05 septembre 2016

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont (1846 – 1870) : « Vieil océan, ô grand célibataire… »

        Vieil océan, ô grand célibataire, quand tu parcours la solitude solennelle de tes royaumes flegmatiques, tu t’enorgueillis à juste titre de ta magnificence native, et des éloges vrais que je m’empresse de te donner. Balancé voluptueusement par les molles effluves de ta lenteur majestueuse, qui est le plus grandiose parmi les attributs dont le souverain pouvoir t’a gratifié, tu déroules, au milieu d’un sombre mystère, sur toute ta surface sublime, tes vagues incomparables, avec le... [Lire la suite]
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04 septembre 2016

Roparz Hemon (1900 – 1978) : Vie / Buhez

  Vie   Prie le dieu qui mit en toi une âme rude, errante comme le vent qu’il te donne un autre ami ; ma sœur, que t’importe la fumée qui plie à l’horizon ?   Fidèle est mon âme à moi comme à la mer ; la ronde du monde entraîne mon esprit, mon cœur bat tel le cœur de la terre, et mon regard se fixe sur les rocs.   Lorsque le vent souffle il m’apporte le sel, l’odeur et l’air de là-bas ; dans les nues je perçois le cours du temps, et dans les astres le choeur de mille yeux. ... [Lire la suite]
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03 septembre 2016

Kenneth White (1936 - ) : Lettre à un vieux calligraphe

  Lettre à un vieux calligraphe   Cent jours passés par les grèves et les montagnes   à l’affût du héron et du cormoran   puis écrire ceci à la lisière du monde   dans un silence devenu une seconde nature   et connaître à la fin dedans le crâne, dedans les os   le sentier du vide   Traduit de l'anglais par Philippe Jaworski et l’auteur Terre de diamant. Édition bilingue, Alfred Eibel Editeur, Lausanne, 1977 Du même auteur : « et aussi l'effort… »... [Lire la suite]
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02 septembre 2016

Antonio Ramos Rosa (1924 – 2013) : Quand la lumière s’efface… / Quando a luz se apaga

  Quand la lumière s’efface… A Yves Bonnefoy   Quand la lumière s’efface presque complètement quand les lumières respirent encore quand les drapeaux s’inclinent quand les homme se taisent quand l’esprit se meut lentement dans le silence quand la mer et le soleil se conjuguent dans la nuit à travers les ombres qui respirent quand la lumière efface en toi la dernière lueur du jour et que tu entres dans le silence de la nuit avec le soleil sous les eaux dans le silence de la nuit.   Traduit  du... [Lire la suite]
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01 septembre 2016

Edouard Glissant (1928 – 2011) : L’œil dérobé

  L’œil dérobé à Jean-Jacques Lebel, nilotique   PRESENTATION        Le Nil, fleuve du temps. Leçon du temple de Kom-Ombo, où estime au mieux cette chirurgie calée dans la pierre, désignant ses instruments et son rituel, qui servit à restituer au dieu Horus son œil, non moins rituellement énucléé par un autre dieu. Images de l’œil qui marche, ou qui verse un pleur en sillage. Le langage de l’eau n’est perçu qu’en écho, dru comme feuille d’étain. Les cartouches de pierre livrent leur... [Lire la suite]
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30 août 2016

Gaston Miron (1928 – 1996) : Monologues de l'aliénation délirante

  Monologues de l'aliénation délirante I Le plus souvent ne sachant où je suis ni pourquoi je me parle à voix basse voyageuse continûment continuellement et d'autres fois en phrases détachées (ainsi que se meuvent chacune de nos vies) puis je déparle à voix haute dans les haut-parleurs crevant les cauchemars et d'autres fois encore déambulant dans un orbe calfeutré les larmes poussent comme de l'herbe dans mes yeux j'entends de loin de l'enfance ou du futur les eaux vives de la peine lente dans les... [Lire la suite]
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29 août 2016

Mahmoud Darwich /محمود درويش (2008 - 1942) : A ma mère / إلـى أمّــي

  A ma mère   J'ai la nostalgie du pain de ma mère, Du café de ma mère, Des caresses de ma mère... Et l'enfance grandit en moi, Jour après jour, Et je chéris ma vie, car Si je mourais, J'aurais honte des larmes de ma mère ! Fais de moi, si je rentre un jour, Une ombrelle pour tes paupières. Recouvre mes os de cette herbe Baptisée sous tes talons innocents. Attache-moi Avec une mèche de tes cheveux, Un fil qui pend à l'ourlet de ta robe... Et je serai, peut-être, un dieu, Peut-être un... [Lire la suite]
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28 août 2016

Vladimir Vladimirovitch Maïakovski / Владимир Владимирович Маяковский (1893 – 1930) : Vente au rabais

  Vente au rabais   Que je charme une femme et qu’un roman j’ébauche, que même, par hasard, je regarde un passant, et prudemment chacun met sa main sur sa poche. Pourtant que pourrait-on prendre à des mendiants ?   Client pour ma sagène (1) au cimetière en friche, combien de temps encor va s’écouler avant qu’on sache que je suis infiniment plus riche que n’importe lequel de ces Pierpont Morgan (2)?   Je ne suis aujourd’hui qu’un pitre qu’on redoute, mais dans combien de temps des... [Lire la suite]
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27 août 2016

Robert Marteau (1925 – 2011) : « Un arbre éperdument… »

      Un arbre éperdument jette ses bras au ciel Car le lierre à la longue l'a étranglé : On le voit qui voudrait à tout prix s'agripper À tout ce qui passe en fait de nuages, brumes, Mais il ne saisit rien, et c'est l'insaisissable Qui s'empare sournoisement de lui, l'évide, Le point de l'écorce au cœur sans que compatissent Pour autant les étourneaux qui viennent en bandes S'y poser, y sifflant et modulant leurs notes, Surtout quand le soleil descend, visible ou non, Et qu'il va faire nuit. Et quand... [Lire la suite]
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26 août 2016

Henri Pichette (1924 – 2000) : « Je fais corps… »

  …….      Je fais corps      Avec l’âme, Avec le fleuve entre ses bords de poussière vivante,      Avec la mer En tous sens éprouvée par d’assoiffés navires,      Avec l’embrun aux fins délires      Et la buée sur l’œil du phare ; Le miroir de la mort ne m’a pas aveuglé ;      Je demeure éveillé      Avec l’engrais et le limon Le lehm, la boue, le loess, les goémons, ... [Lire la suite]
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