05 septembre 2016

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont (1846 – 1870) : « Vieil océan, ô grand célibataire… »

        Vieil océan, ô grand célibataire, quand tu parcours la solitude solennelle de tes royaumes flegmatiques, tu t’enorgueillis à juste titre de ta magnificence native, et des éloges vrais que je m’empresse de te donner. Balancé voluptueusement par les molles effluves de ta lenteur majestueuse, qui est le plus grandiose parmi les attributs dont le souverain pouvoir t’a gratifié, tu déroules, au milieu d’un sombre mystère, sur toute ta surface sublime, tes vagues incomparables, avec le... [Lire la suite]
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27 août 2016

Robert Marteau (1925 – 2011) : « Un arbre éperdument… »

      Un arbre éperdument jette ses bras au ciel Car le lierre à la longue l'a étranglé : On le voit qui voudrait à tout prix s'agripper À tout ce qui passe en fait de nuages, brumes, Mais il ne saisit rien, et c'est l'insaisissable Qui s'empare sournoisement de lui, l'évide, Le point de l'écorce au cœur sans que compatissent Pour autant les étourneaux qui viennent en bandes S'y poser, y sifflant et modulant leurs notes, Surtout quand le soleil descend, visible ou non, Et qu'il va faire nuit. Et quand... [Lire la suite]
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26 août 2016

Henri Pichette (1924 – 2000) : « Je fais corps… »

  …….      Je fais corps      Avec l’âme, Avec le fleuve entre ses bords de poussière vivante,      Avec la mer En tous sens éprouvée par d’assoiffés navires,      Avec l’embrun aux fins délires      Et la buée sur l’œil du phare ; Le miroir de la mort ne m’a pas aveuglé ;      Je demeure éveillé      Avec l’engrais et le limon Le lehm, la boue, le loess, les goémons, ... [Lire la suite]
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25 août 2016

Denis Rigal (1938 - ) : Des fins premières

    Des fins premières   AVANT-GUERRE   une après-midi d’été longue et des pommiers les ombres loin vers l’est étendues et l’on a la matrice du temps pour bellement refaire le monde et ses rivières la volupté des barques et rouge vif les fruits pendant aux rives dans le possible jour qui ne va nulle part qui culmine dans le silence cristallin juste avant les fifres et les trombes   EN AMONT D’UNE PHRASE REVEE PAR FRANCIS PONGE   Dans ce jardin j’ai descendu sur l’herbe tendre de ce... [Lire la suite]
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24 août 2016

Jean Genet (1910 – 1986) : Un chant d’amour

  Un chant d’amour   à LUCIEN Sénemaud     BERGER descends du ciel où dorment tes brebis ! Au duvet d’un berger bel Hiver je te livre) Sous mon haleine encore si ton sexe est de givre Aurore le défait de ce fragile habit. Est-il question d’aimer au lever du soleil ? Leurs chants dorment encore dans le gosier des pâtres. Écartons nos rideaux sur ce décor de marbre ; Ton visage ahuri saupoudré de sommeil.   Ô ta grâce m’accable et je tourne de l’œil Beau navire habillé pour la... [Lire la suite]
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23 août 2016

Luc Bérimont (1915-1983) : Remouleur

  Remouleur   Septembre avait l’ardeur d’un chien roux dans les vignes Une flamme tremblait au bord de la maison Maintenant, c’est le vent qui dévale les combes Les arbres calcinés qui rongent les gazons.   La pluie pieds nus, la pluie rôdeuse d’avant l’aube Marche sur les hangars et les troupeaux transis, La fenêtre capture un vol d’oiseaux sauvages Qui rament des forêts de bronze dans l’air gris.   Il ne restera rien que le pain, que la neige Que le Layon gelé dans le bas du coteau ; Le ciel des... [Lire la suite]
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22 août 2016

José – Maria de Heredia ( 1842 – 1905) : La sieste

  La sieste     Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude, Tout dort sous les grands bois accablés de soleil Où le feuillage épais tamise un jour pareil Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.   Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil, De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.   Vers la gaze de feu que trament les rayons, Vole le frêle essaim des riches... [Lire la suite]
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16 août 2016

Charles Cros (1842-1888) : Matin

  Matin   Voici le matin bleu. Ma rose et blonde amie Lasse d'amour, sous mes baisers, s'est endormie. Voici le matin bleu qui vient sur l'oreiller Éteindre les lueurs oranges du foyer.   L'insoucieuse dort. La fatigue a fait taire Le babil de cristal, les soupirs de panthère, Les voraces baisers et les rires perlés. Et l'or capricieux des cheveux déroulés   Fait un cadre ondoyant à la tête qui penche. Nue et fière de ses contours, la gorge blanche Où, sur les deux sommets, fleurit le sang... [Lire la suite]
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15 août 2016

André Hardellet (1913-1974) : Le voyeur

    Le voyeur        Le voyeur a trente-quatre ou soixante-douze ans, il est vêtu misérablement ou avec recherche, mais, toujours, son attitude provoque la méfiance ; il ressemble à un homme égaré en plein midi au milieu de la ville. Malgré son nom, les divertissements érotiques d’autrui ne l’ontjamais attiré outre mesure : il recherche de plus déroutants spectacles.        Vous l’apercevrez comme frappé de stupeur devant une porte cochère, un arbre,... [Lire la suite]
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14 août 2016

Pierre-Jean Jouve (1887- 1976) : Adieu

      I Noir. Noir. Sentiment noir.   Frappe image noire un coup retentissant sur le gong du lointain Pour l'entrée à l'épaisseur bien obscure de ce coeur L'épaisse cérémonie à la longue plaine noire De l'intérieur et de l'adieu, de minuit et du départ ! Frappe, comme un gong noir à la porte d'enfer ! Un aigre vent soulève les roseaux des sables Confond les monts Sous les nuées de mauvais temps de la mémoire Fait retomber la vague en éclatante blancheur dans le néant. C'est la journée épaisse... [Lire la suite]
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