17 novembre 2020

Joyce Mansour (1928 – 1986) : La cuirasse

  La cuirasse   Quand la guerre pleuvra sur la houle et sur les plages J’irai à sa rencontre armée de mon visage Coiffée d’un lourd sanglot Je m’étendrai à plat ventre Sur l’aile d’un bombardier Et j’attendrai Quand le ciment brûlera sur les trottoirs Je suivrai l’itinéraire des bombes parmi les grimaces de la foule Je me collerai aux décombres Comme une touffe de poils sur un nu Mon œil escortera les contours allongés de la désolation Des morts brasillants de soleil et de sang Se tairont à mes côtés Des... [Lire la suite]
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16 novembre 2020

Bertand de Born (1140 – 1215) : « Me plaît le joyeux temps de Pâques... » / « Be·m platz lo gais temps de Pascor... »

Bertran de Born, d'après un chansonnier du XIIIe siècle. BnF, MS cod. fr. 12473.   Me plaît le joyeux temps de Pâques qui fait venir feuilles et fleurs et j’ai plaisir quand j’entends la jubilation des oiseaux qui font retentir leur chant dans le bocage et j’ai plaisir quand je vois sur les prés tentes et pavillons dressés et j’ai grande allégresse quand je vois dans la campagne rangés chevaliers et chevaux armés.   J’ai plaisir quand les éclaireurs font fuir les gens portant leur bien ; ... [Lire la suite]
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13 novembre 2020

Jean Malrieu (1915 – 1976) : Le mal du temps

    Le mal du temps   Tous les soirs Parce que j’aime et je veux vivre Tous les soirs Parce que tant qu’on vit on vit d’espoir Et que je sais ce que vivre veut dire Tous les soirs Ce poids tu temps je le dépose à terre Comme un qui sait dormir Comme un qui peut mourir Mais qui ne veut le faire   Préface à l’Amour Edition des Cahiers du Sud, Marseille, 1953 Du même auteur : Le veilleur (14/11/2014) Saison dorée (14/11/2015) Nuit d’herbe (14/11/2016) La joie (14/11/2017) Le plus beau jour... [Lire la suite]
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13 novembre 2020

Georges Hugnet (1906 – 1974) : Le poil de la bête

Man-Ray portrait de Georges Hugnet 1934   Le poil de la bête à Marcelle Ferry     Sonneur de vérités, crieur de pressentiments, vérité comme un pôle magnétique, vérité qui parle en toi derrière ta bouche cousue, hors du monde, dans le monde qui s’éthère comme ce gâteau de boue où lente se recompose la jeunesse du monde perdue de vue, ainsi, ton sommeil n’est pas, n’est pas plus tranquille. Dans la continuité de ce qui vit en toi, une force sort de toi, continuelle, sans profil, la houille blanche qu’on ne... [Lire la suite]
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12 novembre 2020

Jules Supervielle (1884 – 1960) : Les amis inconnus

Les amis inconnus     ll vous naît un poisson qui se met à tourner Tout de suite au plus noir d'une lame profonde, Il vous naît une étoile au-dessus de la tête, Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux Que ses sœurs de la nuit les étoiles muettes. Il vous naît un oiseau dans la force de l'âge En plein vol, et cachant votre histoire en son cœur Puisqu'il n'a que son cri d'oiseau pour la montrer, Il vole sur les bois, se choisit une branche Et s'y pose, on dirait qu'elle est comme les autres. Où... [Lire la suite]
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11 novembre 2020

André Pieyre de Mandiargues (1909 – 1991) : Le plaisir et les artifices

André Pieyre de Mandiargues peint par sa femme Bona   Le plaisir et les artifices   Plus vivement qu’aux billes Va la main aux jeux des boutons Des boutonnières des bretelles Des rubans fous et des épingles Ongles et soie dents et dentelle Le jeu ne ralentira pas Qu’il n’ait mis nue de la nuque en bas La myrmidonne enamourée Pour l’armer mieux par le lis Et l’œillet noir de son dénuement Que par les nœuds de l’or ou de l’acier.   Croit gagner qui joue l’homme Et joue et se perdra Mais l’autre gagne au... [Lire la suite]
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10 novembre 2020

Pierre-Jean Jouve (187 – 1976) : Blanches hanches

  Blanches hanches   Une joie souterraine est partie loin de moi Blanches hanches ! je cours et recours et brandis vers ! Je soulève le beau vêtement Reculé dans les parfums les plus chauds et les plus noirs J’épuise dans des bras La chaleur de Saturne et la désolation de l’ardeur Je tremble encore une fois jusqu’à perdre la raison A cause des rutilants soleils de la privation future   Les azurs sonnent clair Les dents blanches sont ivres Les silences des hanches quand les oiseaux du temps Ont... [Lire la suite]
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09 novembre 2020

Nourredine Aba (1921 – 1966) : « De radeau en radeau... »

  De radeau en radeau Et d’errance en errance L’énorme coulée de sable Qui vous soupçonnait De vivre, d’exister ? Ce chien famélique Qui n’attendait plus rien de vous ? L’oiseau que n’effrayait même plus Votre apparence d’homme ? Perdu, mes frères, perdu Le sourire de l’enfant Découvrant son premier coquillage Perdues, mes frères, perdues Les premières écailles Sur le jonc de l’adolescente Egarée par sa première tendresse, Perdus, mes frères, perdus L’ivresse des mains d’amis qui se serrent, Le... [Lire la suite]
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08 novembre 2020

Charles-Marie Leconte de Lisle (1818 – 1894) : Les clairs de lune (III)

  Les clairs de lune (III)     La mer est grise, calme, immense, L'œil vainement en fait le tour. Rien ne finit, rien ne commence ; Ce n'est ni la nuit ni le jour.   Point de lame à frange d'écume, Point d'étoiles au fond de l'air. Rien ne s'éteint rien ne s'allume ; L'espace n'est ni noir ni clair.   Albatros, pétrels aux cris rudes, Marsouins, souffleurs, tout a fui. Sur les tranquilles solitudes Plane un vague et profond ennui.   Nulle rumeur, pas une haleine, La... [Lire la suite]
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