04 juin 2020

Jacques Prevel (1915 – 1951) : Tous nos amis sont morts

Jacques Prevel de profil, par Antonin Artaud Tous nos amis sont morts A Roger-Gilbert Lecomte, René Daumal, Hendrick Kramer, Luc Diétrich.   Tous nos amis sont morts Nous nous sommes égarés malgré tous nos espoirs Mais nous étions des êtres incapables de mourir Et nous avons été trop semblables à nous-mêmes Et jamais personne ne comprendra Jamais personne ne nous entendra Jamais personne ne se souviendra   Et ce soir avec ma poitrine ouverte A tous les battements d’un lourd désastre Je me souviens avec mes... [Lire la suite]
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01 juin 2020

Robert Marteau (1925 – 2011) : « J’aime au linge... »

  J’aime au linge associer la guêpe Surtout si l’été fut clair et l’ombre striée Par les fentes des volets. Le sang court plus vite Dans les vaisseaux et on voit mieux les taches Sur la peau des vipères. Même les ronces deviennent Venimeuses, les femmes descendent vers la rive Et regardent dans l’eau trembler leur corps Parmi les peupliers. Le linge à cause des guêpes Se fait ruche et guêpière, lacère les hanches, Sur la mousse s’amoncelle et débordant des brouettes Livre au courant ses taches, ses lunes, ses... [Lire la suite]
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31 mai 2020

Jean Le Mauve (1939 – 2001) : Ma vie s’envaste

  Ma vie s’envaste   Je vous aime petites fleurs des champs piquées dans les poils d’herbe et vous aussi vaches à têtes carrées, grosses pâquerettes, broutant le pré qui touche au ciel, peignant un nuage avec votre queue. Je vous aime chenilles, escargots, paons du jour et vous aussi sales mouches. Je vous aime bourgeons sucrés, petites feuilles, petites flammes d’un vert pointu comme les yeux des chats et vous aussi grandes feuilles lisses comme des miroirs, et vous encore feuilles tombées, maquillées, trouées... [Lire la suite]
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26 mai 2020

Patrice de La tour Du Pin (1911 – 1975) : La traque

  La traque   J’avais suivi tes pas perdus au fond des bois, Ils menaient aux ravins gonflés par les averses, Et là, je t’ai trouvée, abattue et sans voix, Frissonnant du froid de l’aube qui transperce.   Je te caressai sur tes ailes divines... Ne tremble pas toujours entre mes bras ouverts ; Je t’ai prise, dormant comme une sauvagine Blessée, ou lasse d’avoir volé sur la mer.   Sache que c’est pour ton sourire que j’ai fui, Que je t’ai portée aux longues heures de traque, Qu’au lever de... [Lire la suite]
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25 mai 2020

Angèle Vannier (1917 – 1980) : Vent printemps

  Vent printemps   Celles qu’on éteignait celles au blanc promises Celles qu’on habillait de silence et de froid Celles qui ronronnaient des leçons bien apprises Cœur battant cils baissés mais qui n’y croyaient pas.   Celles qu’on enfermait dans des chapelles grises Celles qu’on emmurait dans les plus hautes tours Celles qui n’attendaient qu’un signe de la brise Ont cassé leurs carreaux pour passer dans l’amour.   Nous t’embrasserons trois fois sur la bouche Chevalier printemps pas très comme il... [Lire la suite]
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24 mai 2020

Louis Aragon (1897 – 1982) : Air du temps

  Air du temps   Nuage Un cheval blanc s’élève et c’est l’auberge à l’aube où s’éveillera le premier venu Vas-tu traîner toute ta vie au milieu du monde à demi mort à demi endormi Est-ce que tu n’es pas fatigué des lieux communs Les gens te regardent sans rire Ils ont des yeux de verre Tu passes Tu perds ton temps. Tu passes Tu comptes jusqu’à cent et tu triches pour tuer dix secondes encore Tu étends le bras longuement pour vieillir N’aie pas peur Un jour ou l’autre il n’y aura plus qu’un jour et puis un... [Lire la suite]
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20 mai 2020

Laure Morali (1972 -) : Grâce

 Grâce Grâce aux vents qui me tiennent chauds Grâce à la caresse de l’air Et au bruit enivrant de la ville Grâce aux fleurs que je plante Et au ciel qui se couvre Grâce aux mouvements calme des draps sur la corde à linge Grâce aux grands yeux d’un petit garçon Grâce à l’amour qui n’appartient à personne Et glisse lentement avec l’eau de l’orage sous la terre Grâce au tintement des casseroles chaque soir à huit heures Grâce aux amies qui vous prêtent leurs vêtements Grâce aux charbons ardent de la colère ambiante ... [Lire la suite]
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19 mai 2020

Paul Eluard (1895 – 1952) : L’Unique

  L’UNIQUE             Elle avait sur la tranquillité de son corps           Une petite boule de neige couleur d’œil                     Elle avait sur les épaules           Une tache de silence, une tache de rose ... [Lire la suite]
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17 mai 2020

Paul Verlaine (1844 – 1896) : L’heure du berger

  L'heure du berger   La lune est rouge au brumeux horizon ; Dans un brouillard qui danse, la prairie S'endort fumeuse, et la grenouille crie Par les joncs verts où circule un frisson ;   Les fleurs des eaux referment leurs corolles ; Des peupliers profilent aux lointains, Droits et serrés, leurs spectres incertains ;   Les chats-huants s'éveillent, et sans bruit Rament l'air noir avec leurs ailes lourdes, Et le zénith s'emplit de lueurs sourdes. Blanche, Vénus émerge, et c'est la Nuit.   ... [Lire la suite]
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16 mai 2020

Isidore Ducasse, comte de Lautréamont (1846 – 1870) : « Les magasins de la rue Vivienne.... »

Lautréamont, par Arnaud Courlet de Vregille, 2012   Les magasins de la rue Vivienne étalent leurs richesses aux yeux émerveillés. Eclairés par de nombreux becs de gaz, les coffrets d’acajou et les montres en or répandent à travers les vitrines des gerbes de lumière éblouissante. Huit heures ont sonné à l’horloge de la Bourse : ce n’est pas tard ! A peine le dernier coup de marteau s’est-il fait entendre, que la rue, dont le nom a été cité, se met à trembler, et secoue ses fondements depuis la place Royale... [Lire la suite]
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