19 mai 2022

Paul Eluard (1895 – 1952) : Au cœur de mon amour

  Au cœur de mon amour A ROBERT DESNOS.   Un bel oiseau me montre la lumière Elle est dans ses yeux, bien en vue. Il chante sur une boule de gui Au milieu du soleil. * * *   Les yeux des animaux chanteurs Et leurs chants de colère ou d’ennui M’ont interdit de sortir de ce lit.   J’y passerai ma vie.   L’aube dans des pays sans grâce Prend l’apparence de l’oubli. Et qu’une femme émue s’endorme, à l’aube, La tête la première, sa chute l’illumine.    Constellations, ... [Lire la suite]
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17 mai 2022

Paul Verlaine (1844 – 1896) : Green

  Green   Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux. J'arrive tout couvert encore de rosée Que le vent du matin vient glacer à mon front. Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée Rêve des chers instants qui la délasseront. Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête Toute sonore encore de vos derniers baisers ; Laissez-la s'apaiser de la... [Lire la suite]
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15 mai 2022

Frédéric-Jacques Temple (1921 - 2020) : Profonds pays (III)

  Profonds pays III VENISE TOUTE D’EAU à Rino Cortiana Un mirage de marbre en suspens sur l’eau d’huile verte dont l’avenir sera toujours ancien dans l’écume intemporelle des cavales maritimes où glissent les gondoles d’amour et de mort   Sur l’île funéraire les gloires ont trouvé dans les herbes refuge contre l’oubli   Le ressac ordonne le sommeil qu’illustrent les clameurs des oiseaux de mer   Des fondamente nove j’invoque Fondamente village de l’enfance   Les grèbes nains ... [Lire la suite]
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12 mai 2022

Charles Baudelaire (1821 – 1867) : Enivrez-vous

    XXXIII Enivrez-Vous        Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.      Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez- vous.      Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre,... [Lire la suite]
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09 mai 2022

Pierre de Ronsard (1524 – 1585) : « Sur tout parfum j’aime la Rose... »

  Sur tout parfum j’aime la Rose Dessus l’épine en mai déclose, Et l’odeur de la belle fleur Qui de sa première couleur Pare la terre, quand la glace Au nouveau soleil a fait place (1).      Les autres boutons vermeillets, La giroflée et les œillets, Et le bel émail qui varie L’honneur gemmé d’une prairie En mille lustres s’éclatant, Ensemble ne me plaisent tant Que fait la Rose pourperette, Et de mars la blanche fleurette      Que saurai-je pour le doux flair Que je sens... [Lire la suite]
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08 mai 2022

Françoise Morvan (1958 -) : Le bois des fables

  Le bois des fables   Près de la cheminée le vieux fauteuil à fable Où le renard et la cigogne achevaient en silence De part et d’autre d’un vase à long col Un duel poussif dans la grisaille des feuillages Montrait au loin comme sorti d’un rêve Un grand château tranquille à deux tourelles Et c’est bien là qu’il aurait fallu vivre   Torpeur des bois bleutés paix des ombrages Fables de La Fontaine et contes de Perrault Laissant surgir loin des maîtres d’école Et du feu de la cendre et des devoirs Une... [Lire la suite]
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05 mai 2022

François Cheng (1929 -) : Cantos toscans (I)

Peinture, acrylique (2018),  par Maryse Coin (Ryse KaÏa)   Cantos toscans   Lumière juste érigée En chemins, en collines, En cyprès... choses lointaines Ou proches que jamais Nous n’avons révélées, Faute de mots exacts   Et d’un coeur transparent.       Ici la terre affirme Sa présence calme et sûre, Tantôt charnelle, tantôt Aérienne, selon l’heure. Ici l’homme comblé se garde D’un mot de trop, sachant   Que les dieux sont jaloux.       Ici venus, les... [Lire la suite]
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04 mai 2022

Henri Michaux(1889 – 1984) : Dans la nuit

Henri Michaux vu par Vildorius (Henri Delessy)   Dans la nuit   Dans la nuit Dans la nuit Je me suis uni à la nuit À la nuit sans limites À la nuit.   Mienne, belle, mienne.   Nuit Nuit de naissance Qui m’emplit de mon cri De mes épis. Toi qui m’envahis Qui fais houle houle Qui fais houle tout autour Et fume, es fort dense Et mugis Es la nuit. Nuit qui gît, nuit implacable. Et sa fanfare, et sa plage, Sa plage en haut, sa plage partout, Sa plage boit, son poids est roi, et... [Lire la suite]
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03 mai 2022

Arthur Rimbaud (1854 – 1891) : Roman

  Roman   I On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. - Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, Des cafés tapageurs aux lustres éclatants ! - On va sous les tilleuls verts de la promenade. Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin ! L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ; Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin – A des parfums de vigne et des parfums de bière... II - Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon D'azur sombre, encadré d'une petite branche, ... [Lire la suite]
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02 mai 2022

René Char (1907 – 1988) : Biens égaux

  Biens égaux        Je suis épris de ce morceau tendre de campagne, de son accoudoir de solitude au bord duquel les orages viennent se dénouer avec docilité, au mât duquel un visage perdu, par instant s'éclaire et me regagne. De si loin que je  me souvienne, je me distingue penché sur les végétaux du jardin désordonné de mon père, attentif aux sèves, baisant des yeux formes et couleurs que le vent semi-nocturne irriguait mieux que la main infirme des hommes. Prestige d'un retour... [Lire la suite]
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