans mon âme il y a de la neige, des torrents couleur de givre et de grands pics cassés où il y a des oiseaux de proie qui planent dans un air qui rend ivre, dans un vent qui fouette les neiges et les eaux.    Oui, je sens bien que je suis comme les montagnes. Ma... [Lire la suite]
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17 mars 2016

Bernard Moreau (1962 - ) : Un filet d’eau

  A quelle source faut-il aller chercher cela qui vient sur la paume mouiller, annoncer l’averse crépitant sur le sol de poussière. L’été craque comme un bateau que fatigue le dernier  voyage mais voilà, fraîche, l’eau que la main n’enfermera pas : elle s’évade pour le chemin de la roche. Jamais personne ne connaît le passage. Et c’est plus bas, là, au creux improvisé des collines que chante pour qui approche, ce peu qui brille, cristal, qu’à peine né,  le temps déjà enfouit en ... [Lire la suite]
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