07 février 2019

René Depestre (1926 -) : Le métier à métisser

  Le métier à métisser   Partie bien étoilée de la mer caraïbe ma vie est la métaphore et la table des voyages couronnés de femmes aux fruits d’or.   Le corail bleu d’une île éclaire mon parcours la vie avance avec le Sud qui m’écartèle un Nord est mon masque et mon pupitre d’émeraude .   A chacun de mes départs sans retour la joie de vivre m’a fait un courant marin capable de guider de nuit mes passions d’homme .   Dessiné dans le tronc d’un arbre à pain à chaque naufrage un grand voilier ... [Lire la suite]
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07 février 2018

René Depestre (1926 -) : Atibon-Legba

      Atibon – Legba     Je suis Atibon-Legba Mon chapeau vient de la Guinée De même que ma canne de bambou De même que ma vieille douleur De même que mes vieux os Je suis le patron des portiers Et des garçons d'ascenseur Je suis Legba-Bois I.egba-Cayes Je suis Legba-Signangnon Et ses sept frères Kataroulo Je suis Legba-Kataroulo Ce soir je plante mon reposoir Le grand médicinier de mon âme Dans la terre de l'homme blanc À la croisée de ses chemins Je baise trois fois sa... [Lire la suite]
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24 juillet 2017

Jacques Roumain (1907 – 1944) : Madrid

  Madrid        Cette ride sinistre de la sierra et l’horizon cerné d’un orage de fer :      le ciel n’a plus un sourire plus un seul tesson d’azur      pas un arc à lancer l’espoir d’une flèche de soleil      les arbres déchiquetés se redressent, gémissent comme des violons désaccordés      tout un village endormi dans la mort s’en va à la dérive      quand la mitrailleuse crible la... [Lire la suite]
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07 février 2017

René Depestre (1926 - ) : Dito

  Dito   Mon avenir sur ton visage est dessiné comme des nervures sur une feuille ta bouche quand tu ris est ciselée dans l’épaisseur d’une flamme la douceur luit dans tes yeux comme une goutte d’eau dans la fourrure d’une vivante zibeline la houle ensemence ton corps et telle une cloche ta frénésie à toute volée résonne à travers mon sang Comme les fleuves abandonnent leurs lits pour le fond de sable de ta beauté comme des caravanes d’hirondelles regagnent tous les ans la clémence de ton méridien en toute... [Lire la suite]
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12 janvier 2017

Lionel Trouillot (1956 - ) : « Je ne t’enverrai pas de poème, mon ami… »

  Je ne t’enverrai pas de poème, mon ami. Que te dirais-je Sinon que la nuit est la même sur Port-au-Prince et Saint-Malo Seule change la couleur de l’eau. Que te dirais-je Sinon que les garde-côtes américains ont encore repêché des Haïtiens Au large de la Floride Pas loin des requins. Que te dirais-je sinon que nos vies sont tristes Comme celle des vieux couples qui font chambre à part.   Quand je sors Je vois des hommes qui marchent vers le dehors des choses, Pourtant ils savent que ce n’est jamais le pain ... [Lire la suite]
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19 novembre 2016

Jean-Fernand Brierre (1909 – 1992) : « Je vous ai rencontré…

  Je vous ai rencontré dans les ascenseurs à Paris Vous vous disiez du Sénégal ou des Antilles. Et les mers traversées écumaient à vos dents, hantaient votre sourire, chantaient dans votre voix comme au creux des rochers. Dans le plein jour des Champs-Elysées je croisais brusquement vos visages tragiques. Vos masques attestaient des douleurs centenaires. A la Boule-Blanche ou sous les couleurs de Montmartre, votre voix, votre souffle, tout votre être suintait la joie. Vous étiez la musique et vous étiez la danse,... [Lire la suite]
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24 juillet 2016

Jacques Roumain (1907 – 1944) : Nouveau sermon nègre

      Nouveau sermon nègre A Tristan Rémy   Ils ont craché à Sa Face leur mépris glacé  Comme un drapeau noir flotte au vent battu par la neige  Pour faire de lui le pauvre nègre le dieu des puissants  De ses haillons des ornements d'autel  De son doux chant de misère  De sa plainte tremblante de banjo  Le tumulte orgueilleux de l'orgue  De ses bras qui halaient les lourds chalands  sur le fleuve Jourdain  L'arme de ceux qui frappent par l'épée  De... [Lire la suite]
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15 février 2016

René Depestre (1926 - ) : Minerai noir

  Minerai noir   Quand la sueur de l'Indien se trouva brusquement tarie par le soleil  Quand la frénésie de l'or draina au marché la dernière goutte de sang indien  De sorte qu'il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d'or  On se tourna vers le fleuve musculaire de l'Afrique  Pour assurer la relève du désespoir  Alors commença la ruée vers l'inépuisable  Trésorerie de la chair noire  Alors commença la bousculade échevelée  Vers le rayonnant midi du corps... [Lire la suite]
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19 novembre 2015

Jean-Fernand Brierre (ou Brière) (1909 – 19992) : Me revoici, Harlem…

  Me revoici Harlem Au souvenir des lynchés de Géorgie victimes du fascisme blanc.   Frère Noire, me voici ni moins pauvre que toi, Ni moins triste ou plus grand. Je suis parmi la foule L’anonyme passant qui grossit le convoi La goutte noire solidaire de tes houles. Voici, tes mains ne sont pas moins noires que nos mains, Et nos pas à travers des siècles de misère Marquent le même glas sur le même chemin : Nos ombres s’enlaçaient aux marches des calvaires. Car nous avons déjà côte à côte lutté. Lorsque je... [Lire la suite]
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24 juillet 2015

Jacques Roumain (1907 – 1944) : Bois d’Ebène : Prélude

  Bois d’ébène   Prélude.   Si l’été est pluvieux et morne si le ciel voile l’étang d’une paupière de nuage si la palme se dénoue en haillons si les arbres sont d’orgueil et noirs dans le vent et la    brume si le vent rabat vers la savane un lambeau de chant funèbre si l’ombre s’accroupit autour du foyer éteint si une voilure d’ailes sauvages emporte l’île vers les naufrages si le crépuscule noie l’envol déchiré d’un dernier mouchoir et si le cri blesse l’oiseau tu partiras   ... [Lire la suite]
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