04 mars 2019

Gil Jouanard (1937 -2021) : « Fibres... »

    Fibres. Le bois descend dans ses artères, lente voix s’effaçant dans l’épaisseur des terres. Les nervures de chaque mot, et son squelette, sous le mécanisme du souffle. Brun tiède, telle, l’odeur se dicte sous la saignée des arbres dont l’écorce ne masque plus le rêve. Dans les cavernes du néocortex résonne à petit feu l’ « en avant » des premières flammes. Le bois, demeure repliée sur le cri contenu. Et dans la montagne lentement s’enfonce la chair savante du silence.   Revue « Poésie... [Lire la suite]
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04 mars 2019

Saint-Pol-Roux (1861 – 1940) : Pour dire aux funérailles des poètes

  Pour dire aux funérailles des poètes            ALLEZ BIEN DOUCEMENT, MESSIEURS LES FOSSOYEURS        Allez bien doucement, car ce cercueil n’est pas comme les autres en qui se trouve un bloc d’argile enlinceulé de langes, celui-ci recèle entre ses planches un trésor magnifique, un trésor que recouvrent deux ailes très blanches comme il s’en ouvre aux épaules fragiles des anges.            ALLEZ BIEN... [Lire la suite]
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28 février 2019

Alphonse de Lamartine (1790 – 1869) : L’Infini dans les cieux

  L'infini dans les cieux   C'est une nuit d'été ; nuit dont les vastes ailes Font jaillir dans l'azur des milliers d'étincelles ; Qui, ravivant le ciel comme un miroir terni, Permet à l'oeil charmé d'en sonder l'infini ; Nuit où le firmament, dépouillé de nuages, De ce livre de feu rouvre toutes les pages ! Sur le dernier sommet des monts, d'où le regard Dans un trouble horizon se répand au hasard, Je m'assieds en silence, et laisse ma pensée Flotter comme une mer où la lune est bercée.   L'harmonieux... [Lire la suite]
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27 février 2019

Clod’Aria (1916 – 2015) : La mère de famille

  La mère de famille   Et quand elle eut trimé tant trimé tant gratté tant frotté tant râclé qu’elle en devint ridée   Et quand elle eut cousu tant cousu tant rabattu décousu recousu qu’elle en devint bossue   Et quand elle eut donné tant donné tant distribué partagé prodigué qu’elle en fut dépouillée   Alors ils s’en allèrent bien nippés bien repus égoïstes ingénus   et la mère mourut. (Croquis sur le vif, 1964)   Poèmes choisis Plein chant éditeur, 1976   De la... [Lire la suite]
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24 février 2019

Philippe Desportes (1546 – 1606) : « Depuis le triste point de ma frêle naissance...

  Depuis le triste point de ma frêle naissance Et que dans le berceau pleurant je fus posé, Quel jour marqué de blanc m’a tant favorisé Que de l’ombre d’un bien j’aie eu de la jouissance ?   A peine étaient séchés les pleurs de mon enfance Qu’au froid, au chaud, à l’eau je me vis exposé, D’amour, de la fortune, et des grands maîtrisé, Qui m’ont payé de vent pour toute récompense.   J’en suis fable du monde, et mes vers dispersés Sont les signes piteux des maux que j’ai passés, Quand tant de fiers... [Lire la suite]
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23 février 2019

Paul – Jean Toulet (1867 – 1920) : « Voici que j’ai touché... »

  Voici que j’ai touché les confins de mon âge. Tandis que mes désirs sèchent sous le ciel nu, Le temps passe et m’emporte à l’abîme inconnu, Comme un grand fleuve noir, où s’engourdit la nage.   (Coples, 53)   Les Contrerimes Editions du Divan, 1921 Du même auteur : En Arles (10/11/2014) « L’immortelle, et l’œillet de mer… » (23/02/2016) Le tremble est blanc (23/02/2017) « Puisque tes jours ne t’ont laissé… »  (23/02/2018) « Toute allégresse... » (23/02/2020) ... [Lire la suite]
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18 février 2019

Théodore Agrippa d’Aubigné (1552 – 1630) : « Les rois, qui sont du peuple... »

  Les rois, qui sont du peuple et les rois et les pères Du troupeau domestique sont les loups sanguinaires ; Ils sont l’ire allumée et les verges de Dieu, La crainte des vivants ; ils succèdent au lieu Des héritiers des morts ; ravisseurs de pucelles, Adultères, souillant les couches des plus belles Des maris assommés, ou bannis pour leur bien, Ils courent sans repos, et quand ils n’ont plus rien Pour souler l’avarice, ils cherchent autre sorte Qui contente l’esprit d’une ordure plus forte. Les... [Lire la suite]
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05 février 2019

Heather Dohollau (1925 – 2013) : L'Ombre au soleil

  L’Ombre au soleil     Pour Vincent Van Gogh   LA ROUTE   Si le soleil existe je suis son ombre Son creux sur la terre Qui tourne autour de moi, la bien-aimée Je prends le vide dans mes bras Et c’est l’eau qui coule un glissement de pétales Ces arbres plus loin Je commence en dehors Le cri de l’oiseau est l’espace Ah ! d’exister absent Et coucher sur la toile Son corps de désir A l’intérieur de la vue   LA CHAMBRE   Ici je repose Dans les couleurs de cette pièce Jadis... [Lire la suite]
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29 janvier 2019

Benjamin Péret (1899 – 1959) : Se laver les mains

Mine de plomb sur papier par Maurice Henry   Se laver les mains   Il a donné sa vaisselle à laver au Gulf-Stream doré ses petits pains avec un rayon de soleil et maintenant il se fait une ceinture avec la queue qu’il a arrachée au diable Tout cela lui vaudra de rencontre la danse de Saint-Guy au pied d’un escalier en colimaçon qui fait la pluie et le beau temps comme un petit oiseau sur le chapeau des braves gens C’est pour cela que je n’ai pas de chapeau c’est pour cela aussi que les poux détestent les miroirs... [Lire la suite]
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27 janvier 2019

Bernard Noël (1930 - 2021) : Lettre verticale / Bram

  Lettre     verticale   bram             arracher la grimace rien et rien et rien art n’est pas travail mais attente   vers le fond vers le sans fond au plus bas ne pouvant pas ne pas   vif errant engouffré dans l’ahan de l’agonie dépris du oui et refait nu   je démens moi explosion calme   pas de savoir métier en débâcle il n’ y a que la blessure et non et le silence   la main additionne lumière et... [Lire la suite]
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