02 juillet 2014

Maurice Henry (1907 – 1984) : « Il n'y a plus rien ici-bas… »

   «… Il n'y a plus rien ici-bas. Les larmes me servent à tresser des haies. De quelque côté que je me tourne, mes regards glissent sur la façade lisse des murs, ou s'enchevêtrent dans les épines. Si j'étends le bras, je renverse un objet ; si je peux marcher, mes pieds rencontrent des pièges à loups, des tessons de bouteilles ou des rails en saillie, je tombe et voilà mon front qui saigne. Des obstacles, toujours.    « Les cris que je jette n'émeuvent personne. Je suis égaré dans la forêt... [Lire la suite]
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01 juillet 2014

Pierre –Albert Jourdan (1924 – 1981) : Jardin suspendu

Jardin suspendu   Surgissent à nouveau de vieilles douleurs, tout est en place. La porte s’ouvre sur des murmures de soleil, ponctuation de crêtes. Le fauteuil n’est qu’un peu de terre autour d’un tronc noirci. Puis vient l’apaisement, le déferlement de l’espace.   Les degrés de la sagesse, ici, sont de pierres grises, tachetées d’ombre, masquées d’herbes sèches, paroles élémentaires. Une saison clémente se met en marche, comment nommer ce fruit ?   Un dessin de sol craquelé, lambeau de désert bordé ... [Lire la suite]
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28 juin 2014

Jacques Dupin (1927 - 2012 ) : " j'ai cru rejoindre par instants..."

    J’ai cru rejoindre par instants une réalité plus profonde comme un fleuve la mer, occuper un lieu, du moins y accéder de manière furtive, y laisser une empreinte, y voler un tison, un lieu où l’opacité du monde semblait s’ouvrir au ruissellement confondu de la parole, de la lumière et du sang. J’ai cru traverser vivant, les yeux ouverts, le noeud dont je naissais. Une souffrance morne et tolérable, un confort étouffant se trouvaient d’un coup abolis, et justifiés, par l’illumination fixe de quelques mots... [Lire la suite]
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26 juin 2014

Jean – Pierre Hélouis (19?? - ) : L’Ours

    L’Ours     Il danse en musique au souvenir du feu qui lui chauffa les pieds, mais à son rythme rêve des forêts où il fut près du ciel. Tandis qu’il lève une patte, puis l’autre, en cadence, ses bras enlacent des fûts lointains ou, au septentrion, une compagne cosmique. Tantôt ils battent l’eau vers un éclair d’écaille, tantôt ils se tendent vers une épiphanie friande, un pain sauvage surgi des forces de la nuit dont l’or jaillit en rayons melliflues. L’animal de foire a les ... [Lire la suite]
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25 juin 2014

Michel Leiris (1901 – 1990) : Liquidation

Liquidation         Eveillé seul — sans route, bagage, campements, bêtes de selle ou de charge — dans la savane aigre de ma nuit.   Plus de chambre, d'air, de lueur, de temps — et pas de possibilité de fuite lunaire.   Grand mât sans signe ni oriflamme, — mentule fragile (à peine encore vivante),haute colonne à cannelures en rides amères plantées au centre de mon lit (ô neige! lait cristallin des douleurs...), je gis au pied de ce jet dédaigneux,... [Lire la suite]
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22 juin 2014

Hélène Cadou (1922 - 2014) : « Ce soir / la nuit est bleue… »

Ce soir La nuit est bleue   Avec un parfum de girofle Sous la pierre lente et chaude   Tu vas et viens De ton cœur Au jardin   Et le pouls des planètes Pourrait cesser de battre   Sans que la peur Ne soit nommée   Dans la douceur des choses.   Si nous allions vers les plages,  Editions Rougerie, 2003   De la même autrice : « J’ai vu des paysages… … » (22/06/2015) « Le monde est mon beau voyage… » (22/06/2016) Ilarie Voronca… (22/06/2017) « Le... [Lire la suite]
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21 juin 2014

René de Obaldia (1918 -) : les cuisses de Colette

  Les cuisses de Colette   Les cuisses de Colette Sont douces au toucher Comme des cacahuètes Qu’on aurait épluchées.   Je n’aime pas sa tête Ses yeux demi-pochés Son oreille en cuvette Son nez en arbalète Sa bouche endimanchée.   Mais j’aime bien ses cuisses Si douces au toucher. Pendant le Saint-Office L’un près de l’autre assis, Ma main vient s’y chauffer.   De profundis, ad te Domine, clamavi !   Que c’est doux ! Que c’est doux ! Plus doux qu’une souris Que le... [Lire la suite]
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19 juin 2014

Georges Fourest (1867- 1945) : sardines à l'huile

Sardines à l’huile               Sardines à l’huile fine sans tête et sans arêtes. (Réclames des sardiniers, passim.) Dans leur cercueil de fer-blanc plein d’huile au puant relent marinent décapités ces petits corps argentés pareils aux guillotinés là-bas au champ des navets ! Elles ont vu les mers, les côtes grises de Thulé, sous les brumes argentées la Mer du Nord enchantée... Maintenant dans le fer-blanc et l’huile au puant relent de toxiques... [Lire la suite]
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16 juin 2014

Louis Guillaume (1907- 1971): Le jour tout neuf

Le jour tout neuf   Le jour tout neuf est là. Il ne sait pas encore Qu’il est né. Sur la mer et le sable, il s’allonge Et, travaillé par l’ombre, il poursuit son sommeil Jusqu’au soir. Le couchant alors lui fait sentir Qu’il a vécu, qu’il part et qu’il est illusoire Autant que le cœur noir du silence est réel.   Cependant les oiseaux vont déployer leurs ailes, Les enfants vont sourire aux volets de l’aurore. Statue aux yeux vivants où fermente le rêve, L’homme va s’enliser dans les bruits de la ville. Il n’a... [Lire la suite]
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16 juin 2014

André Pieyre de Mandiargues (1909 - 1991) : Le pays froid

Le pays froid   Parlez plus haut l'hiver nous assourdit Les bruits des pas que l'on entendait hier Au bord du lac gelé Ne sonnent plus que dans le souvenir Et notre vie devient une habitude triste Derrière la paroi des vitres blanches.   La neige tombe depuis bien des semaines Le charbon le café diminuent tous les jours Chaque jour s'amoindrit Le lendemain toujours est pire que la veille.   Notre mémoire même égare les réponses.   La faim le froid chassent les cerfs hors des bois Jusque dans les... [Lire la suite]
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