15 août 2017

André Hardellet (1913 – 1977) : Poème

  Poème   Le mystère - c'est la voix étouffée des ramoneurs derrière les murs, et le parcours      de la Grange- Batelière sous l'Opéra. La peur - c'est un roulement de tombereau, la nuit, dans un bois où ne passe aucune      route. La douceur - c'est un vol de chouette, sous le taillis, au crépuscule.   Le contentement - c'est l'odeur d'une blonde qui, lente, efface ses bas noirs.   L'angoisse - c'est la congestion, comme une émeute violette, sur le bitume... [Lire la suite]
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14 août 2017

Pierre – Jean Jouve (1887 – 1976) : Eclairement

  Eclairement   J’émerge alors de l’angoisse quand le soleil Perce en se souvenant de sa droite les brumes A la saison vieillie par les glaives du ciel Bleu profond qui réchauffe encor les amertumes   Et me souviens : vous êtes amoureusement Tout amoureusement à toute heure de vie Si je sais vous aimer dès le souffle aspirant Seulement vous aimer où votre sein supplie   A la plaie ! Seulement uniquement aimer Par souffle et par poil frémissant et par penser Votre être ; et votre... [Lire la suite]
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11 août 2017

Michel Butor (1926 – 2016) : Vers l’été

    Vers l’été 1 Les nuages se séparent avec regrets   Les plaques de neige se fendillent pour laisser perler un torrent   Sur les phylactères des montagnes les anges calligraphient des runes indéchiffrables   C’est sur leur partition qu’ils improvisent mais nous n’entendons pas leur cantilène seulement la soufflerie des orgues   La nuit se fait plus indulgente il y a des aubes sans gelée blanche   Les étangs polissent leurs miroirs la roue des paons s’irise et se bronze ... [Lire la suite]
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09 août 2017

Joachim Du Bellay (1522 – 1560) : « J'aime la liberté…

  J'aime la liberté, et languis en service, Je n'aime point la Cour, et me faut courtiser, Je n'aime la feintise, et me faut déguiser, J'aime simplicité, et n'apprends que malice ; Je n'adore les biens, et sers à l'avarice, Je n'aime les honneurs, et me les faut priser, Je veux garder ma foi, et me la faut briser, Je cherche la vertu, et ne trouve que vice ; Je cherche le repos, et trouver ne le puis, J'embrasse le plaisir, et n'éprouve qu'ennuis, Je n'aime à discourir, en raison je me fonde ; J'ai le... [Lire la suite]
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08 août 2017

Roger Gilbert – Lecomte (1907 – 1943) : Chassé – croisé du coma

      Chassée croisé du coma   Eh, l’angoisseux, l’agonisant quand tu verras, le ciel : un dôme d’or tacheté de points noirs stellaires, et la lune pastille noire sur un grand ventre de lumière le temps sera venu : voici ta mort dernière voici ta naissance première.   Oeuvres complètes, T.II Editions Gallimard, 1975 Du même auteur : Je n’ai pas peur du vent (08/08/2014) Sacre et massacre de l’amour (08/0820/15)  Le vent d’après / le vent d’avant 08/(08/2016) Le fils de... [Lire la suite]
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07 août 2017

Claude Couffon (1926 – 2013) : Fenêtre sur la nuit

  Fenêtre sur la nuit (fragments)   « J’écris avec des mots déterrés la nuit » Edouard Glissant   Nuit   Sur l’eau polie du rêve glisse un vide nostalgique la nuit dicte son silence aux mots Pourtant au fond lueur instinctive s’entrouve – presque imperceptible – la fenêtre du mystère…     Mots (I)   Dans le feu jaune de la nuit les mots parfois scintillent ou fuient violets verdâtres collier brisé froid mort dans les doigts de l’imaginaire     ... [Lire la suite]
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06 août 2017

Robert Desnos (1900 – 1945) : Infinitif

  Infinitif   Y mourir ô belle flammèche y mourir voir les nuages fondre comme la neige et l’écho origines du soleil et du blanc pauvres comme Job ne pas mourir encore et voir durer l’ombre naître avec le feu et ne pas mourir étreindre et embrasser amour fugace le ciel mat gagner les hauteurs abandonner le bord et qui sait découvrir ce que j’aime omettre de transmettre mon nom aux années rire aux heures orageuses dormir au pied d’un pin grâce aux étoiles semblables à un numéro et mourir ce que j’aime au bord... [Lire la suite]
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04 août 2017

Victor Hugo (1802 – 1885) : Stella

Portrait par Achille Devéria, 1829 . Musée Carnavalet   Stella   Je m'étais endormi la nuit près de la grève. Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve, J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin. Elle resplendissait au fond du ciel lointain Dans une blancheur molle, infinie et charmante. Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente. L'astre éclatant changeait la nuée en duvet. C'était une clarté qui pensait, qui vivait ; Elle apaisait l'écueil où la vague déferle ; On croyait voir une âme à travers une... [Lire la suite]
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03 août 2017

Edmond Jabès (1921 - 1991) : Je vous écrit d’un pays pesant

      Je vous écris d’un pays pesant     Aussi belle que la main de l'aimée sur la mer. Aussi seule.   J'écris pour vous. La douleur est un coquillage. On y écoute      perler le cœur. J'écris pour vous, au seuil de l'idylle, pour la plante aux feuilles         d'eau, aux épines de flammes, pour la rose d'Amour. J'écris pour rien, pour les mots luisants que trace ma mort, pour      l'instant de vie éternellement... [Lire la suite]
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02 août 2017

Jean-Marie Le Sidaner (1947-1992) : L’homme du Finistère

  L’homme du Finistère   On lui demande où il loge. Il répond à la fin des terres habitées. Rien ne distingue ce lieu des fougères, des genêts, du roc. Mais la mer paraît venir de plus loin. Vous vous avancez sur un sentier, vous éprouvez soudain le besoin de poursuivre les pieds nus. Vous découvrez sur la lande des poissons éventrés par les oiseaux. Vous rassemblez des herbes dans une enceinte de galets. A la tombée de la nuit vous allumez le feu des naufrageurs. Il vous arrive sur la peau des bouches, ... [Lire la suite]
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