19 avril 2016

Jude Stéfan (1930 - ) : (Messe blanche.)

  L’amour à trois nous y nageâmes tels vagues l’une à l’autre s’enroulant moi votre gai prêtre nu que vous lustriez de vos caresses et vos rires riva- les embrassées. Car c’est le nu et le rien et l’amour saint des nues de pluies des vies et de la terre que nous priions sous l’été en triple messe des cœurs : la fugacité des nuages la fluidité de l’eau les égaler en vouant au dieu vos lèvres de sang l’agonie de vos yeux. (Messe blanche.)  Libères, Editions Gallimard, 1970 Du même auteur : ... [Lire la suite]
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18 avril 2016

Cesare Pavese (1908 -1950) : Paysage

  Paysage   Bien souvent au matin, sur la glace de l’eau une barque remonte, toute de jupons clairs. La maigre colline étendue dans la brume du soleil est encore nue et se drape de verte puberté, comme d’un voile. La barque maladroite a parfois des sursauts où l’écume blanchit.   Les filles dans l’effort entremêlent leurs bras et parlent par saccades. « Vous allez voir comment le soleil fait bronzer. » Leurs épaules sont nues dans le vent. La colline de rouille sourit dans le ciel. Les filles... [Lire la suite]
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17 avril 2016

Max Jacob (1876 – 1944) : La saltimbanque en wagon de troisième classe

  La saltimbanque en wagon de troisième classe    La saltimbanque ! La saltimbanque  a pris l’express à neuf heures trente  a pris l’express de Paris-Nantes  Prends garde garde ô saltimbanque  que le train partant ne te manque  Et voici son cœur qui chante :  oh ! sentir dans la nuit clémente  dans la nuit de l’ouest dans la nuit veuve !  Mais on ne me laissera donc pas seule  sous mon rêve avec mon saule  Gens de Saumur ! Gens de... [Lire la suite]
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16 avril 2016

Peter Huchel (1903 -1981) : Ferme Thomasset

  Ferme Thomasset   Au-dessus de la paille et du purin La lumière suintante de la lanterne. A l’anneau du mur, Cimentés par la lune, Le rude harnais des bœufs, La baguette de pin rouge, Le cuir au vireton meurtrier.   L’heure trouble, Encore avec la traite de cinq heures – La fleur desséchée du foin Frôle La tristesse des larges fronts.   Ouvre la porte. L’odeur de l’étable se mêle A l’odeur lactée des étoiles.   Sur les montagnes Le silence, Foulé par les pieds de l’aube. Et sur les... [Lire la suite]
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15 avril 2016

Philippe Camby (1952 - 2012 ) : « J’ai été sel sous la vague… »

  J’ai été sel sous la vague, épice Sur la langue, épine sur la lande Et l’ortie blanche dans les pieds. J’ai été la fourmi, le têtard et le pou, Un secret dans la pierre et la tombe, Chêne dans le bûcher, hache Et manche de chêne ou de bouleau. J’ai été jeune fille et crapaud, Esclave en fuite et marin à la fière aventure, Prêtre du dieu haï, païen assassiné Et le sorcier brûlé sur la place des Lys, Avant d’être un poète, coincé Entre l’enclume du jour et le marteau de la nuit.     Poèmes du vent... [Lire la suite]
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14 avril 2016

Roland Dubillard (1923 – 2011) : C’est arrivé à moi

  C’est arrivé à moi   Une étrange fille, tout à fait l’envers d’une autre  qui était venue un jour et ne s’en allait pas ; une fille offrant d’abord ce que l’autre ne m’avait donné qu’en suite ; achetant les boîtes pour leur couvercle et réservant pour dans longtemps le plaisir de se découvrir ensemble, par exemple, à la même fumée deux cigarettes différentes ; ronde vers le dehors et satisfaite comme de fournir des fruits, tandis que l’autre était creuse et secrète comme d’aimer... [Lire la suite]
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13 avril 2016

Saphô / Σαπφώ (vers 630 –vers 580 av. J.C.) : Aphrodite / εἰς Ἀφροδίτην

  Aphrodite   Déesse au trône diapré, immortelle Aphrodite, Fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie : ni tourments nauséeux , ni fléau de l’angoisse,  pour me dompter, Souveraine, le cœur.   Viens à moi plutôt, si jamais autrefois, quand je criais de loin vers toi, tu as entendu ma voix, si tu m’as exaucée, quittant le palais de ton père pour venir jusqu’à moi, dans l’or   de ton char attelé : de beaux oiseaux t’entraînaient, des passereaux rapides, au-dessus de la terre bleu... [Lire la suite]
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12 avril 2016

Abdellatif Laâbi (1942 - ) : « Je m’en irai… »

  Je m’en irai avec ce siècle où j’ai mal vécu sans même m’offrir le luxe du désespoir Je m’en irai avec ma fronde et mes cailloux le coq égorgé sur ma poitrine pour avoir chanté la nuit Je m’en irai avec le secret de ma pyramide et le tatouage de mes barreaux mes petits pieds lacérés par le miroir où j’ai refusé de me regarder Je m’en irai sage et ignorant doux et amer sans dire adieu à celle que je n’ai pas su aimer Je tomberai foudroyé comme une étoile oublié des hommes dans le désert des voix   ... [Lire la suite]
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11 avril 2016

Pierre Emmanuel (1916 – 1984) : Interrogatoire

  Interrogatoire A Claude Vigée   I Je ne remplirai plus vos questionnaires   Je ne sais comment je m’appelle Qui est ce Je qui appelle Ni ce moi qui est appelé Ni ce jeu entre Je et moi Cette vie à tu et à toi Ces deux-ci partageant cet Un-là Un seul masque et deux faussetés.   II   Vous me demandez où j’étais Avant d’être au sein de ma mère J’étais où je suis quand je rêve Que mon père n’est pas encore né Dans la sève qui ne jaillit pas Le fleuve blotti dans la fente Tel Adam existe... [Lire la suite]
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10 avril 2016

Jacques Réda (1929 - ) : Aux environs

  Aux environs   A cette heure où comme avant le jour tout redevient calme et bleu, j’ai le regret des champs et forêts qui devaient être si proches, de l’endroit où cessaient dans la boue et l’herbe les gros pavés. Après quoi le chemin roulait entre des carrés bleus de légumes, sous les branches presque nues et basses des vergers bleus, les mêmes nuages comme des chapeaux glissant aux ras des vignes, le même ciel s’avançant en personne par les fourrés (je veux dire une vraie personne que l’on salue), comme dans... [Lire la suite]
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