06 juin 2019

Francis Ponge (1899 – 1998) : L’Ardoise

  L’Ardoise        L’ardoise – à y bien réfléchir c’est-à-dire peu, car elle a une gamme de reflets très réduite et un peu comme l’aile du bouvreuil passant vite, excepté sous l’effet des précipitations critiques, du ciel gris bleuâtre au ciel noir – s’il y a un livre en elle, il n’est que de prose : une pile sèche ; une batterie déchargée ; une pile de quotidiens au cours des siècles, quoique illustrés par endroits des plus anciens fossiles connus, soumis à des pressions... [Lire la suite]
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05 juin 2019

Armand Robin (1912 – 1961) : Instant de pré

  Instant de pré   Herbe dans l’herbe, Morceau mal séparé des prés, Je me répandais ; Agités des vents, Le blanc de l’air, le bleu du ciel Descendaient sur ma face   Et sobrement dans mes deux mains Je buvais dans le grand bol de l’aube.   Le cycle du pays natal Textes et photographies rassemblés par Françoise Morvan Editions La Part Commune, 35000 Rennes Du même auteur :  « Sans parole, je suis toute parole… » (05/06/2014) Sans Pays (05/06/2015) l’Illettré (05/06/2016)... [Lire la suite]
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04 juin 2019

Jacques Prével (1915 – 1951) : En dérive vers l’absolu

  En dérive vers l’absolu Il ne me reste qu’à enfreindre l’ordre De toute justice Pour me détacher sans consentement De sa violence qui m’accable J’ai vécu dans la confusion Je suis mort de la confusion Pour ma défense qu’aurai-je à dire Mes forces se détruisent et me détruisent dans l’égarement Je suis un criminel Qui n’a pas compris le geste simulé     En dérive vers l’absolu Editions Seghers, 1952 Du même auteur :  « Dans le temps, dans la nuit... » (04/06/2014) « Ce que... [Lire la suite]
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03 juin 2019

Jacques Rebotier (1947 -) : Litanie du désamour

  Litanie du désamour     42  C'est à ce moment que tu ne m'as pas vu, il faisait grand soleil, nous avons alors senti très bien que rien ne va, que rien n'allait, que rien allait nous arriver 41  tout de suite, je me suis dit : fini c'est fini, les motos roulent, les mots parlent, les arbres s'arrêtent, les bicyclettes se regardent : c'est bien fini 40  déjà hier nous n'étions plus très vivants, tu sentais bien un peu le rnfermé, nous n'étions pas si vivants que ça, on sentait... [Lire la suite]
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02 juin 2019

Eugène Jolas (1894 – 1952) : Légende

  Légende   I        Consternation du siècle.      La ruine est dans la glace de l’armoire, et le laboureur ne reverra plus la charrette renversée des souvenirs d’une catastrophe.      Je suis seul avec les antilopes qui m’épiaient dans la grande forêt de sapins où mon tombeau vient d’être dressé par les licornes.      Nous sommes dans la mélancolie d’un pays étranger.      La tempête roule à travers le... [Lire la suite]
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01 juin 2019

Robert Marteau (1925 – 2011) : « Quelque chose au ras de l’eau... »

  Quelque chose au ras de l’eau n’en finit pas de mourir si bien que la mer prend la teinte des mauves foulées dont le jus s’empourpre      davantage avec la nuit, et c’est un Japon d’encre et de roseaux ensuite qui se lève, tantôt cela, tantôt la crinière des juments venues de l’Ouest que la vague feint pour accroître le hennissement ou masquer le choc contre le granit      d’un empire soumis au poids      et aux mesures des balances ... [Lire la suite]
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31 mai 2019

Anacréon / Ἀνακρέων (vers 550 – vers 464 av. J. C.) : « Oui, mes tempes déjà sont grises... »

  Oui, mes tempes déjà sont grises, Mes cheveux sur mon front sont blancs ; Jeunesse, auprès, n’est plus assise, Et l’on a vu vieillir mes dents. Pour goûter la douceur de vivre, Ah ! je n’ai plus beaucoup de temps : Moi qui ai peur de l’autre rive, Je m’en désole bien souvent. Le gouffre funèbre m’effraie, Triste est la route qui descend : Il n’est pas près de remonter, Non, celui-là qui la descend.   Traduit du grec par Robert Brasillach in, « Anthologie de la poésie grecque »... [Lire la suite]
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30 mai 2019

Hector de Saint – Denys – Garneau (1912 – 1943) : « Nous avons attendu de la douleur... »

    Nous avons attendu de la douleur qu’elle modèle notre figure                                         à la dureté magnifique de nos os Au silence irréductible et certain de nos os Ce dernier retranchement inexpugnable de notre être qu’elle tende à nos os clairement la peau de nos figures La chair lâche et troublée de nos... [Lire la suite]
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29 mai 2019

Catherine Pozzi (1882 – 1934) : Maya

  Maya   Je descends les degrés de siècles et de sable Qui retournent à vous l’instant désespéré Terre des temples d’or, j’entre dans votre fable           Atlantique adoré.   D’un corps qui ne m’est plus que fuie enfin la flamme L’Âme est un nom chéri détesté du destin — Que s’arrête le temps, que s’affaisse la trame, Je revins sur mes pas vers l’abîme enfantin.   Les oiseaux sur le vent dans l’ouest marin s’engagent, Il faut voler, bonheur, à... [Lire la suite]
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28 mai 2019

Maria Victoria Atencia (1931 -) : Une brise / Una brisa

  Une brise   Avec un imprévisible accord au creux de l’été, dans la sotte torpeur du profond de la sieste, une brise parcourt ma nuque et mon dos. Je me plie au savoir de son enveloppant office et m’abandonne au sommeil, tandis que le soir brûle dans l’impassible flamme qui ne consent aucune trêve.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet In, « Poésie espagnole, Anthologie 1945 – 1990 » Actes Sud /Editions Unesco, 1995 De la même auteure : Le pain dur / El duro pan (11/05/2016) ... [Lire la suite]
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