16 mai 2018

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont (1846 – 1870) : « O mathématiques sévères... »

        O mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées, depuis que vos savantes leçons, plus douces que le miel, filtrèrent dans mon cœur, comme une onde rafraîchissante. J’aspirais instinctivement, dès le berceau, à boire à votre source, plus ancienne que le soleil, et je continue encore de fouler le parvis sacré de votre temple solennel, moi, le plus fidèle de vos initiés. Il y avait du vague dans mon esprit, un je ne sais quoi épais comme de la fumée ; mais, je sus franchir... [Lire la suite]
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15 mai 2018

Frédéric-Jacques Temple (1921 -) : Ensérune

  Ensérune (1) Les ancêtres nous reçoivent, pères profonds, têtes inhabitées, clos dans leurs vases funéraires qui contiennent nos prémisses.   La mémoire mûrit dans les cistes, le thrène hivernal des oiseaux, la fureur aiguë de l'été, l'ivresse rouge des vendanges.   Chefs de guerre en leur citadelle, femmes décorées de fibules, cueilleurs d'olives, moissonneurs, ont engendré ces alyscamps   ensemencé la terre abrupte de leurs cendres tutélaires, garante des outils et des larmes, immobiles... [Lire la suite]
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14 mai 2018

Emile Verhaeren (1855 – 1916) : La folie

    La folie   Routes de fer vers l'horizon : Blocs de cendres, talus de schistes, Où sur les bords un agneau triste Broute les poils d'un vieux gazon ; Départs brusques vers les banlieues, Rails qui sonnent, signaux qui bougent, Et tout à coup le passage des yeux Crus et sanglants d'un convoi rouge ; Appels stridents, ouragans noirs, Pays de brasiers roux et d'usines tragiques, Où sanglotent, quand vient le soir, Toutes les voix du vent Frappant, d'un contenu gémissement, Les fils à l'infini des... [Lire la suite]
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12 mai 2018

Giuseppe Ungaretti (1888- 1970) : Vanité / Vanità

  Vanité   Soudain Tout haut plane Au-dessus des décombres La limpide stupeur De l’immensité.   Et l’homme Penché Sur l’eau Surprise Par le soleil Se découvre N’être qu’une ombre Bercée et Doucement brisée.   Traduit de l’italien par Sicca Venier in, « Poètes d’Italie, Anthologie » Editions de La Table Ronde, 1999 Du même auteur : Où la lumière / Dove la luce (20/11/2014)   La Pitié / La Pietà (13/05/2016) Les fleuves / I fiumi (13/05/2017)   Vanità ... [Lire la suite]
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12 mai 2018

Charles Baudelaire (1821 – 1867) : Les bijoux

 Les bijoux   La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur, Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores, Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.     Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur, Ce monde rayonnant de métal et de pierre Me ravit en extase, et j'aime à la fureur Les choses où le son se mêle à la lumière.     Elle était donc couchée et se laissait aimer, Et du haut du divan elle souriait d'aise A... [Lire la suite]
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11 mai 2018

Francisco Brines (1932 -) : Quand je suis encore la vie / cuando yo aún soy la vida.

  Quand je suis encore la vie A Justo Jorge Padrón     La vie m’entoure, comme durant ces années maintenant perdues, après la magnificence d’un monde éternel. La rose estafilade de la mer, les couleurs estompées des jardins, le fracas des pigeons dans l’air, la vie autour de moi, quand je suis encore la vie. Avec la magnificence d’autrefois, les yeux vieillis, et un amour lassé.   Quelle espérance à présent ? Vivre ; et aimer, tandis que le cœur s’épuise, un monde fidèle, bien que... [Lire la suite]
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10 mai 2018

Léon-Paul Fargue (1876 – 1947) : « Je t’ai cherché, je t’ai porté… »

    Je t’ai cherché, je t’ai porté Partout. — Dans un square désert au kiosque vide, où j’étais seul Devant la grille du couchant qui sombre et s’éteint, comme un vaisseau qui        brûle derrière les arbres… Un jour… dans quelque ville de province aux yeux mi-clos, qui tourne et        s’éteint Devant la caresse hâtive des express… Dans une boutique où bougent d’un air boudeur des figures de cendre ; Sur la place vide où souffle l’oubli ; Aux rides... [Lire la suite]
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09 mai 2018

Jean Grosjean (1912 – 2006) : « Si tu déchires le voile ...

  IX    Si tu déchires le voile qui cachait l’ombre, tu n’éclaires que le vide où tes pas font un froissement de branches et tes doigts des lueurs de linge.      Tu n’a été que de passage en toi où je trouverais tes chambres plus désertes que mes demeures inhabitables sous les ruissellements des pluies chanteuses.      D’errantes odeurs de foin, de buffet rance ou de renard mouillé parlent de toi autant que la rumeur des prophéties tapies dans les buissons. ... [Lire la suite]
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08 mai 2018

André Gide (1869 – 1951) : « Nathanaël, je te raconterai les sources … » (08/04/2018)

         Nathanaël, je te raconterai les sources :      Il y a des sources qui jaillissent des rochers ;      Il y en a qu’on voit sourdre de sous les glaciers ;      Il y en a de si bleues qu’elles en ont l’air plus profondes ;      (À Syracuse, la Cyané merveilleuse à cause de cela.)      Source azurée ; vasque abritée ; éclosion d’eau entre des papyrus ;... [Lire la suite]
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07 mai 2018

Yvon Le Men (1953 -) : Vue sur le Mont

  Vue sur le Mont   Jamais fenêtre ne fut si justement posée dans le paysage   d’où seconde après seconde les étoiles pénétraient dans le jour par le centre de la seconde   d’où image après image les lumières pénétraient dans le Mont par le centre de la Merveille   qui disparaissait peu à peu pas à pas, pierre à pierre sous une autre merveille.   Jamais fenêtre n’ouvrit autant d’images dans ce lieu où la mer et le Mont ont survécu   à tant de morts et de marées   ... [Lire la suite]
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