13 août 2019

Geneviève d’Hoop (1945 -) : « je n’ai jamais cessé d’être... »

  à Vahé Godel   je n’ai jamais cessé d’être cette écorce vive qui mange ses syllabes et aboie ses mots   le temps transpire jusqu’à la plage où se défont mes rives   je clôture mes trois vies j’additionne mes impatiences je mesure l’espace déçu   étais-je un défaut un intervalle   qui m’a couverte de ruines pendant que je respirais le temps de l’aubépine   In, Revue » Poésie 1, N° 81-82, Novembre-Décembre 1980 » Le Cherche Midi éditeur, 1980
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12 août 2019

Michel Butor (1926 – 2016) : Les commissures du feu

  Les commissures du feu La herse qui suce les branches. Tu te ris de moi, inaccessible penses-tu... La peau du feu. La gueule qui se plisse ricane dans les étincelles bleues jaunes bleues Et les tourbillons de la fumée retombent. Le souffle du feu. Le grognement qui s’étend pousse sa bave pousse les brandons se dilate. Tu vas jusqu’à me tendre ta main. Le front, les tempes. Le masque du fer noir qui souffle s’épanouit dans les galeries blanches.   Le sang. La langue qui s’élargit dans les taillis du feu. Te... [Lire la suite]
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09 août 2019

Joachim du Bellay (1522 – 1560) : « Comme on passe en été... »

  Comme on passe en été le torrent sans danger, Qui soulait (*) en hiver être roi de la plaine, Et ravir par les champs d’une fuite hautaine L’espoir du laboureur et l’espoir du berger :     Comme on voit les couards animaux outrager Le courageux lion gisant dessus l’arène, Ensanglanter leurs dents, et d’une audace vaine Provoquer l’ennemi qui ne se peut venger :     Et comme devant Troie on vit des Grecs encor Braver les moins vaillants autour du corps d’Hector : Ainsi ceux qui jadis... [Lire la suite]
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08 août 2019

Roger Gilbert-Lecomte (1907 – 1943) : Illusion

  Illusion   La vie est morne et combien grise Et monotone ; rien n’irise Sa nuit opaque : l’Action. Victime de rêve, vision Irréelle – qu’importe ! – exquise   Berce-moi sainte illusion   Accours illusion féconde Viens recréer pour moi le monde, Ce monde bête où je meurs, Buveur de sang, buveur de pleurs Sur qui le crime hurle et gronde,   Trompe illusion mes rancoeurs   Endors, Illusion sublime L’ennui, cet indicible abîme, - Ennui sombre qui me poursuis ! – ... [Lire la suite]
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07 août 2019

Robert Nédélec (1946 -) : Le livre

  Le livre        Tu es au bord d’un ciel figé entre deux pluies, et tenant dans tes mains ce qu’il reste d’écume sur l’eau du premier soir,        Tu regardes la nuit relever à hauteur d’aine et de vagues la belle encre dont on enduit sa peau quand il faut se dresser pour semer dans le sable.        La mer va l’amble, lentement, se met au vert dans ton regard,        Et ton livre est ouvert à la page où le mort... [Lire la suite]
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06 août 2019

Robert Desnos (1900 – 1945) : De la rose de marbre à la rose de fer

  De la rose de marbre à la rose de fer   La rose de marbre immense et blanche était seule sur la place déserte où les      ombres se prolongeaient à l’infini. Et la rose de marbre seule sous le soleil      et les étoiles était reine de la solitude. Et sans parfum la rose de marbre sur     sa tige rigide au sommet du piédestal de granit ruisselait de tous les flots du      ciel. La lune s’arrêtait pensive en son cœur glacial et les déesses... [Lire la suite]
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04 août 2019

Victor Hugo (1802 – 1885) : Le Matin

  Le matin   Moriturus moriturae . Le voile du matin sur les monts se déploie, Vois, un rayon naissant blanchit la vieille tour ; Et déjà dans les cieux s'unit avec amour,           Ainsi que la gloire à la joie, Le premier chant des bois aux premiers feux du jour.     Oui, souris à l'éclat dont le ciel se décore ! - Tu verras, si demain le cercueil me dévore, Un soleil aussi beau luire à ton désespoir, Et les mêmes oiseaux chanter la même... [Lire la suite]
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03 août 2019

Joë Bousquet (1897 – 1950) : « Il ne fait pas nuit sur la terre ... »

            Il ne fait pas nuit sur la terre ; l’obscurité rôde, elle erre autour du noir. Et je sais des ténèbres si absolues que toute forme y promène une lueur et y devient le pressentiment, peut-être l’aurore d’un regard. Ces ténèbres sont en nous. Une dévorante obscurité nous habite. Les froids du pôle sont plus près de moi que ce puant enfer où je ne pourrais pas me respirer moi-même. Aucune sonde ne mesurera ces épaisseurs : parce que mon apparence est dans un... [Lire la suite]
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29 juillet 2019

Jean Rousselot (1913 – 2004) : Retour

  Retour   Malgré moi je me souviens des mansardes sombres Où l’ennui accrochait un sourire figé, Des linges qui sèchent au-dessus de l’âtre, De la cuvette usée et des vitres chevrotantes.   Malgré moi, j’ai pitié des cours profondes et visqueuses Sans oiseaux, sans feuilles tourbillonnantes Et du pétrin invisible qui geint en bas Nuit et jour, comme un forçat enterré.   Malgré moi, j’ai pitié des vieilles repasseuses Aux jambes lourdes, aux yeux rougis Et de l’ivrogne rentré tard qui bat sa femme ... [Lire la suite]
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27 juillet 2019

Jacques Dupin (1927 – 2012) : « Se lever tôt... »

  Se lever tôt, se coucher tard, restreindre l’espace de réparation   retrouver                     le souffle des mots perdus hors de la cage d’air   comme un cheval qui se bat contre les taons, le hasard, contre les mouches ... [Lire la suite]
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