9776[1]Autoportrait, fusain sur papier, vers 1920

 

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     Et c’est ainsi que Van Gogh est mort suicidé, parce que c’est le concert de

la conscience entière qui n’a plus pu le supporter.

     Car s’il n’y avait ni esprit, ni âme, ni conscience, ni pensée,

     il y avait du fulminate,

     du volcan mûr,

     de la pierre de transe,

     de la patience,

     du bubon,

     de la tumeur cuite,

     et de l’escharre d’écorché.

 

     Et le roi Van Gogh sommeillait, incubant la prochaine alerte de

 l’insurrection de sa santé.

     Comment ?

     Par le fait que la bonne santé c’est pléthore de maux rodés, de formidables

 ardeurs de vivre, par cent blessures corrodées, et qu’il faut quand même faire

 vivre,

     qu’il faut amener à se perpétuer.

     Qui ne sent pas la bombe cuite et le vertige comprimé n’est pas digne d’être

 vivant.


     C’est le dictame que le pauvre Van Gogh en coup de flamme se fit un

 devoir de manifester.

     Mais le mal qui veillait lui fit mal.

     Le Turc, sous sa figure honnête, s’approcha délicatement de Van Gogh pour

 cueillir en lui la praline,

     afin de détacher la praline (naturelle) qui se formait.

     Et Van Gogh y perdit mille étés.

     De quoi il est mort à 37 ans,

     avant vivre,

     car tout singe a vécu avant lui des forces qu’il avait rassemblées.

     Et c’est maintenant ce qu’il va falloir rendre, pour permettre à Van Gogh

 de ressusciter.

      En face d’une humanité de singe lâche et de chien mouillé, la peinture

 de Van Gogh aura été celle d’un temps où il n’y eut pas d’âme, pas d’esprit,

 pas de conscience, pas de pensée, rien que des éléments premiers tour à tour  

 enchaînés et déchaînés.

     Paysages de convulsions fortes, de traumatismes forcenés, comme d’un

 corps que la fièvre travaille pour l’amener à l’exacte santé.

      Le corps sous la peau est une usine surchauffée,

     et dehors,

     le malade brille,

     il luit,

     de tous ses pores,

     éclatés.

     Ainsi un paysage

     de Van Gogh

     à midi.

     Seule la guerre à perpétuité explique une paix qui n’est qu’un passage,

     ainsi qu’un lait prêt à verser explique la casserole où il bouillait.

     Méfiez-vous des beaux paysages de Van Gogh tourbillonnants et pacifiques,

      convulsés et pacifiés.

     C’est la santé entre deux reprises de la fièvre chaude qui va passer.
 

     C’est la fièvre entre deux reprises d’une insurrection de bonne santé.

     Un jour la peinture de Van Gogh armée et de fièvre et de bonne santé,

     reviendra pour jeter en l’air la poussière d’un monde en cage que son

 cœur ne pouvait plus supporter.

 

 

Van Gogh le suicidé de la société

Editions K, 1947

Du même auteur :

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