15 février 2016

Georges Drano (1936 -) : « Quand j’en serai au bout de mon sillon… »

  Quand j’en serai au bout de mon sillon Et que j’aurai atteint ces hautes terres Où tournent les oiseaux Quand j’aurai mené à bien ma récolte Et que j’écouterai le soir grandir Les beaux orages des greniers Quand je saurai qu’on ne doit pas mesurer Son champ à l’étendue de son regard Et son rêve à la largeur de sa main Alors je serai de ceux qui marchent dans les prés Avant midi en se taisant M’arrêtant parfois sous un arbre Comme un homme qui va crier Sachant que le tracé de la lame sur le bois Suffit à blesser... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 10:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

14 février 2016

Friedrich Hölderlin (1770 – 1843) : Ainsi Ménon pleurait Diotima / Menons Klagen um diotima

      Ainsi Ménon pleurait Diotima I Chaque jour je m’en vais sous le ciel et je cherche en vain un changement. Je leur ai depuis longtemps tout demandé, aux sentiers de la campagne ; les collines là-haut où souffle la fraîcheur, j’erre de l’une à l’autre, et de    l’ombre à la source. Et mon âme, des sommets aux vallées, implore le repos. Ainsi la bête blessée fuit aux forêts où jadis à midi elle reposait nonchalamment à l’ombre, mais son gîte de verdure ne rendra pas la paix à son... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 08:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
13 février 2016

Wojciech Marek Darski (1958 - ) : Gizycko – Arrivée 5.40

Gizycko – Arrivée 5.40   Il fait presque jour. On peut déjà voir des marques sculptées dans le givre, sur les vitres. Elles se dévoilent, et l’air gelé est cinglant pour les yeux, en chassant les rêves. Elles jappent tristement. Dans l’abandon. Derrière le virage, le pont étend ses bras. La gare qui s’éveille halète en se tournant de l’autre côté. Il y a des rues qui courent en formant une étoile. La neige grince comme une porte restée longtemps fermée, et les bordures prennent des formes sous les pas. Il y a de... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 09:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
12 février 2016

Hugo von Hofmannsthal (1874 – 1929) : Tercets sur la mortalité / Terzinen über vergänglichkeit

    I Je sens encore son souffle sur mes joues : Comment peut-il se faire que ces proches journées Soient enfuies, à jamais, entièrement passées ?   C’est une chose que personne ne médite Pleinement, bien trop cruelle pour qu’on se plaigne : Que tout s’écoule et glisse et disparaît.   Et que mon propre Moi ait glissé, sans nul frein, De moi-même depuis la prime enfance Comme un chien inconnu et muet, inquiétant,   Et puis : qu’il y a cent ans, j’aie déjà été, Et que mes... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 09:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
11 février 2016

Abd-al-Wahab Al-Bayati (1926 - 1999) / عبد الوهاب البياتي : Amants en exil

  Amants en exil   (…) Là-bas dans les vases périssent les fleurs Et le soleil embrasse les maisons. Et la chanson des enfants Poursuit la ronde ancienne Et les vendeurs ambulants Et les cœurs insouciants Marchandent toujours Les restes de ce petit aigle qui s’appelle « conscience » Et ces gens-là et toi et moi Telle la chèvre lépreuse qu’évite le troupeau Nous sommes sans printemps Sans printemps ni maison Du coucher du soleil à son lever Et du lever au coucher Nous restons à attendre ce qui... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 09:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
10 février 2016

Charles Bukowski (1920 – 1994) : L’écrasement / The crunch

  L’écrasement    trop grand trop petit   trop gros trop maigre ou rien du tout.   rires ou larmes   haineux amoureux   des inconnus avec des gueules passées à la limaille de plomb   des soudards qui parcourent des rues en ruines qui agitent des bouteilles et qui, baïonnettes au canon, violent des vierges   ou un vieux type dans une pièce misérable avec une photographie de M. Monroe.   il y a dans ce monde une solitude si grande que vous pouvez la... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 08:33 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

09 février 2016

Pernette Du Guillet (1520 - 1545) : « Quand vous voyez, que l'étincelle … »

    Quand vous voyez, que l'étincelle  Du chaste Amour sous mon aisselle Vient tous les jours à s'allumer,  Ne me devez-vous bien aimer ?   Quand vous me voyez toujours celle, Qui pour vous souffre, et son mal cèle,  Me laissant par lui consumer,  Ne me devez-vous bien aimer ?   Quand vous voyez, que pour moins belle  Je ne prends contre vous querelle,  Mais pour mien vous veux réclamer,  Ne me devez-vous bien aimer ?   Quand pour quelque autre amour... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 09:42 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
08 février 2016

Pierre Morhange (1901 – 1972) : Le Dimanche

  Le Dimanche    Je haïssais toujours le dimanche comme un ennemi Ce jour imbécile Avec une voûte céleste Sous laquelle les hommes traînaient Se forçant à une morne fête, Ne croyant ni à dieu ni à eux-mêmes.   Je haïssais simplement le dimanche Des phonographes, des ouvriers saouls, Des lâches riches fuyant en autos, De l’odeur généreuse des frites de la patrie, Des pioupious nègres et adjudants rasés de frais, Je haïssais l’ennui que seul dans ma chambre Je lisais dans le ciel si vache quand il... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 09:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
07 février 2016

Jean-Pierre Claris de Florian (1755- 1794) : Le Voyage

  Le voyage   Partir avant le jour, à tâtons, sans voir goutte, Sans songer seulement à demander sa route ; Aller de chute en chute, et, se traînant ainsi, Faire un tiers du chemin jusqu’à près de midi ; Voir sur sa tête alors s’amasser les nuages, Dans un sable mouvant précipiter ses pas, Courir, en essuyant orages sur orages, Vers un but incertain  où l’on n’arrive pas ; Détrempé vers le soir, chercher une retraite, Arriver haletant, se coucher, s’endormir : On appelle cela naître,... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 07:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
06 février 2016

Emile Verhaeren (1855 – 1916) : Le vent

  Le vent   Sur la bruyère longue infiniment, Voici le vent cornant Novembre, Sur la bruyère, infiniment,            Voici le vent, Qui se déchire et se démembre, En souffles lourds, battant les bourgs,             Voici le vent, Le vent sauvage de Novembre.          Aux puits des fermes, Les seaux de fer et les poulies  ... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 08:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :