18 janvier 2014

René - Guy Cadou (1920 - 1951) : "La nuit! la nuit surtout..."

La nuit ! La nuit surtout je ne rêve pas je vois  J'entends je marche au bord du trou J'entends gronder Ce sont les pierres qui se détachent des années La nuit nul ne prend garde C'est tout un pan de l'avenir qui se lézarde Et rien ne vivra plus en moi Comme un moulin qui tourne à vide L'éternité De grandes belles filles qui ne sont pas nées Se donneront pour rien dans les bois Des hommes que je ne connaîtrai jamais Battront les cartes sous la lampe un soir de gel Qu'est-ce que j'aurai gagné à être éternel?  ... [Lire la suite]
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17 janvier 2014

André Breton (1896 - 1966) : Union Libre

  Union libre Ma femme à la chevelure de feu de bois Aux pensées d’éclairs de chaleur A la taille de sablier Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquets d’étoiles de dernière grandeur Aux dents d’empreinte de souris blanche sur la terre blanche A la langue d’ambre et de verre frottés Ma femme à la langue d’hostie poignardée A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux A la langue de pierre incroyable Ma femme aux cils de bâton d’écriture d’enfant Aux... [Lire la suite]
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16 janvier 2014

Philippe Soupault (1897 - 1990) : Georgia

  Je ne dors pas Georgia Je lance des flèches dans la nuit Georgia j'attends Georgia Le feu est comme la neige Georgia La nuit est ma voisine Georgia J'écoute les bruits tous sans exception Georgia je vois la fumée qui monte et qui fuit Georgia je marche à pas de loup dans l'ombre Georgia je cours voici la rue les faubourgs Georgia Voici une ville qui est la même et que je ne connais pas Georgia je me hâte voici le vent Georgia et le froid et le silence et la peur Georgia je fuis Georgia je cours Georgia Les... [Lire la suite]
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15 janvier 2014

Bonaventure de Fourcroy (1610-1691) : L'homme libre

Je me ris des honneurs que tout le monde envie,  Je méprise des grands le plus charmant accueil,  J'évite les palais comme on fait un écueil  Où pour peu de sauvés mille ont perdu la vie. Je fuis la cour des rois autant qu'elle est suivie,  Le Louvre me paraît un funeste cercueil,  La pompe qui le suit, une pompe de deuil  Où chacun va pleurant sa liberté ravie. Loin de ce grand écueil, loin de ce grand tombeau,  En moi-même, je trouve un empire plus beau ;  Rois, cour, honneurs,... [Lire la suite]
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09 janvier 2014

Paol Keineg (1944 - ) : Hommes liges des talus en transe

    Il pleut sur les coqs de bruyère Il pleut sur les constellations de bouleaux blancs Il pleut sur les charrues matinales barbouillées de terre glaise Il pleut sur le pain chaud au sortir des fours visités d'un gros feu tranquille Il pleut sur le poitrail des chevaux rubiconds Il pleut à verse sur la pelouse des toits lacustres baignés de merles et de bouvreuils Il pleut sur les femmes obstinées à emplir les églises par l'entonnoir des porches Il pleut sur les planchers d'aiguilles de sapin sur l'escalier des... [Lire la suite]
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07 janvier 2014

Kazimierz Brakoniecki (1952 - ) : Dithyrambe

    Dithyrambe   1  Salut à vous les sandales de ma mère posées près de la table de nuit à  vous et vos lanières beiges vos boucles gris-bleu usées par devant à vos talons croulant de faiblesse dans la nudité et la fièvre du petit matin    Salut à vous les meubles à toi le large bois de lit en chêne charrié de Barczewo à Olszyn de rue en rue à toi l'armoire toute rayée qui es toujours en vie et supportes les valises d'Australie du Canada de Varsovie de Vilnius et à toi le sofa où ma... [Lire la suite]
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06 janvier 2014

Patrice de La Tour du Pin (1911 - 1975) : Enfants de septembre

    Enfants de septembre                                    à Jules Supervielle.   Les bois étaient tout recouverts de brumes basses, Déserts, gonflés de pluie et silencieux ; Longtemps avait soufflé ce vent du Nord où passent Les Enfants Sauvages, fuyant vers d'autres cieux, Par grands voiliers, le soir, et très haut dans l'espace   J'avais senti siffler leurs ailes dans la nuit, Lorsqu'ils avaient baissé pour... [Lire la suite]
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05 janvier 2014

Louise Labé (1526 - 1566) : " Baise m'encor"

    Baise m'encor, rebaise-moi et baise ; Donne m'en un de tes plus savoureux, Donne m'en un de tes plus amoureux : Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise. Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j'apaise, En t'en donnant dix autres doucereux. Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux, Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise. Lors double vie à chacun en suivra. Chacun en soi et son ami vivra. Permets m'Amour penser quelque folie : Toujours suis mal, vivant discrètement, Et ne me puis donner contentement ... [Lire la suite]
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04 janvier 2014

Boris Vian (1920- 1959) : Je voudrais pas crever

      Je voudrais pas crever Avant d'avoir connu Les chiens noirs du Mexique Qui dorment sans rêver Les singes à cul nu Dévoreurs de tropiques Les araignées d'argent Au nid truffé de bulles Je voudrais pas crever Sans savoir si la lune Sous son faux air de thune A un coté pointu Si le soleil est froid Si les quatre saisons Ne sont vraiment que quatre Sans avoir essayé De porter une robe Sur les grands boulevards Sans avoir regardé Dans un regard d'égout Sans avoir mis mon zobe Dans des... [Lire la suite]
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03 janvier 2014

Saint - John Perse (1887 - 1975) : "Telle est l'Instance extrême où le Poète a témoigné...."

    Telle est l'Instance extrême où le Poète a témoigné. En ce point extrême de l'attente, que nul ne songe à regagner les chambres. "Enchantement du jour à sa naissance... Le vin nouveau n'est pas plus vrai, le lin nouveau n'est pas plus frais. "Quel est ce goût d'airelle, sur ma lèvre d'étranger qui m'est chose nouvelle et m'est chose étrangère?... "A moins qu'il ne se hâte, en perdra trace mon poème... Et vous aviez si peu de temps pour naître à cet instant… "    (Ainsi quand... [Lire la suite]
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