05 juillet 2014

René Daumal (1908 – 1944) : Poème à Dieu et à l’homme

  Poème à Dieu et à l’homme   Dieu, Dieu, d'abord ce n'est pas à toi Dieu, ce n'est pas à Dieu que je parle, Dieu, je parle à ton inexistence, je lance droit mes yeux comme des pierres non pas sur toi, je lance droit mes deux yeux vers tout endroit, droit vers tout endroit où tu n'es pas comme des pierres lancées mais dans le vide comme des balles perdues   je lance ma voix comme une pierre vers tout endroit, tout droit vers tout endroit où tu n'es pas, je lance ma voix dans tout l'espace, mais, Dieu, ... [Lire la suite]
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04 juillet 2014

Catherine Pozzi ( 1882 – 1934) : Ave

      Ave   Très haut amour, s’il se peut que je meure Sans avoir su d’où je vous possédais, En quel soleil était votre demeure En quel passé votre temps, en quelle heure Je vous aimais,   Très haut amour qui passez la mémoire, Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour, En quel destin vous traciez mon histoire, En quel sommeil se voyait votre gloire, Ô mon séjour…   Quand je serai pour moi-même perdue Et divisée à l’abîme infini, Infiniment, quand je serai rompue, Quand... [Lire la suite]
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03 juillet 2014

Léon – Paul Fargue (1876 – 1947) : La Gare

La gare  A  Arthur Fontaine   Gare de la douleur j’ai fait toutes tes routes. Je ne peux plus aller, je ne peux plus partir. J’ai traîné sous tes ciels, j’ai crié sous tes voûtes. Je me tends vers le jour où j’en verrai sortir Le masque sans regard qui roule á ma rencontre Sur le crassier livide où je rampe vers lui, Quand le convoi des jours qui brûle ses décombres Crachera son repas d’ombres pour d’autres ombres Dans l’étable de fer où rumine la nuit.   Ville de fiel, orgues brumeuses sous... [Lire la suite]
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02 juillet 2014

Maurice Henry (1907 – 1984) : « Il n'y a plus rien ici-bas… »

   «… Il n'y a plus rien ici-bas. Les larmes me servent à tresser des haies. De quelque côté que je me tourne, mes regards glissent sur la façade lisse des murs, ou s'enchevêtrent dans les épines. Si j'étends le bras, je renverse un objet ; si je peux marcher, mes pieds rencontrent des pièges à loups, des tessons de bouteilles ou des rails en saillie, je tombe et voilà mon front qui saigne. Des obstacles, toujours.    « Les cris que je jette n'émeuvent personne. Je suis égaré dans la forêt... [Lire la suite]
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01 juillet 2014

Pierre –Albert Jourdan (1924 – 1981) : Jardin suspendu

Jardin suspendu   Surgissent à nouveau de vieilles douleurs, tout est en place. La porte s’ouvre sur des murmures de soleil, ponctuation de crêtes. Le fauteuil n’est qu’un peu de terre autour d’un tronc noirci. Puis vient l’apaisement, le déferlement de l’espace.   Les degrés de la sagesse, ici, sont de pierres grises, tachetées d’ombre, masquées d’herbes sèches, paroles élémentaires. Une saison clémente se met en marche, comment nommer ce fruit ?   Un dessin de sol craquelé, lambeau de désert bordé ... [Lire la suite]
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28 juin 2014

Jacques Dupin (1927 - 2012 ) : " j'ai cru rejoindre par instants..."

    J’ai cru rejoindre par instants une réalité plus profonde comme un fleuve la mer, occuper un lieu, du moins y accéder de manière furtive, y laisser une empreinte, y voler un tison, un lieu où l’opacité du monde semblait s’ouvrir au ruissellement confondu de la parole, de la lumière et du sang. J’ai cru traverser vivant, les yeux ouverts, le noeud dont je naissais. Une souffrance morne et tolérable, un confort étouffant se trouvaient d’un coup abolis, et justifiés, par l’illumination fixe de quelques mots... [Lire la suite]
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26 juin 2014

Jean – Pierre Hélouis (19?? - ) : L’Ours

    L’Ours     Il danse en musique au souvenir du feu qui lui chauffa les pieds, mais à son rythme rêve des forêts où il fut près du ciel. Tandis qu’il lève une patte, puis l’autre, en cadence, ses bras enlacent des fûts lointains ou, au septentrion, une compagne cosmique. Tantôt ils battent l’eau vers un éclair d’écaille, tantôt ils se tendent vers une épiphanie friande, un pain sauvage surgi des forces de la nuit dont l’or jaillit en rayons melliflues. L’animal de foire a les ... [Lire la suite]
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25 juin 2014

Michel Leiris (1901 – 1990) : Liquidation

Liquidation         Eveillé seul — sans route, bagage, campements, bêtes de selle ou de charge — dans la savane aigre de ma nuit.   Plus de chambre, d'air, de lueur, de temps — et pas de possibilité de fuite lunaire.   Grand mât sans signe ni oriflamme, — mentule fragile (à peine encore vivante),haute colonne à cannelures en rides amères plantées au centre de mon lit (ô neige! lait cristallin des douleurs...), je gis au pied de ce jet dédaigneux,... [Lire la suite]
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22 juin 2014

Hélène Cadou (1922 - 2014) : « Ce soir / la nuit est bleue… »

Ce soir La nuit est bleue   Avec un parfum de girofle Sous la pierre lente et chaude   Tu vas et viens De ton cœur Au jardin   Et le pouls des planètes Pourrait cesser de battre   Sans que la peur Ne soit nommée   Dans la douceur des choses.   Si nous allions vers les plages,  Editions Rougerie, 2003   De la même autrice : « J’ai vu des paysages… … » (22/06/2015) « Le monde est mon beau voyage… » (22/06/2016) Ilarie Voronca… (22/06/2017) « Le... [Lire la suite]
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21 juin 2014

René de Obaldia (1918 -) : les cuisses de Colette

  Les cuisses de Colette   Les cuisses de Colette Sont douces au toucher Comme des cacahuètes Qu’on aurait épluchées.   Je n’aime pas sa tête Ses yeux demi-pochés Son oreille en cuvette Son nez en arbalète Sa bouche endimanchée.   Mais j’aime bien ses cuisses Si douces au toucher. Pendant le Saint-Office L’un près de l’autre assis, Ma main vient s’y chauffer.   De profundis, ad te Domine, clamavi !   Que c’est doux ! Que c’est doux ! Plus doux qu’une souris Que le... [Lire la suite]
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