portrait-césaire[1]Aimé Césaire © Assemblée nationale

 

Rocher de la femme endormie

ou Belle comme

l’exaspération de la sécession

 

 

Rescapée rescapée

C’est toi la retombée

D’un festin de volcans

D’un tourbillon de lucioles

D’une fusée de fleurs d’une fureur de rêves

 

Très pure loin de toute cette jungle

La traîne de tes cheveux ravivée

Jusqu’au fond de la barque solaire

Exaspération de la sécession

 

De temps en temps à travers la brume de sable

Qui s’éclaircit

A travers les jeux cicatriciels du ciel

Je la vois qui bat des paupières

Histoire de m’avertir qu’elle comprend mes signaux

Qui sont d’ailleurs en détresse des chutes de soleil

Très ancien

 

Les siens je crois bien être le seul à les capter encore

Plus d’une fois j’ai enhardi la vague

A franchir la limite qui nous sépare toujours

Mais le dragon gouverne le cap de cette eau interdite

Même si c’est souvent en inoffensif caret-plongeur

Qu’il survient respirer à la surface maudite.

 

Alors quel oiseau sacrificiel aujourd’hui

Te dépêcher

 

Rescapée rescapée

Toi exil mien et reine des décombres

Fantôme toujours inapte à parfaire son royaume.

 

 

Aimé Césaire : La Poésie

Editions du Seuil, 2006

Du même auteur :

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