23 février 2018

Paul - Jean Toulet (1867 – 1920) : « Puisque tes jours ne t’ont laissé… »

  Puisque tes jours ne t’ont laissé Qu’un peu de cendres dans la bouche, Avant qu’on ne tende la couche Où ton cœur dorme, enfin glacé Retourne, comme au temps passé, Cueillir, près de la dune instable, Le lys qu’y courbe un souffle amer, - Et grave ces mots sur le sable : Le rêve de l’homme est semblable Aux illusions de la mer.   Les Contrerimes Editions du Divan, 1921 Du même auteur : En Arles (10/11/2014) « L’immortelle, et l’œillet de mer… » (23/02/2016) Le tremble est blanc... [Lire la suite]
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21 février 2018

Joyce Mansour (1928 – 1986) : Trous noirs

  Trous noirs   Nommer une blessure avant qu’elle ne suppure Partout l’objet du mépris saigne et pustule à bon escient Nommer l’infamie rose sous ses dentelles avant qu’elle n’implose Partout l’homme se met à genoux pleure et transpire flétri par le deuil solitaire Partout le malaise fleurit L’empire du cadavre s’étend Nommer une fosse une fois recouverte semer dessus des glands et passer votre chemin car la mort est contagieuse et son nom souillera vos lèvres vos lèvres votre langue votre bouche votre... [Lire la suite]
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19 février 2018

Georges Drano (1936 -) : « maison plus loin que tout… »

  maison plus loin que tout au cœur plein de la pierre, les murs, mais ce fut loin à la montée sans limite de la nuit, les murs comme nous sommes, avant le retour, silencieux de quelques années la forme des voûtes à toute voix, à toute parole qui s’imagine « j’étais venu et j’attendais » (qu’ils viennent et qu’ils attendent) de quel côté ? parcourir les pièces l’une après l’autre, par la terre, regarder, ici au bord de la table, tenus par la terre devant et derrière terme à terme, les portes... [Lire la suite]
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09 février 2018

Pernette du Guillet : (1520 – 1545) : « Jà n'est besoin que plus je me soucie… »

  Jà n'est besoin que plus je me soucie   Si le jour faut, ou que vienne la nuit,  Nuit hivernale, et sans Lune obscurcie : Car tout cela certes rien ne me nuit,  Puisque mon Jour(1) par clarté adoucie  M'éclaire toute, et tant, qu'à la minuit  En mon esprit me fait apercevoir  Ce que mes yeux ne surent oncques voir.     (1) mon Jour : c’est le surnom que Pernette du Guillet donne au poète Maurice Scève   Rymes de gentile, et vertueuse dame D. Pernette Du... [Lire la suite]
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05 février 2018

Heather Dohollau (1925 – 2013) : Mère bleue

  Mère bleue   KAIROUAN   Poussière d’oiseaux Qui remonte aux arbres Dans un frémissement bleu Détaché de l’ombre   L’eau est un secret Soustrait de la terre Dans le cercle tracé Par un amour aveugle Qui se sait droit   La forêt de colonnes Est entrée dans la nuit Le soleil est une lampe Au cœur de la caverne Le jour n’est plus de jour   Entre les murs dédoublés Le puits renversé Où la voix tire comme une main Hors du sommeil La fraîcheur de l’aube   Kairouan Où les... [Lire la suite]
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27 janvier 2018

Bernard Noël (1930- ) : Fable

  Fable   L’espace apprend à déparler tout devient regard   le corps se remplit de lointain l’os oublie qu’il est pierre   faute de bouche au bout du temps les fables prennent l’air   qui saura étendre le vent comme les sauniers éteindraient la mer   et lui reprendre les mots comme ils en retiraient le sel   sur la minceur des images la poussière joue à la vie   sur l’épaisseur de la langue la vie retient la vie   In, « Il fait un temps de poèmes. Textes... [Lire la suite]
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25 janvier 2018

Antonin Artaud (1896 – 1948) : « Les êtres /ne sortent pas … »

    Les êtres ne sortent pas dans le jour extérieur   Ils n’ont d’autre pouvoir que de jaillir dans la nuit souterraine où ils se font.   Mais depuis des éternités qu’ils passent leur temps et le temps à se faire ainsi pas un ne s’est jamais produit.   Il faut attendre que la main de l’Homme les prenne et les fasse car seul l’Homme inné et prédestiné                a cette redoutable ... [Lire la suite]
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24 janvier 2018

Robert Marteau (1925 – 2011) : Brindilles au ciel

  Brindilles au ciel, je m’imagine qu’un homme Pourrait, chaque jour, attentif à cela seul, L’arbre, consacrer à sa croissance sa vie, Acquiesçant, acquérant par ce soin assidu Connaissance autre contre quelconque désir De savoir ; qu’il comprendrait, livré à la joie, Par superstition l’envers vide où plus rien Ne résiste à être identifié par qui Ne prononce pas en vain le nom ; connaîtrait, Voué en pure perte au temps, l’accès, non qu’il Voulût, s’étant défait de tout gain, gagner Dieu Sait quoi ;... [Lire la suite]
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23 janvier 2018

André Breton (1896 – 1966) : La lanterne sourde

Victor Brauner : "Portrait d'André Breton", Musée d'art moderne de la ville de Paris   La lanterne sourde A Aimé Césaire, Georges Gratiant, René Ménil.          Et les grandes orgues c'est la pluie comme elle tombe ici et se parfume : quelle gare pour l'arrivée en tous sens sur mille rails, pour la manœuvre sur autant de plaques tournantes de ses express de verre ! A toute heure elle charge de ses lances blanches et noires, des cuirasses volant en éclats de midi à ces armures anciennes... [Lire la suite]
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18 janvier 2018

René-Guy Cadou (1920 – 1951) : Celui qui par hasard

  Celui qui entre par hasard   Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui Que chaque nœud du bois renferme davantage De cris d'oiseaux que tout le cœur de la forêt Il suffit qu'une lampe pose son cou de femme À la tombée du soir contre un angle verni Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris Car tel est le bonheur de cette solitude Qu'une caresse toute plate de la main Redonne à ces grands meubles... [Lire la suite]
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