01 juillet 2014

Pierre –Albert Jourdan (1924 – 1981) : Jardin suspendu

Jardin suspendu   Surgissent à nouveau de vieilles douleurs, tout est en place. La porte s’ouvre sur des murmures de soleil, ponctuation de crêtes. Le fauteuil n’est qu’un peu de terre autour d’un tronc noirci. Puis vient l’apaisement, le déferlement de l’espace.   Les degrés de la sagesse, ici, sont de pierres grises, tachetées d’ombre, masquées d’herbes sèches, paroles élémentaires. Une saison clémente se met en marche, comment nommer ce fruit ?   Un dessin de sol craquelé, lambeau de désert bordé ... [Lire la suite]
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29 juin 2014

Mahmoud Darwich (1941 - 2008) / محمود درويش : Fresque sur le mur

إلـى أمّــي / (29/08/2016) Fresque sur le mur   … Nous disons beaucoup de choses à présent, Du coucher du soleil sur la terre menue. Sur le mur pleure Hiroshima… Une nuit s’en va, et dans le plein midi, Nous n’emportons de notre monde Que la forme du trépas.   … Pour tes yeux, d’autres temps, Pour mon corps, une autre histoire, Et dans le rêve nous réclamons le jasmin. Lorsque le monde nous dispersa, il y a quelques années de cela, Les murs étaient rétifs à l’entendement. Les cachets d’aspirine Ramenaient la... [Lire la suite]
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28 juin 2014

Jacques Dupin (1927 - 2012 ) : " j'ai cru rejoindre par instants..."

    J’ai cru rejoindre par instants une réalité plus profonde comme un fleuve la mer, occuper un lieu, du moins y accéder de manière furtive, y laisser une empreinte, y voler un tison, un lieu où l’opacité du monde semblait s’ouvrir au ruissellement confondu de la parole, de la lumière et du sang. J’ai cru traverser vivant, les yeux ouverts, le noeud dont je naissais. Une souffrance morne et tolérable, un confort étouffant se trouvaient d’un coup abolis, et justifiés, par l’illumination fixe de quelques mots... [Lire la suite]
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27 juin 2014

Philippe Jaccottet (1925 - ) : « … qu’est-ce qu’un lieu ? »

(….) qu’est-ce qu’un lieu ?   Qu’est-ce qui fait, qu’en un lieu (…) on ait dressé un temple, transformé en chapelle plus tard : sinon laprésence d’une source et le sentiment obscur d’y avoir trouvé un « centre » ? Delphes était dit « l’ombilic du monde » en ce sens, et dans les années de son égarement visionnaire, Hölderlin s’est souvenu de ces mots pour les appliquer à Francfort où il avait aimé Diotima. Une figure se crée dans ces lieux, expression d’une ordonnance. On cesse... [Lire la suite]
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26 juin 2014

Jean – Pierre Hélouis (19?? - ) : L’Ours

L’Ours     Il danse en musique au souvenir du feu qui lui chauffa les pieds, mais à son rythme rêve des forêts où il fut près du ciel. Tandis qu’il lève une patte, puis l’autre, en cadence, ses bras enlacent des fûts lointains ou, au septentrion, une compagne cosmique. Tantôt ils battent l’eau vers un éclair d’écaille, tantôt ils se tendent vers une épiphanie friande, un pain sauvage surgi des forces de la nuit dont l’or jaillit en rayons melliflues. L’animal de foire a les plaisirs qu’il peut,... [Lire la suite]
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25 juin 2014

Michel Leiris (1901 – 1990) : Liquidation

Liquidation         Eveillé seul — sans route, bagage, campements, bêtes de selle ou de charge — dans la savane aigre de ma nuit.   Plus de chambre, d'air, de lueur, de temps — et pas de possibilité de fuite lunaire.   Grand mât sans signe ni oriflamme, — mentule fragile (à peine encore vivante),haute colonne à cannelures en rides amères plantées au centre de mon lit (ô neige! lait cristallin des douleurs...), je gis au pied de ce jet dédaigneux,... [Lire la suite]
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23 juin 2014

Johann Wolfgang von Goethe (1749 - 1832) : Le roi des aulnes / Erlkönig

    Le roi des aulnes   Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ? C'est le père avec son enfant. Il serre le jeune garçon dans ses bras, Il le tient au chaud, il le protège.     « — Mon fils, pourquoi  caches-tu peureusement ton visage  ? — Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes, Le roi des Aulnes, avec sa couronne et sa traine ? — Mon fils, c'est une trainée de brume.     — Cher enfant, viens, partons ensemble ! Ie jouerai tant de  jolis... [Lire la suite]
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22 juin 2014

Hélène Cadou (1922 - 2014) : « Ce soir / la nuit est bleue… »

Ce soir La nuit est bleue   Avec un parfum de girofle Sous la pierre lente et chaude   Tu vas et viens De ton cœur Au jardin   Et le pouls des planètes Pourrait cesser de battre   Sans que la peur Ne soit nommée   Dans la douceur des choses.   Si nous allions vers les plages,  Editions Rougerie, 2003   Du même auteur : « J’ai vu des paysages… … » (22/06/2015) « Ce printemps trop grand pour moi… » (22/06/2016) Ilarie Voronca… (22/06/2017)
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21 juin 2014

René de Obaldia (1918 -) : les cuisses de Colette

  Les cuisses de Colette   Les cuisses de Colette Sont douces au toucher Comme des cacahuètes Qu’on aurait épluchées.   Je n’aime pas sa tête Ses yeux demi-pochés Son oreille en cuvette Son nez en arbalète Sa bouche endimanchée.   Mais j’aime bien ses cuisses Si douces au toucher. Pendant le Saint-Office L’un près de l’autre assis, Ma main vient s’y chauffer.   De profundis, ad te Domine, clamavi !   Que c’est doux ! Que c’est doux ! Plus doux qu’une souris Que le... [Lire la suite]
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20 juin 2014

Fernando Pessoa (1888 -1935) : À la veille de ne jamais partir / Na véspera de não partir nunca

27 septembre 1934 À la veille de ne jamais partir du moins n’est-il besoin de faire sa valise ou de jeter des plans sur le papier, avec tout le cortège involontaire des oublis pour le départ encore disponible du lendemain. Le seul travail, c’est de ne rien faire à la veille de ne jamais partir. Quel grand repos de n’avoir même pas de quoi avoir à se reposer ! Grande tranquillité, pour qui ne sait même pas hausser les épaules devant tout cela, d’avoir pensé le tout et d’avoir de propos délibéré atteint le rien. ... [Lire la suite]
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