05 juillet 2018

René Daumal (1908 – 1944) : Fièvre blanche

  Fièvre blanche   Avant que l’éveil n’ait mis sa griffe sur ce front qui dort fermé sur des feux, sur des nuits et sur des poisons chanteurs, j’aurais plongé dans la mare sans rides.   Celui qui bat dans la poitrine, le soleil monte le long du dos jusqu’à l’éclat bleu dans la nuit, jusqu’aux signes soudain du silence du souffle épuisé dans la tête ;   jusqu’aux mots du phosphore si peu brillants, si peu bruyants et sans éclat, mais sûrs, plus sûrs qu’un acier dans la gorge, plus sûrs que... [Lire la suite]
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29 juin 2018

Mérédith Le Dez (1973 -) : « Il y a la guerre ... »

  Il y a la guerre dans ce pays et tout autour encore il y a la guerre   la guerre est sur tous les fronts elle ronge les yeux elle mange le ventre elle inonde les lèvres d’une écume nauséabonde   telle est la guerre sans égard sans attente   la guerre étale au jour une mer de boucliers arides la guerre ouvre à la nuit ses tranchées boueuses   si tu dis je préfère la paix quelle est la terre qui ondule sous le nom de paix   je ne connais pas la paix   il n’ y a de terre... [Lire la suite]
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27 juin 2018

Jean-Luc Parant (1944 -) : « Je pensais que l'on pouvait penser... »

            Je pensais que l'on pouvait penser parce que la terre tournait, et qu'elle tournait non seulement autour du feu mais aussi sur elle-même et, qu'en son mouvement de translation et de rotation, elle émettait en nous non seulement la lumière du soleil mais aussi le rythme de ses propres tours ... Et que l'on ne pouvait pas s'arrêter de penser parce que la terre ne pouvait pas s'arrêter de tourner ... Et que la pensée était non seulement soutenue chaque jour chaque ... [Lire la suite]
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26 juin 2018

Charles - Marie Leconte de Lisle (1818 - 1894) : Le sommeil du Condor

  Le sommeil du condor   Par delà l'escalier des roides Cordillères, Par-delà les brouillards hantés des aigles noirs, Plus haut que les sommets creusés en entonnoirs, Où bout le flux sanglant des laves familières, L'envergure pendante et rouge par endroits, Le vaste Oiseau, tout plein d'une morne indolence, Regarde l'Amérique et l'espace en silence, Et le sombre soleil qui meurt dans ses yeux froids. La nuit roule de l'est, où les pampas sauvages Sous les monts étagés s'élargissent sans fin ; Elle endort le... [Lire la suite]
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25 juin 2018

Alain Duault (1949 -) : « Auriez-vous aimé voir Cléopâtre... »

  Auriez-vous aimé voir Cléopâtre mourante son désastre Assoupi cette tristesse lente dans les hanches inclinées Le bel aveu d’amour pour le hasard ou pour la pluie pour Le glaive oublié les mains ouvertes de la pluie caressant Le casque de César et ce baiser cassé l’impossible désir Se retournant comme l’effroi du Sphinx figé en sable Le souvenir là-bas de ce pâtre de Thessalie de cette claire Fontaine d’hier osée de cette moue la bouche assassinée Auriez-vous eu peut-être un secret en commun une larme Une rose... [Lire la suite]
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24 juin 2018

Pierre Emmanuel (1916 – 1984) : Au nom secret

  Au nom secret   I a pas que Dieu al mond e Dieu i es pas Joan LARZAC      Ô mon amour je tiens parmi les hommes Ton nom scellé mais ne chante que toi Comme sous l’herbe une source chatoie Que sans jamais te nommer je ne nomme Que toi en tout ce qui tient nom de moi   Rends-moi présent Que je cesse d’attendre Ce qui m’entoure en attente de moi Donne à mon œil d’être humble envers mes doigts Pour que je prenne ici au lieu de tendre Filet troué le regard au-delà   Que de mes... [Lire la suite]
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22 juin 2018

Paul de Roux (1937 – 2016) : Le corps rayonnant

  Le cops rayonnant   Moment où il semble qu’en nous le paysage tourne, quand nous ne savons plus y trouver un chemin : ni la vraie vie ni la mort mais la vie obstruée par ce qui n’a ni forme ni visage et que l’on n’ose attaquer crainte de se tromper de cible - si la faiblesse n’est pas la seule cause de cet accablement. (Je vois les toits ressuyer après la pluie qui laisse le ciel aussi couvert et dans la cour j’entends des bruits de caisses que l’on déplace et je m’élance - trop faiblement – vers une... [Lire la suite]
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18 juin 2018

Olivier de Magny (1529 - 1561) : Au Roi

  Au Roi   Il ne faut pas toujours le bon champ labourer : Il faut que reposer quelquefois on le laisse, Car quand chôme longtemps et que bien on l'engraisse, On en peut puis après double fruits retirer. Laissez donc votre peuple en ce point respirer, Faisant un peu cesser la charge qui le presse, Afin qu'il prenne haleine et s'allège et redresse Pour mieux une autre fois ces charges endurer. Ce qu'on doit à César, Sire, il le lui faut rendre, Mais plus qu'on ne lui doit, Sire, il ne lui faut prendre. ... [Lire la suite]
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17 juin 2018

Jean Tardieu (1903-1995) : Rengaine pour piano mécanique

  Rengaine pour piano mécanique (Comme un rémouleur superbe et désabusé) Dépêche-toi de rire il en est encor temps bientôt la poêle à frire et adieu le beau temps.     D’autres viendront quand même  respirer le beau temps c’est pas toujours les mêmes mais y a toujours des gens.     Sous le premier empire y avait des habitants sous le second rempire y en avait tout autant.     Même si c’est plus les mêmes tu t’en iras comme eux tu t’en iras quand même tu t’en iras chez... [Lire la suite]
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16 juin 2018

Paul Valéry (1871 – 1945) : De la mer océane

  De la mer océane        Mer. Océan. Cap Breton.        La grande forme qui vient d’Amérique avec son beau creux et sa sereine rondeur trouve enfin le socle, l’escarpe, la barre. La molécule brise sa chaîne - Les cavaliers blancs sautent par delà eux-mêmes.      L’écume ici forme des bancs très durables, qui figurent un petit mur de bulles irisé, sale, crevard, le long du plus haut flot. Le vent chasse des chats, et des moutons nés de cette... [Lire la suite]
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