12 novembre 2014

Jules Supervielle (1884 -1960 ) : L’Allée

L’Allée    Ne touchez pas l'épaule Du cavalier qui passe, Il se retournerait Et ce serait la nuit, Une nuit sans étoiles, Sans courbe ni nuages. - Alors que deviendrait Tout ce qui fait le ciel, La lune et son passage, Et le bruit du soleil ? - Il vous faudrait attendre Qu'un second cavalier Aussi puissant que l'autre Consentît à passer.   Le Forçat innocent, Editions Gallimard, 1930   Du même auteur : Hommage à la vie (12/11/2015) Le forçat (12/11/2016) Nocturne en plein jour... [Lire la suite]
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11 novembre 2014

Derek Mahon (1941 - ) : Quatre promenades dans la campagne près de Saint-Brieuc / Four walks in the country near St.-Brieuc

Quatre promenades dans la campagne près de Saint-Brieuc   I. Matin   La création a du être quelque chose comme çà un jour froid qui point sur les pierres muettes, plus lent que le temps, spectaculaire par seule démesure. D’abord les ténèbres et puis, savoir comment, la lumière : celle-ci nous l’appelons le jour, l’autre, la nuit, et nous guettons en vain la seconde où le soleil paraît.   Soudain, tout prêt, un sabot claque – Une vielle femme parmi les formes premières vaque dans le champ de lumière,... [Lire la suite]
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10 novembre 2014

Yannis Ritsos / Γιάννης Ρίτσος (1909 – 1990) : Le désespoir de Pénélope

Le désespoir de Pénélope   Ce n’est pas vrai qu’elle ne l’a pas reconnu dans la lumière de l’âtre ; ce n’était rien les haillons du mendiant, le déguisement – non ; des signes évidents : la cicatrice à son genou, la vigueur, la malice de l’œil. Effrayée, appuyant son dos contre le mur, elle cherchait une excuse, un sursis, un peu de temps encore, pour ne pas répondre ne pas se trahir. C’est donc pour lui qu’elle avait dépassé vingt ans, vingt ans d’attente et de rêve pour cet homme à la barbe blanche, ce... [Lire la suite]
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09 novembre 2014

Antiokh Kantémir /Антиох Дмитриевич Кантемир (1708 -1744) : « Heureux, heureux celui qui, dans la solitude… »

    Heureux, heureux celui qui, dans la solitude, Se livre avec paresse aux travaux de l’étude ; Qui, secouant sa chaîne, à lui-même rendu, Suit cet étroit sentier tracé par la vertu ! Au milieu de ces champs où, dans un humble asile, Pour trouver le bonheur, moi-même je m’exile, Que j’aime à recevoir un véritable ami, Qui partage mes goûts, que mon cœur a choisi ! Là, tous deux ignorés, dans une paix profonde, Nous défions l’ennui, ce du grand monde ; Là des poètes morts les ouvrages... [Lire la suite]
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08 novembre 2014

Jorge Luis Borges (1899 – 1986) : Art poétique / Arte poética

Art poétique     Se pencher sur le fleuve, qui est de temps et d’eau, Et penser que le temps à son tour est un fleuve, Puisque  nous nous perdons comme se perd le fleuve Et que passe un visage autant que passe l’eau.   Eprouver que la veille est un autre sommeil, Qui rêve qu’il ne rêve pas et que la mort Que redoute le corps est cette même mort De l’une et l’autre nuit, que l’on nomme sommeil.   Percevoir dans le jour ou dans l’an un symbole Des jours, des mois de l’homme ou bien des années, ... [Lire la suite]
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07 novembre 2014

Paul – Jean Toulet (1867 – 1920 ) : En Arles

En Arles   Dans Arles, où sont les Aliscams, Quand l’ombre est rouge, sous les roses,                Et clair le temps   Prend garde à la douceur des choses, Lorsque tu sens battre sans cause             Ton cœur trop lourd  Et que se taisent les colombes :   Parle tout bas, si c’est d’amour,               Au bord de tombes.   Chansons, in, Paul – Jean... [Lire la suite]
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06 novembre 2014

Renée Vivien (1877 – 1909) : Victoire

Victoire   Donne-moi tes baisers amers comme des larmes, Le soir, quand les oiseaux s’attardent dans leurs vols. Nos longs accouplements sans amour ont les charmes Des rapines, l’attrait farouche des viols.   Tes yeux ont reflété la splendeur de l’orage… Exhale ton mépris jusqu’en ta pâmoison, O très chère ! – Ouvre-moi tes lèvres avec rage : J’en boirai lentement le fiel et le poison.   J’ai l’émoi du pilleur devant un butin rare, Pendant la nuit de fièvre ou ton regard pâlit… L’âme des... [Lire la suite]
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05 novembre 2014

Claire Genoux (1971 - ) : " Ne rien dire de mon corps..."

    Ne rien dire de mon corps que les sommeils colportent d’une nuit à l’autre comme un cavalier nu ne rien dire des veines décousues par les doigts des hommes ni de cette poitrine sur laquelle marchent les oiseaux ne pas parler non plus des fées féroces que le travail a penchées sur leur rouet surtout ne pas citer les mots qui ouvriraient mon ventre comme une voile   in, Jean Orizet « La poésie française contemporaine », Le Cherche-midi éditeur, 2004   Du même auteur : ... [Lire la suite]
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04 novembre 2014

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : La guitare / la guittara

La guitare Commence le pleur De la guitare. De la prime aube Les coupes se brisent. Commence le pleur De la guitare. Il est inutile de la faire taire. Il est impossible De la faire taire. C’est un pleur monotone, Comme le pleur de l’eau, Comme le pleur du vent Sur la neige tombée. Il est impossible De la faire taire. Elle pleure sur des choses Lointaines. Sable du Sud brûlant Qui veut de blancs camélias. Elle pleure la flèche sans but, Le soir sans lendemain, Et le premier oiseau mort Sur... [Lire la suite]
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03 novembre 2014

Matthias Vincenot (1981 - ) : Le temps, un soir

Le temps, un soir   C’est le temps qui n’existe plus que sur nos montres La lumière est étrange, éclairant la pénombre D’une autre obscurité Vraiment le temps n’a plus l’apparence du temps Et la nuit n’a plus l’air d’être vraiment la nuit Peut-être que parfois le temps n’existe pas En tout cas ce soir-là, on ne l’avait pas remarqué Pas vu, pas pris   C’est une heure étrangère où l’on se tient absent A soi-même et au monde, pas vraiment en dehors Simplement autre part On repère souvent le regard d’une absente ... [Lire la suite]
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