08 juin 2015

Ilarie Voronca (1903-1946) : Mon peuple fantôme

  Mon peuple fantôme A J. Déesse   Entre mer et terre. Entre pierres et ciel. Avec le pain jaune de la route. Avec le vin rouillé de la forêt Voilà mon ouvrage accompli. Et les outils de travail Sont devenus des instruments de musique.   C’est ainsi Qu’à travers la flamme de la mémoire les objets se changent en      paroles. Sur le promontoire, ici, dernier vestige de l’homme. Rencontre. Le vent jette dans l’écume ses épées d’eaux Solitude coupée géométriquement par les... [Lire la suite]
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07 juin 2015

Jean-Philippe Salabreuil (1940 -1969) : Adieu

  Adieu   On dit que je m’amuse Et que bien sûr je fais exprès De hâler cette râpe de pierre au plus près De mon cœur léger d’érable qui s’use   Mais je suis parmi vous Devant l’établi sous la neige Les uns se sont assis d’autres mis à genoux Et maintenant de mes mains que ferai-je ?   Je ne suis pas venu Pour vous maudire ou vous comprendre Un matin j’ai quitté mon lit dans le ciel nu J’ai roulé dans votre printemps très tendre   Il y a si longtemps Que je mûris pêche pourrie Dans... [Lire la suite]
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06 juin 2015

Francis Ponge (1899 – 1988) : Le cageot

  Le cageot        A mi-chemin de la cage au cachot la langue française  a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.      Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins longtemps que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme.      A tous les coins de rues qui aboutissent aux... [Lire la suite]
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05 juin 2015

Armand Robin (1912 - 1961) : Sans Pays

  Sans pays        Me chassant de pays en pays, j’ai cherché dans toute terre des complices pour m’aider durement à m’exiler ; hôte sauvagement ingrat, j’ai prié les vents qui m’accueillaient de me porter vers des orages où me sentir flottant et menacé.                                         Je serai... [Lire la suite]
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04 juin 2015

Jacques Prevel (1915-1951) : « Ce que je peux dire… »

  Ce que je peux dire C’est que j’ai vécu sans rien comprendre C’est que j’ai vécu sans rien chercher Et ce qui m’a poussé jusqu’à l’extrême mesure Jusqu’à l’extrême dénuement C’est en moi je ne sais quelle force Comme un rire qui transparaîtrait dans un visage tourmenté Quand on a vu toutes les choses se perdre et mourir Et quand on est mort comme elles de les avoir aimées Le vent les feuilles la pluie le froid et l’amour qui leur donnait      une mémoire Je ne pourrai plus jamais sans doute me... [Lire la suite]
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03 juin 2015

Yves Bonnefoy (1923 -2016 ) : Théâtre

Théâtre   I Je te voyais courir sur des terrasses, Je te voyais lutter contre le vent, Le froid saignait sur tes lèvres.   Et je t’ai vue te rompre et jouir d’être morte ô plus belle Que la foudre, quand elle tache les vitres blanches de ton      sang.   II    L’été vieillissant te gerçait d’un plaisir monotone, nous méprisions l’ivresse imparfaite de vivre,      « Plutôt le lierre, disais-tu, l’attachement du lierre aux pierres de sa nuit :... [Lire la suite]
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02 juin 2015

Alliette Audra (1897-1962) : « N’envoyez plus de lettres… »

  N’envoyez plus de lettres, seulement des feuilles d’arbres, que le soleil détache ou le vent cueille ou l’automne abat et dépose entre vos mains. Je ne les recevrai jamais le lendemain, mais j’ai depuis toujours l’habitude d’attendre et mon cœur, de veiller, n’en sera pas moins tendre. Vous ne pourrez, c’est vrai, rien écrire dessus, cependant je lirai comme si j’avais su les paroles que vous formulez dans votre âme tant vos rêves ont pour moi l’éclat de la flamme. Choisissez les couleurs suivant le ton des jours ;... [Lire la suite]
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01 juin 2015

André Spire (1868 -1966) : Retour

Retour             Et cela s’incline avec une dévotion hypocrite, ou cela se gonfle avec outrecuidance. Heine   « Bonjour, monsieur, Comment va madame votre grand-mère ? Et l’usine ? Arrivez-vous à trouver les matières premières ? Avez-vous obtenu des ouvriers militaires ? En êtes-vous content ? Ils filent doux, hein, maintenant ! Plus d’inspection du travail, plus de questions de salaires, plus de grèves ! Et... [Lire la suite]
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30 mai 2015

Paul Fort (1872 -1960) : Le bonheur

Le bonheur        Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer.        Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite. Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.        Dans l'ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite, dans l'ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.        Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite, sur... [Lire la suite]
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29 mai 2015

Tristan Corbière (1845 – 1875) : La pastorale de Conlie

La Pastorale de Conlie Par un mobilisé du Morbihan    Moral jeunes troupes excellent. OFF.  Qui nous avait levés dans le Mois-noir - Novembre -                Et parqués comme des troupeaux Pour laisser dans la boue, au Mois-plus-noir - Décembre -                Des peaux de moutons et nos peaux !   Qui nous a lâchés là :... [Lire la suite]
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