06 janvier 2015

Patrice de La Tour du Pin (1911 – 1975) : Prélude

    Prélude    Tous les pays qui n'ont plus de légende Seront condamnés à mourir de froid...   Loin de l'âme, les solitudes s'étendent Sous le soleil mort de l'amour de soi. A l'aube on voit monter dans la torpeur Du marais, des bancs de brouillard immenses Qu'emploient les poètes, par impuissance, Pour donner le vague à l'âme et la peur. Il faut les respirer quand ils s'élèvent Et jouir de ce frisson inconnu Que l'on découvre à peine dans les rêves, Dans les paradis parfois entrevus ; ... [Lire la suite]
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05 janvier 2015

Louise Labé (1526 – 1566) : « Je vis, je meurs… »

  Je vis, je meurs : je me brûle et me noie. J'ai chaud extrême en endurant froidure ; La vie m'est et trop molle et trop dure. J'ai grands ennuis entremêlés de joie ; Tout à un coup je ris et je larmoie, Et en plaisir maint grief tourment j'endure ; Mon bien s'en va, et à jamais il dure ; Tout en un coup je sèche et je verdoie.   Ainsi Amour inconstamment me mène ; Et, quand je pense avoir plus de douleur, Sans y penser je me trouve hors de peine.   Puis,... [Lire la suite]
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04 janvier 2015

Boris Vian (1920 – 1959) : Le temps de vivre

 Le temps de vivre   Il a dévalé la colline Ses pas faisaient rouler les pierres Là-haut entre les quatre murs La sirène chantait sans joie     Il respirait l’odeur des arbres Avec son corps comme une forge La lumière l’accompagnait Et lui faisait danser son ombre     Pourvu qu’ils me laissent le temps Il sautait à travers les herbes Il a cueilli deux feuilles jaunes Gorgées de sève et de soleil     Les canons d’acier bleu crachaient De courtes flammes de feu sec Pourvu... [Lire la suite]
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01 janvier 2015

Raymond Farina (1940 -) : « ce matin méthodique… »

IV   ce matin méthodique traçant haies et chemins sous le gris scrupuleux   je reste incrédule devant ce pays amical et paisible qui cherche à me persuader que les mouettes sont terrestres   Pays, Editions Folle Avoine ,1984
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23 décembre 2014

Yves Elléouët (1932 -1975) : Pencran

Pencran   parfois je dirige mon regard à l’intérieur vers Pencran qui me semble flotter sur une colline ennuagée   petit café-tabac je m’y vois lamper jadis du vin fort dans des grands verres la pluie crible la vitre on lève la tête tout est noir un ruban de papier tue-mouche pend dans la pénombre une vieille femme indistincte passe un chiffon humide sur le comptoir de bois   l’église est proche de la place aux arbres le cimetière la cerne vers le sud deux ou trois de mes ancêtres y sont désintégrés ... [Lire la suite]
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22 décembre 2014

Pascal Commère (1951 - ) : Derrière les vitres

Derrière les vitres   Une femme se tient debout derrière les vitres, et celui qu’on enterre aujourd’hui est peut-être son mari, ou son fils, ou quelqu’un qu’elle attend. Alors sa tête penche, comme lorsqu’on attend, que personne ne vient. Et le pays sans bruit ramasse ses ferrailles – il en traîne en tas dans les coins sous la rouille. Et dans ses yeux le jour a la couleur des pièces jaunes, que les marchands de fer paient les jours où il pleut sur le pays sans bruit. Comme lorsqu’on enterre un d’ici, tout à l’heure,... [Lire la suite]
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19 décembre 2014

Alan Botrel (1954- ) : Une fois encore

Une fois encore   J’ensevelirai jusqu’à mon silence sous la terre d’une pauvre éternité - c’est là, je le jure, mon seul désir ce soir – et mon rire cruel, depuis toujours luttant en moi, éloignera peines et malheurs.   Dormir sans fin sous une terre fertile, cœur libéré de toute angoisse, s’effondrer dans la brassée d’oubli des racines sèches des ifs brûlés qui chantonnent dans le traître avenir.   Freux crépusculaire, plus vieux chanteur, coasse tout ton saoul, coasse toujours, pour moi, maigre ... [Lire la suite]
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18 décembre 2014

André Velter (1945 - ) : Sur un thème de Walt Whitman

Sur un thème de Walt Whitman A François Chaumette        J’avance au-dedans de moi et me voilà très au-delà,      déjà largué plus loin que la mémoire, plus loin que ce que je vois      comme un amnésique aux yeux éblouis qui filerait droit en dansant      sur la ligne d’infini où la peau et les os s’accordent un vrai baiser de sable.        Ce n’est pas rien d’être ce mouvement violent aux lèvres du néant, ... [Lire la suite]
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17 décembre 2014

Henri de Régnier (1864 – 1936) : « Si j'ai parlé / De mon amour … »

Si j'ai parlé De mon amour, c'est à l'eau lente Qui m'écoute quand je me penche Sur elle ; si j'ai parlé  De mon amour, c'est au vent  Qui rit et chuchote entre les branches ;  Si j'ai parlé de mon amour, c'est à l'oiseau  Qui passe et chante  Avec le vent ;  Si j'ai parlé C'est à l'écho,   Si j'ai aimé de grand amour, Triste ou joyeux, Ce sont tes yeux ; Si j'ai aimé de grand amour, Ce fut ta bouche grave et douce, Ce fut ta bouche ; Si j'ai aimé de grand amour, Ce furent ta... [Lire la suite]
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15 décembre 2014

Jean – Luc Parant (1944 -) : Le monde de l’homme

Le monde de l’homme        L’homme est le monde et le monde existe devant lui parce - qu’il existe devant le monde. Quand il touche ce que ses yeux voient il touche              ses propres yeux et il fait la nuit sur son corps et sur le monde. L’homme se touche pour toucher le monde, et le monde tout entier le recouvre complètement.      Chaque homme voit ce que l’autre ne voit pas parce qu’il n’y a pas un seul... [Lire la suite]
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