24 février 2019

Philippe Desportes (1546 – 1606) : « Depuis le triste point de ma frêle naissance...

  Depuis le triste point de ma frêle naissance Et que dans le berceau pleurant je fus posé, Quel jour marqué de blanc m’a tant favorisé Que de l’ombre d’un bien j’aie eu de la jouissance ?   A peine étaient séchés les pleurs de mon enfance Qu’au froid, au chaud, à l’eau je me vis exposé, D’amour, de la fortune, et des grands maîtrisé, Qui m’ont payé de vent pour toute récompense.   J’en suis fable du monde, et mes vers dispersés Sont les signes piteux des maux que j’ai passés, Quand tant de fiers... [Lire la suite]
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23 février 2019

Paul – Jean Toulet (1867 – 1920) : « Voici que j’ai touché... »

  Voici que j’ai touché les confins de mon âge. Tandis que mes désirs sèchent sous le ciel nu, Le temps passe et m’emporte à l’abîme inconnu, Comme un grand fleuve noir, où s’engourdit la nage.   (Coples, 53)   Les Contrerimes Editions du Divan, 1921 Du même auteur : En Arles (10/11/2014) « L’immortelle, et l’œillet de mer… » (23/02/2016) Le tremble est blanc (23/02/2017) « Puisque tes jours ne t’ont laissé… »  (23/02/2018) « Toute allégresse... » (23/02/2020)
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18 février 2019

Théodore Agrippa d’Aubigné (1552 – 1630) : « Les rois, qui sont du peuple... »

  Les rois, qui sont du peuple et les rois et les pères Du troupeau domestique sont les loups sanguinaires ; Ils sont l’ire allumée et les verges de Dieu, La crainte des vivants ; ils succèdent au lieu Des héritiers des morts ; ravisseurs de pucelles, Adultères, souillant les couches des plus belles Des maris assommés, ou bannis pour leur bien, Ils courent sans repos, et quand ils n’ont plus rien Pour souler l’avarice, ils cherchent autre sorte Qui contente l’esprit d’une ordure plus forte. Les... [Lire la suite]
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05 février 2019

Heather Dohollau (1925 – 2013) : « Une lumière rose... »

  Une lumière rose derrière les paupières Les oiseaux brisent à petits coups L’œuf de silence Un parfum de chèvrefeuille Nappe les airs. Il y a si peu de temps Pour être matin Entre le sommeil et le soir   Matière de lumière, Editions Folle Avoine, 1985 De la même autrice :  « Matière de lumière les murs… » (20/01/2014)  « Si pour vivre il suffit de toucher la terre… » (20/01/2015) « De mon lit… » (20/01/2016) L’après-midi à Bréhat (20/01/2017) « Descendre à la... [Lire la suite]
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29 janvier 2019

Benjamin Péret (1899 – 1959) : Se laver les mains

Mine de plomb sur papier par Maurice Henry   Se laver les mains   Il a donné sa vaisselle à laver au Gulf-Stream doré ses petits pains avec un rayon de soleil et maintenant il se fait une ceinture avec la queue qu’il a arrachée au diable Tout cela lui vaudra de rencontre la danse de Saint-Guy au pied d’un escalier en colimaçon qui fait la pluie et le beau temps comme un petit oiseau sur le chapeau des braves gens C’est pour cela que je n’ai pas de chapeau c’est pour cela aussi que les poux détestent les miroirs... [Lire la suite]
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27 janvier 2019

Bernard Noël (1930 -) : Lettre verticale / Bram

  Lettre     verticale   bram             arracher la grimace rien et rien et rien art n’est pas travail mais attente   vers le fond vers le sans fond au plus bas ne pouvant pas ne pas   vif errant engouffré dans l’ahan de l’agonie dépris du oui et refait nu   je démens moi explosion calme   pas de savoir métier en débâcle il n’ y a que la blessure et non et le silence   la main additionne lumière et... [Lire la suite]
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25 janvier 2019

Antonin Artaud (1896 – 1948) : Le navire mystique

  Le navire mystique     Il se sera perdu le navire archaïque Aux mers où baigneront mes rêves éperdus, Et ses immenses mâts se seront confondus Dans les brouillards d'un ciel de Bible et de Cantiques.   Et ce ne sera pas la grecque bucolique Qui doucement jouera parmi les arbres nus ; Et le Navire Saint n'aura jamais vendu La très rare denrée aux pays exotiques.   Il ne sait pas les feux des havres de la terre, Il ne connaît que Dieu, et sans fin, solitaire Il sépare les flots glorieux de... [Lire la suite]
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24 janvier 2019

André Schmitz (1929 – 2016) : La maladie

    La maladie   La vaisselle et les voix que l’on entend de la chambre où l’on fait sa maladie ne font plus le même bruit qu’à l’ordinaire. C’est déjà du pays de la mort qu’on en écoute le feulement, venu de loin à ce qu’il semble. On se souvient encore, certes, du dessin qui orne les assiettes et du contour de la parole sur les bouches, mais on ne sait plus très bien à quoi peut encore servir ce savoir de très peu de chose. Et l’on prie le silence et sa musique sourde de gagner du terrain sur les... [Lire la suite]
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23 janvier 2019

André Breton (1896 – 1966) : « On me dit que là-bas... »

  On me dit que là-bas les plages sont noires De la lave allée à la mer Et se déroulent au pied d’un immense pic fumant de neige Sous un second soleil de serins sauvages Quel est donc ce pays lointain Qui semble tirer toute sa lumière de ta vie Il tremble bien réel à la pointe de tes cils Doux à la carnation comme un linge immatériel Frais sorti de la malle entr’ouverte des âges Derrière toi Lançant ses derniers feux sombres entre tes jambes Le sol du paradis perdu Glace de ténèbres miroir d’amour Et plus bas vers... [Lire la suite]
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22 janvier 2019

Marguerite de Navarre (1492 – 1549) : « Las ! tant malheureuse je suis ... »

  Las ! tant malheureuse je suis, Que mon malheur dire ne puis, Sinon qu'il est sans espérance : Désespoir est déjà à l'huis (*)          (*) porte Pour me jeter au fond du puits Où n'a d'en saillir apparence.   Tant de larmes jettent mes yeux Qu'ils ne voient terre ni cieux, Telle est de leur pleur abondance. Ma bouche se plaint en tous lieux, De mon coeur ne peut saillir mieux Que soupirs sans nulle allégeance (*).    (*) soulagement   ... [Lire la suite]
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