26 juin 2019

Pierre Dhainaut (1935 - ) : Levées d’empreintes

  Levées d’empreintes   1. Inlassablement, et disant cela, on a beau détacher chaque syllabe afin de lui être présent, ce mot-là ou un autre, qu’importe, tous se ressemblent, on n’a pu faire un tri, on  recrée le bruit de ces blocs lorsqu’ils s’écroulent, un à un, des falaises, sans que l’on sache en différer la chute, la vague aussi avide en s’éloignant continue son travail de sape, continue de mêler silence, tumulte, on voit comme on entend, comme on respire, inlassablement donc, le resserrement de la... [Lire la suite]
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24 juin 2019

Vénus Khoury-Ghata (1937) : « Lorsqu’un arbre pleure toute sa sève... »

  Lorsqu’un arbre pleure toute sa sève qu’il se frappe l’aubier pour exprimer sa douleur qu’il se traîne à genoux autour de son écorce il faut lui parler le langage d’avril lui dire l’automne n’est qu’une invention.   Anthologie personnelle Actes Sud, 1997 De la même auteure : « Parce que leurs noms étaient trop larges… » (19/01/2016)
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22 juin 2019

Paul de Roux (1937 – 2016) : Les discrets

  Les discrets   Peut-être sont-ils dans l’ombre comme dans la lumière, il suffit d’aimer cette lézarde dans le mur, une graine y a volé dans la poussière et tu peux voir la plante inaccessible fleurir : les dieux couvent l’obscure germination, l’attention au petit est l’encens qu’ils agréent ; eux qui ne connaissent pas la distance de l’étoile à la haie s’endorment sur le calice d’une rose.   Le soleil dans l’œil Editions Gallimard, 1998 Du même auteur : Le corps rayonnant (22/06/2018)
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18 juin 2019

Olivier de Magny (1529 – 15961) : « Je cherche paix... »

  Je cherche paix, et ne trouve que guerre, Ores j’ai peur, ores je ne crains rien, Tantôt du mal  et tantôt j’ai du bien, Je vole au ciel et ne bouge de terre.   Au coeur douteux l'espérance j'enserre, Puis tout à coup je lui romps le lien, Je suis à moi et ne puis être mien, Suivant sans fin qui me fuit et m’enferre.   Je vois sans yeux, je cours sans déplacer, Libre je suis et me sens enlacer D'un poil si beau que l'or même il égale :   J’englace au feu, je brûle dedans l'eau,  ... [Lire la suite]
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17 juin 2019

Jean Tardieu (1930 – 1995) : Le tombeau de Monsieur Monsieur

  Le tombeau de Monsieur Monsieur   Dans un silence épais Monsieur et Monsieur parlent c'est comme si Personne avec Rien dialoguait.   L'un dit : Quand vient la mort pour chacun d'entre nous c'est comme si personne avait jamais été. Aussitôt disparu qui vous dit que je fus ?   - Monsieur, répond Monsieur, plus loin que vous j'irai : aujourd'hui ou jamais je ne sais si j'étais. Le temps marche si vite qu'au moment où je parle (indicatif - présent) je ne suis déjà plus ce que j'étais... [Lire la suite]
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16 juin 2019

Paul Valéry (1871 – 1945) : Narcisse parle

  Narcisse parle. Narcissæ placandis manibus.     O frères ! tristes lys, je languis de beauté Pour m’être désiré dans votre nudité, Et vers vous, Nymphes, Nymphes, ô Nymphes des fontaines Je viens au pur silence offrir mes larmes vaines.   Un grand calme m’écoute, où j’écoute l’espoir. La voix des sources change et me parle du soir ; J’entends l’herbe d’argent grandir dans l’ombre sainte, Et la lune perfide élève son miroir Jusque dans les secrets de la fontaine éteinte.   Et... [Lire la suite]
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14 juin 2019

Roger Milliot (1927 – 1868) : Qui ?

  Qui   Qui parle en moi, qui me regarde, d’où ? Qui dit le bien, le mieux, le pire ? Qui veut l’amour, qui nie l’amour ? Qui perce des issues, qui ouvre des gouffres ? Qui se sent étranger ? Qui habite le vide Où ce grand cri résonne ? Qui tient haut les étoiles ? Qui veut la vie, qui veut la mort ? Décembre 1966   Qui ? Edition complète et définitive Mostra del Larzac, 1969 Du même auteur : Pour une mort choisie (08/07/2014) « Je me forçais à naître chaque jour… »... [Lire la suite]
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14 juin 2019

Michel Dugué (1946 -) : « Mais la douleur s’avoue vivace... »

        ..... Mais la douleur s’avoue vivace lorsqu’un subtil éclairage attendrit les eaux. Chaque pierre tressaille comme au sortir d’un malaise ou d’une période de mutisme. Le ciel déverse ses bleus, ses mauves, ses blancs. Enrobe les rives, y met de l’air et des rumeurs. C’est d’un retour qu’il s’agit où le regard se libère de trop d’insistance. De celle qui, par exemple, nous fait prendre une nappe de brume pour un linceul ou le cri d’un goéland pour un funeste oracle.   Mais il y a la mer ... [Lire la suite]
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13 juin 2019

Yves Bonnefoy (1923 – 2016) : La pluie sur le ravin

  La pluie sur le ravin   I Il pleut, sur le ravin, sur le monde. Les huppes Se sont posées sur notre grange, cimes De colonnes errantes de fumée. Aube, consens à nous aujourd'hui encore.   De la première guêpe J'ai entendu l'éveil, déjà, dans la tiédeur De la brume qui ferme le chemin Où quelques flaques brillent. Dans sa paix Elle cherche, invisible. Je pourrais croire Que je suis là, que je l'écoute. Mais son bruit Ne s'accroît qu'en image. Mais sous mes pas Le Chemin n'est plus le chemin, rien que... [Lire la suite]
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08 juin 2019

Ilarie Voronca (1903 – 1946) : Amitié du poète

  Amitié du poète A Jules Supervielle.   Le ciel est une vitre mal lavée en octobre Le vent qui fait les cent pas devant ma porte Une rumeur, un orchestre de foire quelque part Et le souvenir – feu qui prend mal et qui fume.   Sont-ce les cris des vignerons, les bruits des tonneaux Que l’on range au fond d’une cour vaporeuse ? Est-ce la ville où tu es prisonnier, sont-ce les rues Très lourdes comme des chaînes attachées à tes pieds ?   Je pense à toi poète, aux paroles simples Que tu... [Lire la suite]
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