08 juillet 2014

Roger Milliot (1927-1968) : Pour une mort choisie

                                                   Pour une mort choisie  Il faut laisser cela  A la porte de l’âme Il faut entrer léger  Sur la pointe des pieds Dans la mort transparente Comme une eau de cascade Qui lave les plaies du chemin Poser sous le portique Le bâton des rancunes  Vider les poches des cailloux Retourner les poussières des coutures  Se rappeler... [Lire la suite]
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07 juillet 2014

Xavier Grall (1930 -1981) : Solo

Solo   Seigneur me voici c’est moi je viens de petite Bretagne mon havresac est lourd de rimes de chagrins et de larmes j’ai marché Jusqu’à votre grand pays ce fut ma foi un long voyage trouvère j’ai marché par les villes et les bourgades François Villon dormait dans une auberge à Montfaucon dans les Ardennes des corbeaux et des hêtres Rimbaud interpellait les écluses les canaux et les fleuves Verlaine pleurait comme une veuve dans un bistrot de Lorraine Seigneur me voici c’est moi de... [Lire la suite]
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06 juillet 2014

Yorgos Markopoulos / Γιώργος Μαρκόπουλος (1951 - ) : Tu entres au Pirée

    Tu entres au Pirée   Soir profond. Tu entres au Pirée apportant caisses de poissons et farine.   Salut Pirée, toi et ta crasse, ton huile, tes wagons, et les barbeaux durs comme l'acier dans tes beuglants. Les lanternes pisseuses des bars au plafond de ton ciel nous éclairent la nuit des mollets de coq arpentent la rue boueuse, des fesses d'hommes desséchées comme le cul d'un chien mal nourri.   Hippies de Petràlona, bellâtres de Troùba.   Salut Pirée, toi et ta pauvreté, ... [Lire la suite]
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05 juillet 2014

René Daumal (1908 – 1944) : Poème à Dieu et à l’homme

  Poème à Dieu et à l’homme   Dieu, Dieu, d'abord ce n'est pas à toi Dieu, ce n'est pas à Dieu que je parle, Dieu, je parle à ton inexistence, je lance droit mes yeux comme des pierres non pas sur toi, je lance droit mes deux yeux vers tout endroit, droit vers tout endroit où tu n'es pas comme des pierres lancées mais dans le vide comme des balles perdues   je lance ma voix comme une pierre vers tout endroit, tout droit vers tout endroit où tu n'es pas, je lance ma voix dans tout l'espace, mais, Dieu, ... [Lire la suite]
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04 juillet 2014

Catherine Pozzi ( 1882 – 1934) : Ave

    Ave   Très haut amour, s’il se peut que je meure Sans avoir su d’où je vous possédais, En quel soleil était votre demeure En quel passé votre temps, en quelle heure Je vous aimais,   Très haut amour qui passez la mémoire, Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour, En quel destin vous traciez mon histoire, En quel sommeil se voyait votre gloire, Ô mon séjour…   Quand je serai pour moi-même perdue Et divisée à l’abîme infini, Infiniment, quand je serai rompue, Quand le... [Lire la suite]
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03 juillet 2014

Léon – Paul Fargue (1876 – 1947) : La Gare

La gare  A  Arthur Fontaine   Gare de la douleur j’ai fait toutes tes routes. Je ne peux plus aller, je ne peux plus partir. J’ai traîné sous tes ciels, j’ai crié sous tes voûtes. Je me tends vers le jour où j’en verrai sortir Le masque sans regard qui roule á ma rencontre Sur le crassier livide où je rampe vers lui, Quand le convoi des jours qui brûle ses décombres Crachera son repas d’ombres pour d’autres ombres Dans l’étable de fer où rumine la nuit.   Ville de fiel, orgues brumeuses sous... [Lire la suite]
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02 juillet 2014

Maurice Henry (1907 – 1984) : « Il n'y a plus rien ici-bas… »

   «… Il n'y a plus rien ici-bas. Les larmes me servent à tresser des haies. De quelque côté que je me tourne, mes regards glissent sur la façade lisse des murs, ou s'enchevêtrent dans les épines. Si j'étends le bras, je renverse un objet ; si je peux marcher, mes pieds rencontrent des pièges à loups, des tessons de bouteilles ou des rails en saillie, je tombe et voilà mon front qui saigne. Des obstacles, toujours.    « Les cris que je jette n'émeuvent personne. Je suis égaré dans la forêt... [Lire la suite]
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01 juillet 2014

Pierre –Albert Jourdan (1924 – 1981) : Jardin suspendu

Jardin suspendu   Surgissent à nouveau de vieilles douleurs, tout est en place. La porte s’ouvre sur des murmures de soleil, ponctuation de crêtes. Le fauteuil n’est qu’un peu de terre autour d’un tronc noirci. Puis vient l’apaisement, le déferlement de l’espace.   Les degrés de la sagesse, ici, sont de pierres grises, tachetées d’ombre, masquées d’herbes sèches, paroles élémentaires. Une saison clémente se met en marche, comment nommer ce fruit ?   Un dessin de sol craquelé, lambeau de désert bordé ... [Lire la suite]
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29 juin 2014

Mahmoud Darwich (1941 - 2008) / محمود درويش : Fresque sur le mur

إلـى أمّــي / (29/08/2016) Fresque sur le mur   … Nous disons beaucoup de choses à présent, Du coucher du soleil sur la terre menue. Sur le mur pleure Hiroshima… Une nuit s’en va, et dans le plein midi, Nous n’emportons de notre monde Que la forme du trépas.   … Pour tes yeux, d’autres temps, Pour mon corps, une autre histoire, Et dans le rêve nous réclamons le jasmin. Lorsque le monde nous dispersa, il y a quelques années de cela, Les murs étaient rétifs à l’entendement. Les cachets d’aspirine Ramenaient la... [Lire la suite]
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28 juin 2014

Jacques Dupin (1927 - 2012 ) : " j'ai cru rejoindre par instants..."

    J’ai cru rejoindre par instants une réalité plus profonde comme un fleuve la mer, occuper un lieu, du moins y accéder de manière furtive, y laisser une empreinte, y voler un tison, un lieu où l’opacité du monde semblait s’ouvrir au ruissellement confondu de la parole, de la lumière et du sang. J’ai cru traverser vivant, les yeux ouverts, le noeud dont je naissais. Une souffrance morne et tolérable, un confort étouffant se trouvaient d’un coup abolis, et justifiés, par l’illumination fixe de quelques mots... [Lire la suite]
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