15 juin 2020

Roger Milliot (1927 -1968) : « La pierre... »

  La pierre passe aussi Par le froid de la mort   Laissant la lumière dehors Garde la nuit sans fêlure Mais soit clair Si l’on te fend.   Qui ? Edition complète et définitive Mostra del Larzac, 1969 Du même auteur : Pour une mort choisie (08/07/2014) « Je me forçais à naître chaque jour… » (15/06/2016) Ville (15/06/2017) « Il y a ce corridor sans fenêtre... » (14/06/2018) Qui ? (14/06/2019)
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14 juin 2020

Michel Dugué (1946 -) : Nocturnes

    Nocturnes Pour Jeanine   I Le noir te sied ainsi le blanc à la morte.   Fallait-il le dire à toi ?   Si parfaitement proche comme absente en ces instants où les couleurs t’habitent.   II Et toi, marchant dans l’ombre qui s’engrange. De toutes rumeurs, tu gardes celle du flot ressassant la plainte antique.   Et toi, conservant de l’été ces mêmes bruissement d’élytres, tu appuies la mémoire à ses recoins d’ombre.   Je sais ! De la brume peut surgir... [Lire la suite]
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13 juin 2020

Yves Bonnefoy (1923 – 2016) : Le fleuve

   Le fleuve   Mais non, toujours D’un déploiement de l’aile de l’impossible Tu t’éveilles, avec un cri, Du lieu, qui n’est qu’un rêve. Ta voix, soudain, Est rauque comme un torrent. Tout le sens, rassemblé, Y tombe, avec un bruit De sommeil jeté sur la pierre.   Et tu te lèves une éternelle fois Dans cet été qui t’obsède. A nouveau ce bruit d’un ailleurs, proche, lointain ; Tu vas à ce volet qui vibre... Dehors, nul vent, Les choses de la nuit sont immobiles Comme une avancée d’eau dans la... [Lire la suite]
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08 juin 2020

Ilarie Voronca (1903 – 1946) : « Quand nos âmes seront réunies... »

  VIII   Quand nos âmes seront réunies depuis des milliers d’années Et que nous pèserons moins que des nuages sur la cime des montagnes Quand, même la faible lumière du couchant fera frissonner les feuilles Plus que ne le feront nos souffles aériens dans les branches.   Sans espace et sans temps. Transparents l’un dans l’autre Chacun de nous étant l’autre enfin et lui-même Je t’implorerai soudain : montre-moi un instant En la forme que j’adorais autrefois sur la terre.   Oui, reprends pour un... [Lire la suite]
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07 juin 2020

James Sacré (1939 -) : Oiseaux qui sont dans le cœur des arbres

  Oiseaux qui sont dans le cœur des arbres     Ramiers dans les arbres les grands au fond du dernier pâtis après les chemins les derniers toits ramiers dans les branches repos ils y sont restés (peut-être) pourtant combien de fusils tant de poèmes pourtant les tracteurs les remembrements pourtant dans les arbres toujours et ce mot ramier (piège ou rien ?) dans ramure ou poème.   Pigeon plumes dans le centre du cœur des arbres (grands chênes dans les bas) ils sont arrivés par bande un soir ... [Lire la suite]
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06 juin 2020

Francis Ponge (1899 – 1998) : La cruche

La Cruche        Pas d’autre mot qui sonne comme cruche. Grâce à cet U qui s’ouvre en son milieu, cruche est plus creux que creux et l’est à sa façon. C’est un creux entouré d’une terre fragile : rugueuse et fêlable à merci.        Cruche d’abord est vide et le plus tôt possible vide encore.      Cruche vide est sonore.      Cruche d’abord est vide et s’emplit en chantant.      De si peu haut que l’eau s’y... [Lire la suite]
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05 juin 2020

Armand Robin (1912 -1961) : Me conduire en des lieux écartés

Association Liber-Terre de Pontivy, photo-montage avec une photo d’Armand Robin (à 17 ans).   Me conduire en des lieux écartés        Avant que ma voix ne devienne isolée, j’eus mon pays près de moi. Les fontaines, les joncs, les chevaux étaient les relais de mes voyages ; de lentes et claires eaux étaient mes promenades ; et mon sommeil était d’un feuillage tendrement et lentement gonflé de bruits. * Les fontaines, les plantes, les incertaines lunes Furent mon logis ; les ronces... [Lire la suite]
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04 juin 2020

Jacques Prevel (1915 – 1951) : Tous nos amis sont morts

Jacques Prevel de profil, par Antonin Artaud Tous nos amis sont morts A Roger-Gilbert Lecomte, René Daumal, Hendrick Kramer, Luc Diétrich.   Tous nos amis sont morts Nous nous sommes égarés malgré tous nos espoirs Mais nous étions des êtres incapables de mourir Et nous avons été trop semblables à nous-mêmes Et jamais personne ne comprendra Jamais personne ne nous entendra Jamais personne ne se souviendra   Et ce soir avec ma poitrine ouverte A tous les battements d’un lourd désastre Je me souviens avec mes... [Lire la suite]
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01 juin 2020

Robert Marteau (1925 – 2011) : « J’aime au linge... »

  J’aime au linge associer la guêpe Surtout si l’été fut clair et l’ombre striée Par les fentes des volets. Le sang court plus vite Dans les vaisseaux et on voit mieux les taches Sur la peau des vipères. Même les ronces deviennent Venimeuses, les femmes descendent vers la rive Et regardent dans l’eau trembler leur corps Parmi les peupliers. Le linge à cause des guêpes Se fait ruche et guêpière, lacère les hanches, Sur la mousse s’amoncelle et débordant des brouettes Livre au courant ses taches, ses lunes, ses... [Lire la suite]
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31 mai 2020

Jean Le Mauve (1939 – 2001) : Ma vie s’envaste

  Ma vie s’envaste   Je vous aime petites fleurs des champs piquées dans les poils d’herbe et vous aussi vaches à têtes carrées, grosses pâquerettes, broutant le pré qui touche au ciel, peignant un nuage avec votre queue. Je vous aime chenilles, escargots, paons du jour et vous aussi sales mouches. Je vous aime bourgeons sucrés, petites feuilles, petites flammes d’un vert pointu comme les yeux des chats et vous aussi grandes feuilles lisses comme des miroirs, et vous encore feuilles tombées, maquillées, trouées... [Lire la suite]
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